‹ Physiologie du coiffeurChapitre 15 sur 34 · LE BARBIER BELGE · texte numérisé non relu

LE BARBIER BELGE

Un habile, savez-voics?

J'en connais un qui rasait le clergé et était en même temps coiffeur du théâtre^

Un chanoine lui fit un jour reproche de donner ses soins aux actrices.

— Que veux-tu, monsieur Tabbé? dit-il au chanoine , si la sainte Vierge se faisait coiffer, je n'irais plus au théâtre !

Le clergé, — assez intolérant dans ce pays, — lui retira sa pratique.

Mon barbier se trouva dans Tembarras, mais pas longtemps, savez-^ous?

Dans la ville, il y avait un parti protestant. Un beau matin, après avoir préalablement vidé sa boutique et caché ses marchan*

dises, le susdit barbier se rend chez le pasteur.

— Voilà ce que c'est, dit-il. Combien que ça coûte pour devenir protestant? J*ai bien réfléchi une fois^ et je crois que le protestantisme est mon affaire.

— Mais, mon ami, cela ne coûte rien; une conversion aus:û spontanée est un exemple trop rare pour qu'on T exploite, au contraire; parlez, et si même vous étiez gêné dans vos affaires, nous avons aussi des fidèles charitables...

Il advint ceci, que notre barbier reçut deux cents francs du pasteur, rouvrit sa boutique et se fit protestant.

Trois ou quatre fois il essaya de frapper à la bourse évangélique , mais elle ne rendait plus aucun son ; alors, ayant de nouveau dissimulé ses marchandises et fermé sa boutique, le barbier retourna vers le chanoine.

— Ah! mon père, je suis perdu, lui dit-il; je suis un malheureux, un criminel! Je suis un apostat, et le ciel m'a puni, car je suis rainé! Oui! j'avais abandonné la religion, et depuis ce temps rien ne m'a réussi. Le ciel me pardonnera-t-il?

Le chanoine s'y laissa prendre ; on rebaptisa le renégat, et une seconde somme de deux cents francs le rétablit dans ses affaires .

Six mois après, le barbier songea à la synagogue ; mais les juifs, qui ne se convertissent pas, ne 'croient pas aux conversions ; si bien que notre homme resta catholiqpe, et rasa comme devant les comédiens et le clergé .

Je crois inutile de passer ainsi en revue les coiffeurs du monde entier; ils sont tous de la même famille, tous descendants de Figaro. Maintenant, nous allons quitter le barbier et visiter le coiffeur de dames. Ils sont confrères, mais frères, non pas!

Autres clients, autres types.

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