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LE COIFFEUR DE DAMES

Avant d'esquisser les différents types de coiffeurs de dames, il est utile de poser d'abord le personnage.

Le coiffeur de dames est, en général, jeune, assez beau garçon, poli d'une manière excessive, souvent fat, prévenant et discret.

Il jouit d'une bonne santé, et quand il a

des dents gâtées, il mange de la menthe ou du cachou.

Il ne fume pas avant la lin de la journée.

Il est aussi indispensable à une femme du monde que sa femme de chambre et sa couturière.

D'un autre côté, le coiffeur de dames doit être l'ami intime de la femme de chambre, dont il ne peut se passer; carsî, au théâtre, l'artiste dramatique a besoin tout d'abord des bravos du chef de claque, de même, dans le boudoir, la femme a besoin des compliments de sa femme de chambre ; c'est la pierre de touche de sa beauté du soir, c'est l'éprouvette de la séduction qu'elle doit inspirer.

Le coiffeur commence donc son travail par mettre de son côté la femme de chambre.

^^ C'est un savon parfumé, un flacon de vinaigre, une résille, etc., qui sert de base à

ce traité muet, et voici comment il s'exécute :

On sonne, c'est le coiffeur.

— Oh! comme vous êtes en retard, aujourd'hui !

Règle générale, — le coiffeur est toujours en retard, quoiqu'il soit toujours très-exact. — Rien ne fait courir les aiguilles d'une pendule comme l'impatience d'être jolie.

Le coiffeur s'excuse; il dénoue la tresse et dispose à sa proximité tous les engins de séduction. La métamorphose commence.

Croyez-le bien, — et voici où la profession de coiffeur devient réellement un art, il est très-difficile de parer même une jolie tête. Il semble, au premier abord, qu'étant donnés des cheveux naturels, des cheveux postiches, des perles, des fleurs et des rubans, on peut, au bout d'un certain temps, agencer tout cela d'une manière harmonieuse; il n'en est rien.

Il faut avoir d*abord trois qualités innées : la rapidité, la solidité, le goût; il faut, surtout et avant tout, posséder la confiance de la femme que Ton coiffe ; alors celle-ci livre sa tête avec grâce; elle donne les épingles, les peignes, les fleurs ; elle sourit à son miroir, elle essaye l'artillerie de ses yeux; en un mot, elle fait la répétition de sa soirée.

Quand la coiffure est terminée, elle dit à sa femme de chambre :

— Comment me trouves-tu. Rosette?

— Madame est ravissante ! ( voilà pour le savon); madame est fraîche comme une rose! (voilà pour le vinaigre) ; madame n'a jamais été mieux coiffée ! (voilà pour la résille.)

Alors le coiffeur sourit, j^end son chapeau, salue et...

— Ah! tenez, madame, dit-il, je vous apporte deux produits nouveaux, complètement

inédits: VEau des harems d'Asie^ pour le teint, infaillible 1 et V Essence de foins nouveaux^ pour lu bain.

Le coiffeur pose les deux flacons sur la table et la dame n'a pas eu le temps de ré* pondre qu'il est déjà dehors.

Car, pour être bon coiffeur de dames, il est indispensable de savoir faire accepter ses produits ; il faut ensuite avoir le tact de n offrir que ceux qui devront nécessairement plaire: les pommades aux brunes, les eaux aromatiques aux blondes , les vinaigres aux rousses.... et toujours! oh! surtout toujours les savons parfumés aux femmes de chambre, brunes, blondes ou rousses»

Je n'exagère pas en donnant cette importance au coiffeur di% dames. J'en connais un qui coiffait si bien une dame , qu'elle lui acheta un homnje lorsqu'il tira au sort. — Je ne sais pas s'il coiffait aussi le mari...

I Maintenant que Ton connaît l'homme, passons aux types.

Ils peuvent se réduire à trois :

Le coiffeur de théâtre, — le coiffeur Bréda^ — le coiffeur Vieille comtesse.

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