LE COIFFEUR BREDA
Est moins coimu, mais non moins intéressant que le coiffeur de théâtres. J*ai sur lui des détails assez curieux.
Il s'agit, — on s'en doute, — du coiffeur des lorettes.
Ces pauvres filles, une fois engagées dans le vice, n'y vont pas thnidement : elles fer-
ment ïes yeux et marchent hardiment sans regarder en arrière, sans regarder en avant.
Derrière est la famille ; devant, — pas bien loin, — l'hôpital.
Elles isont donc isolées complètement.
Avec leurs amies... quelles amies!
Avec leurs amants... tous ingrats !
Avec elles-mêmes... car elles ont beau interroger ce muet qu'on nomme le jeu de cartes, le muet se moque d'elles sans leur répondre.
Les êtres des foules sont toujours seuls.
Cependant, lalorette a essayé de combler ce vide : n'ayant pas d'amour, ce n'est pas à l'amour qu'elle a demandé des remèdes, c'est à l'argent dont elle vit et pour lequel elle meurt, c'est à l'intérêt qui l'élève et qui Ja mine ; en un mot, c'est à son portier qui garde son lit et à son coiffeur -qui garde son
visage.
Le portier, — nous Tétudierons un jour; ^ pour le moment, occupons-nous du coiffeur.
Comme le coiffeur de théâtres, le coiffeur Breda est complaisant. Il sait introduire dans le nid de l'adorée la correspondance amoureuse.
La lorette et le coiffeur Breda font vite connaissance ; parfois même si la lorette est ' pauvre et le coiffeur beau garçon , la connaissance arrive à l'intimité...
Quinze jours après , le coiffeur n a qu'à changer de cliente, on ne le paye plus*
Si, au contraire, il a su résister à Y entrainement, il est considéré, non plus comme un amant complaisant, mais comme un père complaisant.
Alors, si l'on a besoin de meubles, il sait les trouver, il sait trouver également les bijoux et les cachemires, les dentelles, les
robes et les rubans ; si l'on est assigné à la justice de paix, il va défendre sa cliente; certains billets doux étant avant-coureurs de certains banquiers, il avance quelque argent pour peu de temps, — surtout l'argent du terme qui l'assure contre un déménagement de sa cliente.
Bref, le coiffeur Breda est le factotum de ces dames. Factotum indispensable, mais souvent terrible, car plus d'une a été désolée de recevoir par son intermédiaire certaine carte qu'il n'est pas loisible de refuser.