‹ Physiologie du coiffeurChapitre 17 sur 34 · I-B COIFFEUR DE THEATRE · texte numérisé non relu

I-B COIFFEUR DE THEATRE

Le coiffeur de théâtre m* a toujours fait l'effet d'un roman-feuiUeton. Il faut qu'il commence a l'heure et finisse juste. Le vicomte Ponson du T^rrail n'est pas plus exact.

Le coiffeur de théâtre est l'Eugène de Pradel de la coiffure : il improvise sur tous les sujets donnés.

. Quelle fécondité d'imagiiiation ! quelle science de la mode à* toutes les époques!

quelle activité! quelle dévouement! Mais, très-franchement, j'admire cet homme qui a le privilège de pa§sey ses doigts sur des têtes du dix-neuvième siècle et de }es métamorphoser soudain en Romaines incestueuses, en reines adultères, en fées, en houris, ou bien en simples paysannes !

Aussi, est-il respecté ! est-il cajolé! est-il redouté !

Car, voyez les conséquences d'une vengeance !

Une tresse mal attachée, une perruque qu'enlève le chapeau, un catogan mis de travers, du crêpé qui ne tient pas, des perles qui se déroulent, des fleurs qui se détachent, etc., etc. et cela, toujours au moment le plus intéressant : la scène d'amour, la scène du duel ou la scène des reconnaissances.

Une qtieue par terre au cinquième acte !

Quel dénoûtneutl Je ne considère le coiî* feur de théâtre que comme coifieur de dames ; pour les hommes, il n'est guère qu'un per^ ntquier. L'artiste relève sôs cheveux et tend là tête ; le ôoiffeur lui pose la perruque frisée, poinmadée, en un mol sir&tée d'avance.

J'emploie exprès le verbe siroter^ il appartient au vobulaire des coiffeurs. Une tête est bien shootée quand elle a été nettoyée, peignée, tondue, pommadée, frisée, etc.

Le coiffeur de théâtre fournit aux artistes, pommades, fards, perruques, crêpés, etc.

Cependant , certains artistes font eux* tnêmes leur blanc... il y en a bien qui font leur tête I

Comme caracl^re, le coiffeur de théâtre fait partie de la grande famille des artistes dramatiques. — Il s'informe de la i^ecette, du succès de la débutante, de la pièce nouvelle ;

il sait les engagements prémédités, les pièces en répétition, les critiques des petits journaux, les mutations des artistes, les corrections de la censure, les intrigues de la jeune première et les bonnes fortunes du grand premier rôle.

n est un peu, — comment diraî-je? — un peu complaisant, il sait faire passer la rampe à un billet qui vient de la salle, ou même du dehors; c'est un habile! Mais, comme dit Figaro son patron : « Il n*y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »

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