‹ Physiologie du coiffeurChapitre 25 sur 34 · LES SOIRÉES DE COIFFURE · texte numérisé non relu

LES SOIRÉES DE COIFFURE

Figurez-vous, au milieu d'un salon, quatre toilettes dos à dos. Devant chacune, une dame; derrière la 'dame, un coiffeur; derrière celui-ci, cinquante autres.

La soirée commence.

On coiffe ! on coiffe sans interruption, avec art, avec amour, avec rage !

Ce qui n amuse nullement un visiteur

étranger, est palpitant d'intérêt pour un homme du métier.

Et ce sont ces mots prononcés à voix bas^e :

— <( Tiens, il met quatre épingles ! — Comment attache-t-il ses crêpés? — Jamais il ne pourra placer tous ces cheveux-là? — Et les perles? — Et les fleurs! — C'est lourd!

c'est disgracieux? — C'est joli , c'est élégant! — Etc., etc....

Tous les artistes sont jaloux.

J'ai assisté à une soirée de coiffure, — non pas en critique; — en curieux, et je déclare que cela m'a vivement intéressé. Quand je vais voir un drame, j'ai malheureusement l'habitude de^ne pas me laisser envahir par la situation. — Hélas! il n'y en a plus guère de neuves dans le théâtre actuel! <— Je la devance, au contraire, et je m'ingénie à trouver le dénoûment dès le premier acte. Si par hasard, les incidents qui surviennent

me déroutent, si je me suis trompé, je quitte le théâtre tout joyeux.

Ainsi, dans cette soirée de coiffure, je suivais avec intérêt l'exécution de différents modèles qui me semblaient très-difficiles à exécuter, et j'admirais ces combinaisons ingénieuses d'ornementation capillaire. Ce qui me semblait merveilleux, c'était la légèreté apparente réunie à la solidité réelle ; c'était de voir une femme possédant peu de cheveux, métamorphosée soudain en duchesse du dernier siècle, grâce à quelques adjonctions de cheveux et de fleurs.

Un homme qui aime une femme pour sa beauté devrait, pour conserver son amour , la munir d'abord d'un coiffeur adroit.

Quand une femme a fait sa tête^ elle peut faire sa tête et en faire tourner bien d'autrès !

Je ne rirai donc pas des soirées de coif-

fure : elles sont pour moi les derniers vestiges d'une académie qui fut célèbre : je veux parler de Tacadémie de coiffure que Croisa fonda en 1834, et qui malheureusement ne fonctionna que quatre ans.

Comme les coiffeurs riraient de notre société des gens de lettres !

Chez eux, du moins, le bénéfice et la gloire sont le lot des véritables artistes, tandis que chez les gens de lettres, ce sont les moins artistes qui sont les plus estimés : on achète les romans-feuilletons, on méprise les livres sérieux.

Je n'aimais pas Eugène Sue, mais je lui pardonnerais sa renommée, s'il n'avait pas «nfantéoine école de faux observateurs qui le déconsidèrent.

Tombé à l'eau, je veux bien être mangé par un requin, mais j'ai, honte d'être déchiqueté par une sardine.

XXY

liA LITTÉRATURE CAPILLAIRE

N'est pas de première force, cependant elle ne manque pas d'ingéniosité. Voici quelques adresses et poésies recueillies çà et là :

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