PÉRISSE
Que répondre h tout cela ? sinon que M. Durand, qui se sent morveux, îje mouche, et se mouche fort peu convenablement.
Quelques lettres m'ont été adressées; je les joins à ce volume, comme pièces justificatives.
« Paris, le 23 novembre 1861.
» Monsieur,
» Je viens vous témoigner toute ma reconnaissance pour l'article que vous avez eu la bonté d'insérer dans votre numéro du 21 courant, concernant les bureaux de placement de MM. les coiffeurs. Votre perspicacité hors ligne a tracé d'une manière admirable et vraie tous les défauts et abus qui existent dans les bureaux de ce genre; mais j'ai l'espérance que celui que je vais ouvrir, par un nouveau mode de gestion, mettra fin, ou du moins fera cesser une partie de ces abus.
» Croyez bien, monsieur, que vos bonnes inspirations seront toujours bien appréciées par toute la corporation, et comme son interprète, je vous adresse mille remercîments.
» Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
» DUFOUR, » Coiffeur, iû^ rue des Moulias-Saint-Honoré. *
Cela sent bien un peu la réclame, monsieur Dufour ; mais, pour vous prouver que je n'en veux qu'aux mauvais bureaux et non pas aux bons, j'insère votre lettre en vous souhaitant bonne gestion et bonne chance.
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« Paris, le fti décembre I86t.
» Monsieur,
» D'après la lettre de M. le directeur de l'Âgcucc de placement des coiffeurs, insérée dans le Figaro du 19 décembre, je me vois forcé de vous réclamer quelque chose aussi, une petite place dans votre prochain numéro, si vous le permettez, pour approuver, comme ouvrier coiffeur et au nom de plusieurs de mes collègues, le compte-rendu de M. Lemercier de Neuville, au sujet des coiffeurs, à l'article réservé à MM. les buralistes.
»> Après un mois de méditations, M. le propriétaire-
directeur-gérant du n° 1.6, quai des Orfèvres, a voulu se servir du proverbe; il réclame..* Il réclame quoi? Contre la critiqué? Elle est juste; peut-ôtre pas pour lui, mais pour nous ; il l'a dit lui-môme, c'est une réclame qu'il fait pour son bureau, dans son intérêt personnel probablement.
» On a allégué, insinué, et on a dit la vérité, c^est un fait constaté ; c'est à nous de réclamer 1
» Et nous réclamons :
n i^ La diminution de nos cartes de placement, comme elles étaient primitivement ;
» 2° A être placés suivant nos capacités et notre genre de travail, à seule fin de ne pas être obligés de sortir d'une maison au bout de buit ou quinze jours, pour payer une autre carte, pour être replacés une seconde fois et quelquefois une troisième fois. Ainsi vous déboursez 15 fr. pour avoir une place de 3 fr. 50 c. Si MM. les patrons veulent nous payer davantage, nous ne demandons pas mieux de payer nos cartes 5 fr. et môme davantage ; mais dans le métier on gagne peu , et par conséquent l'ouvrier est peu payé. Mais MM. les buralistes n'y regardent pas de si près; c'est comme cela qu'ils servent nos intérêts, comme prétend le dire M. le buraliste.
» Si cet état de choses dure longtemps, on ne gagnera que pour payer le buraliste ; et j'espère qu'une pétition sera bientôt adressée à M. le préfet de police,
dans rintérôt de MM. les patrons et de la corporation ouvrière des coiffeurs, pour qu'il y ait une amélioration et une satisfaction générales.
» Je suis Totre dévoué serviteur.
» J. J. Pkllbrin,
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« Monsieur,
» Hier, par hasard. Je Jetai les yeux sur le Figaro du 2.1 novembre, et Je lus un article signé de vous et intitulé : les Coiffeurs. Ck)mme j'ai l'honneur de faire partie de l'honorable corporation, Je ne pus m'empôcher d'admirer la plume qui retraçait si bien toutes les petites ruses du métier ; seulement, à mon faible point de vue, un trait de cette plume manquait au passage qui a rapport aux buralistes. Permettez-moi, monsieur, de vous faire voir un autre endroit assez sensible pour ces messieurs, et dont vous oubliez de parler.
» Nous avons d'abord les cours ou, sous prétexte de montrer aux Jeunes gens à coiffer, on leur demande: 1** Cinquante centimes d'entrée; 2* comme il ne serait pas bienséant de rester avec le chapeau ou la
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casquette sur la tête, on vous démande encore dix centimes. Et le plus joli de la chose, c'est qu'on ne leur montre rien du tout ; quelquefois on n'y trouve pas de poseuse (terme technique) ; d'autre fois^ et le directeur s'en prend à elles , d'autres fois, ce sont les professeurs qui manquent, et c'est la môme chose.
» Mais quand l'un et l'autre sont là, ne croyez pas qu'on en montre davantage à ces pauvres moutons qui viennent tout doucement se faire tondre ; du tout, ces messieurs se mettent à exécuter des coiffures impossibles à saisir pour celui qui sait et, à plus forte raison, pour celui qui ne sait pas. Mais cela ne fait rien à la chose ; le principal est que le directeur, à la an de la soirée, se trouve une soixantaine de francs en caisse ; et le pauvre mouton, en s'en allant, est très-content de ce qu'il a vu, mais il n'en est pas plus savant, seulement il est plus léger de soixante centimes.
» Mais là n'est pas le plus joli côté de l'exploitation, la véritable moisson va se faire. Dans un mois les étrennes. A partir du 1*' jusqu'au 31 janvier, ces messieurs partent de chez eux à dix heures du matin, un volumineux paquet sous le bras, comme de simples commis libraires. Quel est cet énorme paquet, me direz-vous ? Eh ! mon Dieu, ce sont des annuaires que ces messieurs veulent bien offrir aux patrons à l'occasion du jour de l'an ; car cette fois il ne.
s'agit pas des ouvriers, mais bien des maîtres. Voilà à peu près comment les choses se passent : s'il s'agit d'une bonne maison, les compliments abondent ; ils demandent des nouvelles du mari, de la femme, des enfants, du chien, du chat; alors la conversation dure dix minutes, et rapporte en moyenne dix francs (pour ne pas exagérer) ; s'il s'agit d'une maison ordinaire, elle ne dure que cinq minutes et rapporte cinq francs ; là on demande seulement des nouvelles de monsieur et de madame. Mais pour les maisons de troisième ordre, comme elle ne rapporte que trois francs, elle dure juste le temps de donner et de recevoir. Le malheureux patron envoie bien au diable le buraliste quand il est parti ; mais, en attendant, il en est pour ses trois francs qu'il mettait peut-ôtre de côté pour payer son terme. Mais refusez donc trois francs à un homme qui vient vous les demander, quand vous êtes suceptible d'avoir besoin de lui du jour au lendemain.il est vrai qu'on a de la marchandise pour son argent, et que, pendant un an, on peut lire le nom et l'adresse de ses confrères de Paris, delà province et l'étranger, ce qui est très-utile. Quant au buraliste, ça lui est bien égal ; pourvu qu'il empoche, il ne demande pas autre chose, et à la fin de la journée, au lieu d^ son volumineux paquet de livres, il a des écus plein ses poches. Ah I c'est un bien joli placement que celui de l'Annuaire qui peut bien coû-
(er quinze centimes et qui rapporte en moyenne cinq francs. Voilà, monsieur, ce que J'aurais voulu voir dans Totre article, ce qui prouve une fois de plus que patrons et garçons sont exploités par MM, les buralistes.
» Faites, monsieur, de ma lettre ce que bon vous semblera, et veuillez croire à ma parfaite considération.
» Antoinette.
» Aide volontaire. »
A M. DE Neuville.
^ « Paris, le 29 nofembre 1S01 .
» Monsieur,
» Je lisais ces Jours derniers dans le Figaro du %i novembre, un article signé de vous, au sujet de la corporation des coiffeurs, et J'étais vraiment surpris de voir avec quelle exactitude vous avez dépeint Tintérieur des bureaux de placement de notre corporation.
» Car il est impossible de rester vingt-quatre heures dans un de ces bureaux sans reconnaître trait pour
trait les types de ces ouvriers que vous avez qualifiés 4 juste titre d'aides volontaires.
» Au mois de février dernier, par un froid assez piquant, Je me trouvais sans place; et je fus obligé, conune vous devez le penser, d'aller au bureau. Il était à peu près neuf heures du matin ; aussitôt il fut envahi de ces artistes capillaire, qui venaient se grouper autour du poêle.
» L'un d'eux, que je crus reconnaître pour un Marseillais, voyant une figure qui ne lui était pas encore connue, quitta pour un instant sa place et me tint à peu près ce langage.
» Après m'avoirfait quelques accolades de rigueur, m'avoir demandé s'il y avait longtemps que j'étais à Paris, et, selon mes réponses négatives, il reprit :
» — GonunentI voilà six mois que vous êtes à Paris, et vous venez vraiment pour vous placer; mais c'est absurde, et vous ne connaissez pas le vrai bonheur. Faites comme nous, faites des aides.
» Ah 1 si tous les jeunes gens avaient notre caractère, les patrons courraient longtemps pour avoir des ouvriers.
» Car quelle existence plus douce que de ne travailler que deux jours par semaine, et encore ces deux jours sortir à sept heures. Total, il nous reste encore cinq jours à fiâner, et surtout pas de tresse
ni de nettoyage ! Ces deux choses seulement valent leur pesant d'or. Oh ! oui, si nous avions seulement cinquante centimes par jour à dépenser, aucun de nous ne travaillerait.
i> Allons, monsieur, continuez votre œuvre ; c'est une œuvre charitable que vous accomplissez, car par la critique vous remonterez le moral aux jeunes gens qui pourraient avoir des idées si peu hautaines. Plus tard, nous vous remercierons de la purgation par vous faite à notre corporation^ et nous ne rougirons plus en société de dire notre profession, car vous l'aurez remise à la place qu'elle devrait déjà occuper.
» Dans cette attente, recevez mes salutations respectueuse,
» Gustave Vigier-Lafosse^
» Ouvrier coiffeur, rue Lotti8-le«<;raDd, 8, Paris. >