‹ Physiologie du coiffeurChapitre 33 sur 34 · DURAND · texte numérisé non relu

DURAND

P. S. Vous m'annoncez d'autres articles sur le même sujet, avec accompagnement de pièces justificatives ; c'est votre affaire.

Mais comme il m'est permis de me montrer trèschatouilleux à l'endroit de l'honneur, je vous préviens que si j'y suis mis en jeu d'une manière qui porte encore atteinte à ma délicatesse, je répondrai cette fois, à Bazile, avec la loi du i7 mai i8i9, laquelle, vous le savez, met toutes les clabauderies à néant, — et n'admet que des preuves Judiciaires.

Quelques jours après, un mandataire se présente et devient si peu comme il faut que M. de Yillemessant le met littéralement à la porte.

Enfin, le Figaro se décide à publier cette fameuse réponse de M. Durand, réponse qui devait lui rendre l'honneur que je lui avais soi-disant enlevé et essuyer la boue que j'avais jetée sur son enseigne et sur sa figure.

nmeté capillaire !

La voici cette réponse, la voici avec ses impertinences qui ont été enlevées pour en faciliter l'insertion, mais que je rétablis ici (en lettres italiques) pour montrer à mes lecteurs combien les expressions de Thonnéte buraliste sont diplomatiques et de bon goût, et avec quelle habileté il se disculpe :

A M. LE RÉDACTEUR DU Figaro.

Monsieur,

Vous avez publié dans votre numéro du 2i novembre courant, sous le titre de : Coiffeurs, un article dans lequel il se trouve à mon adresse des allégations et des insinuations d'u7i style tressé rieux y contre lesquelles il m'importe de réclamer.

1® Il est dit que les bureaux de placement forment un monopole qui ne sert ni à l'ouvrier qu'il ruine, ni au patron qui n'en profite pas ; — 2° que si l'ouvrier ne paie pas son placement nous en rendons le patron responsable : — 3** qu'un ouvrier donne 5 fr. pour une place de 25 fr. par mois ; que placé dans une maison qui, par l'exigence de sa clientèle, ne peut le garder, le bureau le replace huit jours après, moyennant la môme somme ; que par ces frais les ouvriers se trouvent exploités et les patrons aussi ; — 4® que si ces derniers ne se révoltent pas contre cet état de choses, c'est parce que le bureau ne leur enverrait que des incapacités encore plus grandes, ou leur répondrait qu'il n'a personne à leur en-

voyer 5 .^- 5" que les ai4Qft. paient, au bureau 1 .fr.une carte d'une journée de travçiil de 5 fr. et quf ceux qui ne donnent que 50 c% ne jHtnt pas sûrs d'avoir toujours de l'ouvrage, et que le buraliste leur fait manger du pavé; — 6" que dans ce moment d'autres bureaux se montrent et feront, je l* espère ^ une concur" rence utile et détruiront ce monopole.

A cela je réponds catégoriquement : 1^ qu'il est inexact que le prétendu monopole des. bureaux de placement ruine les ouvriers ; il sert au contraire leurs intérêts ainsi que ceux des patrops, en concentrant sur le môme point tout le personnel sans emploi et à la disposition de quiconque en a besoin ; — 2° aux termes de l'ordonnance de police du 5 oC' tobre 1852, le patron peut avancer le prix du placement et le retenir sur les salaires de l'ouvrier. C'est donc nous accuser d'une contravention justiciable que d'insinuer que nous rendons les patrons respon* sables; — 3° notre tarif, hxé par M. le Préfet de Police, et dont je vous fais passer un exemplaire pour votre gouverne^ m'autorise à percevoir 3 fr. * pour une place de 30 francs par mois et au-dessous. Notez bien gwe j'accepte ce prix, qui .ne m'e^tpas, toiyours payé et que je n'exige jamais. Il est avéré dans toute

* Dans le texte inséré dans le Figaro du 19 déi:«nil>r(;, il y a 5 fr., ce qui prouve que je ne m'étais pas Jr,V«^A.. u,.n4a..,..

la 'Corporation y qu'on nous rétribue ad libitum^. Quant à rimputation diffamatoire d'une spéculation honteuse/ qui consisterait à envoyer dans les maisons des sujets incapables d'y rester, afin de les voir revenir dans la huitaine pour les replacer avec prime extorquée, voici là-dessus une réponse péremptoire. Âpres vérification de mes livres de placement, je suis en mesure de prouver que les ouvriers coiffeurs restent, en moyenne, de cinq à six mois en place. Voilà comme ils sont exploités et ruinés par nous, qui percevons à peu près la valeur d'une journée de leur travail pour leur placement; — 4® que s'il en était selon l'allégation de l'auteur de * l'article en question, il faudrait en effet, que nous eussions inspiré un gr»nd effroi à nos clients, car depuis près de soixante ans que ma maison existe, ni mes six devanciers, ni moi, n'avons reçu la moindre réprimande de l'autorité sur la gestion de notre bureau. La déconsidération que vous vous efforcez de jeter sur nous, est donc toute gratuite et ne parait évidemment être inspirée que par un parti pris de dénigrement ; — 5® que notre tarif n'impose à l'ouvrier que 50 c. pour une carte d'aide, valable pour deux jours. Quant

* Croyant que Je ne sais pas le latin, M. Durand a. remplacé ad libitum par : I volonté»

* BiB^lMépirt votie.

aux haines et aux rancunes dont vous m'accusez de poursuivre les pauvres ouvriers qui n'auraient pu payer un supplément à ce prix, croyez bien qu'au lieu de ces exigences monstrueuses, les ouvriers trouvent toujours chez moi aide et assistance aux jours d'adversité ; — 6® que la menace (Tune prochaine concurrence, qui nous est jetée comme avec colère, ne peut avoir eu pour mobile que le grand argument de Figaro.

Je viens donc d'abord, vous prier de vouloir bien insérer dans le plus prochain numéro de votre journal cette lettre, dont f espère quelque atténuation aux effets des atteintes que votre article a portées à ma considération et à mes intérêts.

Et je suis votre respectueux serviteur.

Durand ^

Je ne veux pas répondre à cela catégoriquement ; chacun de mes lecteurs peut le faire comme moi.

< Remplacé par : Théodore Durand, propriétaire-directeur de l'agence de placement dos coiifemrs, 1^, quai des Urftnes, Paris* — J'aime asseï le nom dt Théodore et la réclame qui le suit.

Je ne convaincrais nulkmeat le nommé Durand en lui disant que concentrer sur un même point tout le personnel sans emploi pour le lui livrer, c'est exposer la France à être mal tondue et suffisamment écorchée.

Que si aux termes de Tordonnance do

police du o octobre 1852 le patron peut

Mais je m'arrête devant le piège qui m'est tendu. D'abord l'ordonnance de police n'est pas du 5 octobre 1852 — elle est du 25 mars. — Et l'article 9 concernant les bureaux de placement est ainsi conçu :

« En l'absence de conventions contraires, le montant du droit de placement indiqué au bulletin pourra toujours être payé au placeur par le maUre ou patron, et imputé sur les gagea ou salaire de la personne placée. »

Et dans Y Armuairc^Beatimont de l'année* 1861 cet extrait de l'ordoimance de police

inséré à la page 123, est suivi de ce» quelques lignes significatives :

« En conséquence, je préviens MM. les patron« qu'ils deviennent responsables du droit de placement des garçons qu'ils acceptent de mon bureau, et que la carte non acquittée portera les mots NON PAYÉE : ce sera un avertissement pour engager les patrons à retenir ce droit sur les gages des garçons et de se tenir prêts à m'en verser le montant à ma première demande, qui aura lieu cinq jours après le placement définitif. »

Qu'en pensez-vous. M. Durand ?

Je ne continue pas à discuter ces inexactitudes. Quant à Thumanité du placeur Durand, qui dit que les ouvriers trouvent chez lui aide et assistance aux jours d'adversité, i'ai à ce sujet interrogé plusieurs ouvriers qui m'ont répondu ces mois :

a Ah ! on la connaît sa soupe au;^ choux. »

Sans doute M. Théodore Durand mettait dedans des pavés !

Poursuivons notre récit.

Vous croyez, lecteur, que le placeur Durand est satisfait ? pas du tout.

Dans son numéro de décembre le Moniteur de la Coiffure reproduit mon article du Figaro en partie, et le fait suivre des observations suivantes :

Extrait du Moniteur de la Coiffure {numéro de décembre i%6i.)

«M. de Neuville craint le fait des révélations contenues dans son article, et il croit sage de laisser pousser ses cheveux et sa barbe ; qu'il nous permette dô lui donner notre opinion sur ce sujet, car il est de notre compétence, monsieur. Après avoir examiné votre photographie, nous avons reconnu^ mes amis et moi, que votre visage est trop jeune, trop gai et votre allure trop française, pour prendre celle de Pierre TErmite. Qu'avez-vous à craindre ? Les bura-

Ii9te8 que tous pincez un peu en leur disant la vérité, ont l'air, il est vrai, de toucher aux cheveux, mais Jusqu'à présent, n'ont pas touché à la barbe ; vous craignez qu'il ne leur vienne à l'idée de faire un salon dans leur bureau, où le public irait se faire raser, sous prétexte d'employer les ouvriers sans place. Dans ce cas, monsieur, Je ne vous conseillerais pas de leur donner votre pratique. Vous craignez aussi de rencontrer les aides volontaires que vous chfttiez avec autant d'énergie que de talent.

» Croyez, monsieur, qu'ils sont en très-petit nombre, et que la plupart sont arrivés à cette détestable position après avoir subi toute sorte de malheurs. Ils ne sont pas à craindre, la misère les a tellement engourdis qu'ils n'ont pas entendu ce que vous avez dit d'eux ; mais ne croyez pas que le portrait que vous en avez fait soit perdu pour nos Jeunes gens, qui Vont ramassé et le gardent précieusement. Il est pour eux un préservatif contre les vices qui dégradent l'homme. Enfin, monsieur, la généralité des coiffeurs de Paris ont l'honneur de vous faire leurs offres de service, en vous assurant qu'ils feront leur possible pour qu'il ne vous tombe pas un cheveu de la tôte.

» Recevez mes salutations empressées.

» Lois^L. »

VoUà de nouveau le placeur Durand eu colère et courant chez son huissier; il fait rédiger la sommation suivante qu'il envoie à M. H. Picart, directeur du Moniteur de la coiffure.

Vous allez voir que le placeur Théodore Durand s'expose h un bon petit procès en diffamation.

L'aa mil huit cent soixante et un, le 24 décembre, à la requête de M. Durand, propriétaire-gérant de l'agence de placement des coiffeurs, sise à Paris, quai des Orfèvres, n"* IG, y demeurant, pour lequel domielle est élu en sa demeure; j'ai Nicolas Toussaint Ferasse, huissier au tribunal civil de la Seine, séant à Paris, y demeurant, rue Saint-Honpré,n*108, soussigné, fait sommation à M. Henri Picart, directeur du journal le Moniteur de la coi//ure> demei^rant au siège du journal j sis à Paris, rue des Petites-Ecuries, n<> lU, où étant et parlant à la concierge de la maison dudit :

De, en coniormité de l'article li de la loi du 25 mars 1822, publier dans le plus prochain numéro

de son Journal la lettre ci-après tranBcrite, ea réponse de l'article intitulée : Etude physiologique des coif* feurs, signé Loisel, publié dans le numéro dudit journal du mois de décembre courant, dans lequel le requérant est désigné. A M. le directeur du journal le Moniteur de la coiffure» Monsieur, vous, venez de reproduire dans votre numéro de décembre courant, un article du Figaro, dans lequel je suis désigné, ainsi que mon agence, de la manière la plus défavo* rable. Un passage de cet article écrit à mon adresse, est depuis le commencement jusqu'à la fin, conime un flux de dénigrement, de diffamation, de calomnie inqualifiable. 11 y est dit entre autres choses, que les bureaux dé placement, formant un monopole, exigent ;î francs d'Un ouvrier pour une place de 25 francs par mois ; on y admet que cet ouvrier adressé, avec intentions dans une maison qui, par l'exigence de sa clientèle, ne pouvant le garder, il revient dans la huitaine payer un nouveau placement extorqué bien entendu ; que par le fait, patrons et ouvriers sont exploités, et ces derniers ruinés par les bureaux ; que si les patrons ne se révoltent pas contre un tel état de choses, c'est qu'ils ont sujet de craindre que nous ne mettions en quelque sorte leurs maisons en interdit ; que si les aides ne paient pas 1 franc au lieu de î)0 centimes pour une journée de travail de 5 francs, ils sont exposés à rester sans ouvrage et à manger du

— 16ft —

pavé. Qu'un folliculaire obligé d'alimenter une feuille légère, satirique, qu'attendent chaque matin un genre de lecteurs avides d'excentricité, de scandales, accepte inconsidérément des données inexactes , erronées , malveillantes, pour construire une espèce de po(pourrit, où sont travestis, dénaturés des éléments, sources de l'existence de toute une corporation ; qu'il trempe à plaisir sa plume dans la boue, dans l'acide sulfurique, et en jette le contenu & la face d'honnêtes gens inoifensifs et sur les enseignes de maisons recommandables, c'est son métier, il a atteint son but, et peut se dire avec Lopez de Véga, pour se justifier devant lui-même: Mon public est mon maître, il faut bien le servir, il faut pour son argent lui donner ce qu'il aime. Mais vous, monsieur, rédacteur d'un journal spécial de coiffures, dont la mission est de transmettre à vos abonnés de la province et de s'échanger des notes favorables à leurs intérêts matériels et moraux; vous, dont il était permis d'attendre quelque réfutation à un article injurieux, capable de porter préjudice k tout ce qui se rattache à la profession de coiffeur, non-seulement vous vous êtes empressé de reproduire cet article, mais encore vous l'avez fait suivre de votre approbation railleuse pour tous, calomnieuse pour moi. Mieux informé et intentionné, comme vous auriez dû l'être dans votre positi(m, vous conviendrez qu'à la- place d'un mono-

pole^ la concurrence la plus active règne depuis longtemps entre lesaje^ences des coiffeurs; que notre tarif, qui vous autorise à percevoir 3 francs pour une place de 30 francs par mois et au-dessous, est un droit pour moi, mais non un fait devenant absolu pour TTTRs jeunes clients ; car J'accepte des honoraires que Je ne fixe jamais; qu^en fait d'exploitation et dé remise relativement aux ouvriers, j'ai la preuve à fournir par mes livres de placement que ces derniers restent, en moyenne, de cinq à six mois en place, après avoir payé au bureau un peu moins de la. valeur d'une journée de leur travûl; qu'il est matériellement impossible de rançonner les aides en les menaçant de leur refuser de l'ouvrage, puisque pendant au moins dix mois de l'année leur nombre suffit à peine à satisfaire aux deux tiers des demandes qui nous sont adressées ; et croyez bien, monsieur, qu'au lieu de ces exigences monstrueuses dont l'article en question m'accuse de poursuivre les ouvriers dans la gène, ceux-ci ont trouvé et trouvent toujours cher moi aide et assistance aux mauvais jours. Enfin aux imputations mensongères àë tant de méfaits et de contraventions, je n'ai plus à répondre que ceci . Ma maison existe depuis près de soixante ans, ni mes six devanciers, ni moi, n'avons jamais été l'objet de la moindre réprimande de la part de l'autorité sur la gestion de mon bureau. Le Figaro a déjà fait droit

il mes réclamations sur cet article, dans lequel ma considération et mes intérêts se trouvent gravement attaqués^ et j'espère, monsieur, que vous voudrez bien en faire autant, en insérant cette lettre dans votre plus prochain numéro. J'ai l'honneur de vous saluer, signé : Durand, directeur de l'agence des coiffeurs, quai des Orfèvres, n" 46. Déclarant à M. le directeur du journal le Moniteur de la coiffure, que faute par lui de satisfaire à la présente sommation, le requérant se pourvoira, ainsi que de droit, afin de l'y contraindre» Dont acte sous toutes réserve^, et à ce qu'il n'en ignore, je lui ai, k domicile et parlant comme dessus, laissé cette copie. Goût 5 fraocs 75 centimes.

Page 1