‹ Physiologie du coiffeurChapitre 4 sur 34 · DB LA VOCATION · texte numérisé non relu

DB LA VOCATION

Ne riez pas! De même quon naît poète, on naît coiffeur. Seulement, il arrive quelquefois qu'on se trouve dévoyé; mais il est facile à l'observateur de retrouver un coiffeur égaré.

Tenez, voici une histoire probante.

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M. Bertrand (bien cnicndti, je cache son vrai nom), M. Bertrand, dis-je, adorait la femme d'un adjoint au maire. Ceci se passait dans une petite ville de Bretagne, oii notre héros mangeait à grandes guidies une vingtaine de mille livres de rentes.

L'adjoint adorait sa femme et en était tellement jaloux que, pour ne jamais la quitter, il faisait venir chez lui le maire de la commune lorsque celui-ci avait besoin de lui. — Les mariages, les décès, les questions d'intérêt local, les ordonnances de voirie, tout était formulé et discuté dans la maison de l'adjoint, en présence de sa femme.

Bertrand soupirait donc infructueusement.

Mais c'était un original, très-fat, très-beau garçon, très-bête et très-ignorant ; il avait tout ce qu'il faut pour réussir.

H alla chez son coiffeur et fit prix avec lui pour apprendre . son métier. Pendant un

mois, il rasa les paysans et tordit le chignon des fermières \ il acquit bientôt dans le poignet ujLe telle légèreté, que son patron remploya k sa clientèle de ville.

Le mois suivant, Bertrand était réellement supérieur, D vous abattait une barbe en une minute» et une coupe de cheveux en un quart d'heure. Le patron se fit alors suppléer par lui pour les coiffures à domicile.

Le lendemain, Bertrand coiffait la femme de l'adjoint,., celle qu il adorait.

Quelle émotion !

Elle dura huit mois ! Huit mois de coif* fure et d'amour ! Mais la situation ne tenait qu'à un cheveu l Bertrand avait compté sans la jalousie du mari et la non-complicité de la femme.

Un jour, l'adjoint, en furetant, trouva une papillote douteuse^ il la ramassa, l'ouvrît et y lut les vers suivants ;

A ELLEl

Ahl quand sur tes cheveux je passe mes doigts gras»

Je fâche d'infiltrer dans ta tête charmante

Un amour insensé que tu ne ressens pas!

... douce bandoIinO} es-tu donc ûopuissantal

Ce crêpé que je mets suus tes longs bandeaux bmns» Est plein de mes soupirs et de mes espérances; Et eette natta fausse où rampent les parfums De mon cceur ulcéré contient les doléances.

Des élans de mon cœur guides mystérieux»

Crêpé, nattes, bandeaux, contez-lui mon martyre... •.. Mais, peut-être, cruelle 1 ôtes-tu tes che?eux, Au moment où tu sens tout ce qu'ils vont te dire!

Le lendemain, quand Bertrand se pré senta, l'adjoint le mit à la porte.

Uu an après, Bertrand, ruiné, so faisait coiffeur pour tout de bon.

Qu'on dise après cela que l'amour ne mène pas à tout.

Il y a certains gandins qui adorent le maniement de la brosse et de la pommade...

coiffeurs I

Et ceux qui décoiffent leurs maîtresses?...

Et ceux qui se font friser la barbe en rouleaux ?

Et les bouchers ? — Ceux-là n'ont pu résister : ne sachant pas peigner les hommes, ne pouvant pas coiffer les veaux, ils se dédommagent en vendant dé la moelle de bœuf.

Coiffeurs ! coiffeurs !

Le Midi fournit beaucoup de sujets à cette profession, et cela se conçoit: outre Fhabileté et le goût, elle exige énormément de loquacité.

Giovani est Italien, Figaro était Espagnol ; en cherchant l>ien, j'en trouverais bet^ucoup qui sont Marseillais.

Le coif^ur ne change jamais de profession, n tient à son état ; il l'appelle un art I n a peut-être raison.

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