SECOND COUP DE BLAIREAU
Rien de plus futile, à mon sens, que la profession qui a pour but l'ornementation extérieure de notre individu. Ses conceptions — sans cesse modifiées par la mode — sont nécessairement éphémères ; — elles appartiennent, si l'on veut, à l'histoire jototique d'une époque, elles peuvent même avx)ir
une certaine importance sur les événements, mais ce n'est qu'une cause indirecte, qu'un prétexte dont les hommes sérieux auraient tort de se préoccuper.
Il fut une époque oii les poètes étaient chevelus et les critiques blonds ; aujourd'hui on est poète quoique chauve, et critique quoique brun.
Dans l'histoire mnémonique du monde, pour rester à la portée de toutes les clàsàes, on procède ammimis.
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Cependant, — comme je l'ai dit plus haut, — la profession de barbier-tondeur a son importance. ' ' ^
Sous les Gaulois, le barbier remplissait l'office de bourreau secondaire:
— n rasait le criminel.
— n tondait la fenmie convaincue d'adultère.
— n se tenait à la porte du cloître, et c'était souvent sur une tète royale, •— au temps des maires du palais, — que s'exerçait son ministère.
Un exemple, que je trouve par hasard dans un article d'Alphonse Karr :
Louis yn. roi de France, avait pour favori Pierre Lombard, évèque de Paris. Un jour, se basant sur quelques mots des saintes Écritures, le prélat conseille au roi de couper ses cheveux et de raser sa barbe.
Le roi obéit au prélat, et le barbier-tondeur, d'un coup de ciseaux et d'un coup de rasoir, fut cause d'une guerre qui dura trois cents ans et coûta à la France trois millions
de Français -"- et plus de trois millions d'hommes à l'Angleterre.
Développons.
Louis VII, rasé, fut trouvé ridicule par sa femme, Éléonore de Guienne ; — celle-ci le trompa... vigoureusement. Louis VII la répudia. — De là, par des événements successifs qu'il serait trop long de rapporter ici, les Anglais firent la guerre à la France de 1150 à 1450.
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Quant à l'importance réelle du coifTeur, elle est incontestable. Voyez quelles professions s'y rattachent directement :
Les fleuristes.
Les fabricants de fleurs artificielles,
Los fabricants de rubans, Les fabricants d'épingles, Les fabricants de peignes, Les marchands de cheveux, Les marchands d'écaillés.
Les parfumeurs, Les chimistes.
Les marchands de diamants, Les marchands de perles.
Les bijoutiers, Les brossiers.
Les fabricants de bustes en cire, Les couteliers,
Les fabricants de cuirs à rasoirs.
Les fabricants de fauteuils et chaises mé< cauiques, Les marchands de lavabos-toilettes, Les marchands de glaces.
Etc., etc.
Sans compter que les tailleurs, les modis-
tes, les couturières, les lingëres, les chapeliers, etc., sont forcés de marcher d'accord avec cette profession.
Maintenant, lecteur, le plus fort est fait. — La partie technologique est terminée. Nous allons entrer dans la physiologie, Tobservation et la critique.
Attention. J'affile mon rasoir.