LA CLIENTÈLE
Celle-ci se trouve dans le quartier ; mais surtout dans Tintelligence du coiffeur, dans son caractère, dans son allure, dans sa gaieté.
Jamais un muet ou un hypocondriaque ne fut bon coiffeur et surtout bon barbier.
Je vais prendre, par exemple. Démange, rue Vi vienne.
En 1848, Démange trouve ce local bon à exploiter, il le loue à un prix très-minime, 3,600 francs par an, je crois, et fait un bail très-long. A cette époque, ce n'était pas l'argent qui courait les rues; il fallait donc débuter dans les bas prix.
Démange décrète la coupe de cheveux à 30 centimes, puis il assemble ses ouvriers et ses aides, et leur fait à peu près le discours suivant :
(c — Messieurs, nous sommes dans des moments difficiles, où l'association est indispensable ; si vous le voulez bien, nous serons associés. Je vous garantis deux francs par jour ; moi qui ai quinze mille francs de loyer, j'ai besoin de faire d'abord mes frais, quant aux bénéfices, ils n'excéderont guère les vôtres, mais pour cola il faut arriver au résultat suivant :
» Tout employé qui n'abattra pas par heure douze barbes ou quatre coupes de cheveux sera immédiatement congédié. — C'est dans l'intérêt de tous ! — Vous procéderez ainsi : pour la barbe, coup de rasoir léger et spontané, vous ne la repasserez9i^HB et coifferez sans pommade ; pour la coupe do cheveux, vous séparez d'abord la tête eh quatre parties égales : l'une partant du front à la nuque, l'autre de l'oreille droite à l'oreille gauche. Ceci fait, vous avez quatre mèches que vous coupez simultanément d'un vigoiu:eux coup de ciseaux. Vous peignez et émondez vivement les mèches rebelles; Yons sirotez avec activité et c'est fini. »
Ceci s'appelle la coupe Démange.
Démange a aujourd'hui deux maisons à Montmartre. Il xl opère plus lui^^méme.
Le successeur de Delignoux, place de h\
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Bourse, a un autre tnic : il se retire par les frictions.
Pendant l'opération de la coupe ou de la coiffure, il se passe la scène suivante :
L'ouvrier donne exprès au client un coup de peigne qui le fait crier :
— Faites donc attention 1 Vous me faites mal.
— • C'est que monsieur a beaucoup de pellicules. C'est la maladie du cheveu ; dans six mois, monsieur, vous serez chauve si vous n'y prenez garde .Vous nettoyez-vous souvent, monsieur?
-^ Mais sans doute.
— Alors le mal est plus grand que je ne pensais ; tenez, voyez, vos cheveux tombent, et comme c'est par maladie, ils ne repousseront plus; je vais vous faire une friction.
— Du tout, c'est inutile; je n'ai pas le temps.
— C'est indispensable, cependant; je ne puis pas vous mettre de pommade sans cela. La pommade nomrrit le cheveu quand le cheveu est bien portant; mais elle ne saurait détruire les pellicules: au contraire elle les colle au cheveu*..
— Allons, faites-moi une frlctioni mais faites vite I
— En un instant c'est enlevé.
La friction faite, le client ne sort pas sans avoir acheté : l/> de l'eau pour arrêter la chute des cheveux; 2® une éponge pour l'étendre; 30 une brosse pour enlever les pellicules; 40 un pot de pommade préservatrice; 50 un savon parfumé ; 6^ de l'eau dentifrice , etc.. total dix-huit à vingt francs.
•*• Que monsieur ne se charge pas de tout cela! Laissez votre adresse au comptoir; on vous remettra vos achats dans une heure I
Et le tour est joué I
J'ignore le nom de Tinventeur de la friction, mais celui-là est homme de génie, car de rien il a su faire sortir quelque chose ; d'immortel.
Les gens qui se font laver la tête ne mourront jamais I
La recette de cette eau est peu compliquée :
Prenez im seau d'ëau. » <0
De la potasse » 50
Un parfmn quelconque. . . . . .» 40
Total. ... 1 »
Battez ferme ; une heure après, voua avez une composition antipelliculaire, tonique et rafraîchissante, que vous pouvez vendre
1 fr. SO le flacon. Le seau d'eau vous donne 200 flacons, et voici le résultat de l'opération :
Composition du fluide 1 »
200 flacons à 8 c . 10 »