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CHAPITRE VIII

L’huissier.

'huissier est le maître-limier de la chasse à courre du débiteur, c’est lui qui lance et fait l’attaque : il aime la curée, et cependant il se garde bien d’abattre le gibier à la première attaque; il se complaît dans les morsures qu’il multiplie.. . il procède par épuisement.

il existe à Paris cent cinquante individus patentés qui ont le droit :

De crocheter les serrures des douze arrondissements;

De prendre le paletot de tout citoyen indigène ou exotique ;

De décrocher les baromètres ;

D’emporter les gilets de flanelle ;

De montrer aux flâneurs de la place du Châtelet, les cicatrices des tuniques de lin appelées vulgairement chemises de calicot.

Dans notre ville si rieuse il y a chaque matin deux cents individus à qui l’huissier vient dire , comme le Christ au Lazare :

« Lève- toi ; »

Et il ajoute :

« Afin que j’exporte ton acajou. »

En style judiciaire on nomme cela instrumenter.

Depuis quelques années on a reconnu que , j lorsque l’huissier instrumentait , c’était bien souvent le créancier qui payait les violons.

Quand le créancier vient dire à l’huissier :

— J’éprouve le besoin de me faire payer par mon débiteur ;

L’huissier répond :

— Nous vous ferons payer.

— Je veux mettre mon débiteur sur h paille.

L’officier judiciaire dit :

— Nous mettrons votre homme sur la paille.

— Je veux lui vendre jusqu’à sa dernière bretelle.

— On peut la lui vendre, dit l’officier judiciaire.

— Le traîner dans les cachots.

— On le traînera dans les cachots.

— Je veux qu’il y meurre !

— Il y mourra...

Mais, quand l’officier a tenu sa promesse, il envoie au créancier le bulletin de la brillante campagne qu’il a faite, et il réclame sept à huit

cents francs pour les frais de la guerre. Le créancier saute comme un chevreau.

— Mais les meubles du débiteur... dit-il, n’ont-ils donc rien produit à la vente ?

— Les meubles?. . . est-ce qu’il y a des meublés aujourd’hui ? On fait les édredons en fougère , les bronzes en carton-pierre , l’argenterie en fer creux... le tout à l’épreuve de l’en- | chère....

— Ah....

— Mais la liberté vaut bien quelque chose. Cet homme la rachètera...

— Jamais ! il dit qu’il ne l’esiime pas plus de cinquante centimes.

— Bah...

— Et il faut, au contraire, que nous lui comptions, en bons deniers, une somme annuelle de 365 fr. pour payer sa pension de captif... ce qui fait, pour cinq ans, un total de 1,825 fr. , non compris 800 liv. de frais et dépens.

— Merci, officier judiciaire.

C’est un préjugé qui sera long à déraciner que la croyance au remboursement par le moyen d’huissier. Cependant chaque jour cette superstition perd un peu de sa force.

L’huissier lui-même commence à comprendre

l’insuffisance des moyens mis entre ses mains. Aujourd’hui , l’huissier n’est plus un agent d’exécution ; c’est un receveur de rentes , un conciliateur amical : l’huissier est dandy; il vous remet sa carte dorée , il vous fait prier par lettre de passer à son étude pour affaire qui vous concerne.

Il y a des huissiers philanthropes qui laissent des sacs d’écus chez ceux qu’ils vont saisir. Il y en a d’autres qui, obligés de suivre les errements consacrés par leurs devanciers, convient le débiteur à un déjeuner d’apparat. En levant son assiette, celui-ci trouve sous son croûton de pain tendre une dénonciation de protêt ; il lève sa seconde assiette , il rencontre un commandement de payer dans tes vingtquatre heures pour tout délai, et, sous la troisième assiette, la signification de contrainte apparaît avec tout son luxe de rédaction; au dessert, on porte un toast à la liberté, et l’huissier glisse dans la main du convive un petit billet parfumé , dans lequel il lui donne le nom et le signalement du garde du commerce chargé de son arrestation. On ne peut pas faire la guerre plus chevaleresquement.

Il y a aujourd’hui un grand nombre d’huis-

siers qui n’exécuteraient pas une saisie avant de l’avoir prévenue par une visite préalable. . . S’ils se résignent à faire i également le foulard , c’est qu’ils ont encore les deux tiers de leur charge à payer.

Vienne l’abolition de la vénalité des charges , j et le débiteur et l’huissier se tutoieront , ils changeront de pipe ensemble.

TAUQUINON

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