‹ Physiologie du créancier et du débiteurChapitre 14 sur 23 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Les maisons de santé.

es consuls .

c’est ainsi qu’on nomme, par je ne sais quelle burlesque analogie, les marchands de cannelle, d’indigo et de bonnets de coton, qui siègent place de la Bourse; les consuls, disons-nous, viennent de livrer un débiteur aux licteurs, c’est-à-dire aux recors. La victime roule dans le fiacre sur la route de Clichv... Le créancier se frotte les mains , il se dit : « Voilà mon étourneau dans la cage ; l’ennui va le miner, il va sécher

Comme au vent du désert Se flétrit une fleur,

et mes capitaux , imprudemment hasardés , vont immédiatement me rentrer. »

Un beau matin , en traversant ia place de la Bourse , un fantôme , couvert d’une redingote vert-russe, apparaît au créancier : celui-ci pousse un cri de joie ; il reconnaît le débiteur. Il a trois suppositions à faire ; mais, comtiie le créancier est pressé, il n’en fait que deux.

Il se dit :

« Ou mon débiteur a payé, et je vais aller au greffe chercher mes fonds ;

Ou le débiteur s’est évadé , connue feu Latude, et je vais faire payer sa dette par le directeur de la maison , éditeur responsable de la rupture du ban. »

Le créancier arrive à la maison pour dettes; il demande à voir son gage , son nantissement , son corps mis en séquestre, son individu placé en transit.

On lui répond que le prisonnier ayant reçu la visite d’un médecin, celui-ci a déclaré que l’air des verrous était trop pesant pour l’estomac du consultant, qu’il avait besoin, pour se prome-

ner, de beaucoup d’espace, et, pour se refaire» de beaucoup de fricassées de poulets.

Le tribunal a jugé qu’il y avait lieu à extradition , et la jeune plante qui s’étiolait dans la serre un peu fétide de Glichy , a été transportée dans la zone tempérée d’une maison de santé , moyennant deux cent cinquante francs qu’elle s’engage à payer pour sa culture, ou plutôt pour sa nourriture.

Les trente francs du créancier passent aux "ourses de cabriolet qu’un prisonnier est touours dans la nécessité de faire.

La première condition pour obtenir sa translation dans une maison de santé , c est de ne pas être malade.

Aussi n’est-il pas rare de renco ntrer sur la voie publique. . . un élégant en costume de chasse , qui vous aborde en vous disant :

— Tu sais le malheur qui m’est arrivé? Je suis à Clichy.

— Ah... '

— Il y a six mois que je gémis dans les fers. . , Adieu, je te quitte ; on m’attend pour une partie de chasse au Raincy.

La loi a laissé au créancier l’inspection sur le débiteur en maison de santé. Si celui-ci est pris en air trop libre, on le reporte à Clichy.

Aussi la partie de barres est-elle toujours engagée entre les deux adversaires.

Le créancier vient il demander à voix basse son débiteur, on lui répond :

— Monsieur est au bain; le médecin lui commande des ablutions de douze heures.

— Monsieur, je viens de rencontrer mon débiteur au Palais-Royal.

— Je n’en disconviens pas, monsieur, dit le maître de la maison de santé , qui est presque toujours une femme. Monsieur le président a autorisé la sortie, pour cause de traitement.... Votre débiteur est allé se faire opérer... un cor au pied.

Un créancier arrivé un jour tout botté de Belgique.

— Madame , je vous somme de me montrer

mademoiselle J... . la marchande de modes que je liens, ou plutôt que je dois tenir captive.. . Il y a trente heures, je l’ai vue danser un galop à Bruxelles.

— Vous êtes dans l’erreur, monsieur.

— Que mademoiselle J. . . paraisse.

Et mademoiselle J... qui effectivement était trente-six heures auparavant hors frontière , et qui venait de rentrer dans le cloître à l’aide d’une échelle de corde, parut et fit deux révé-

rences au voyageur étonné. Il crut qu’il avait rêvé , il fit ses excuses et se retira.

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