CHAPITRE XIII
Conclusion.
MD NT DE PlETEi aqueI)e des deux pr0.
fessions, celle de prêteur ou celle d’emprunteur, est la meilleure?
Si nous nous jetons hors de la voie de la règle générale, nous trouverons que la spéculation de l’emprunt est souvent profitable.
Par exemple, on cite un individu qui le matin va réveiller ses amis et leur dit :
« Mon mobilier sera vendu à midi si vous ne me venez en aide. »
Ou bien : « Moreau (c’est le Napoléon des gardes du commerce) a reçu ma parole pour une heure ; je dois aller moi-même me plonger dans les fers, si je n’ai pas ma rançon. »
L’ami se dépouille de sa montre ; il envoie chercher Gobert de la rue Lepelletier , Gobert , le Rotschild des vieux habits, l’Aguado de la défroque, et il lui vend jusqu’à sa robe de chambre et son bonnet persan pour libérer son ami.
Le libéré remercie son sauveur. . . et court immédiatement placer ses fonds à la caisse d’épargne.
Parmi les prêteurs il en est aussi qui savent préserver la spéculation des chances hasardeuses.
Ils donnent mille francs à un fils de famille, et lui font reconnaître, par acte, que ce n’est pas un prêt, mais un dépôt.
Si le jeune homme ne paye pas à échéance, il n’est plus justiciable de la banquette du tribunal de commerce ; mais la sellette de la septième chambre correctionnelle le réclame.
Il y a des prêteurs qui vont plus loin ; mais pour agir il faut l’adhésion de l’emprunteur. Voici comment ils opèrent.
Un jeune homme reçoit cinq mille francs de
billets d’un prêteur, à la condition d’écrire la lettre suivante :
« Mon cher monsieur Roc , je suis le plus coupable des hommes; le jeu (ou bien une actrice du boulevard) m’a tourné la tête. . . et, je n’ose vous le dire qu’en frémissant, j’ai contrefait votre signature. . . »
Le prêteur donne une contre-lettre ainsi conçue :
« Je déclare que M. Charles... ou Lucien, est le plus galant et plus honnête garçon du globe ; qu’il n’a jamais songé à contrefaire ma signature, et que la lettre qu’il m’a adressée n’a d’autre but que de me faire solder par son père.
» Signé ROC. »
En dehors de ces sortes d’affaires, le terrain de l’emprunt et du prêt est fort glissant ; il n’y a pas à Paris dix vieux usuriers riches : beaucoup, outre les sinistres du nonpayement, ont laissé de gros profils sur les champs de bataille correctionnels.
A la prison pour dettes, il y a autant de prêteurs que de dissipateurs. Clichy est l’hôtel des Invalides de l’usure , aussi bien [que le
Pénitentier des dissipateurs. Les extrêmes s’v touchent et trinquent ensemble.
Que conclure? quelle est la morale du chapitre ? et du livre ?
La voici :
Que ceux qui ont de l’argent le gardent , et que ceux qui n’en ont pas apprennent à s’en passer.