CHAPITRE VII
Souper.
our le débardeur, souper est la première condition de l’entrée au bal; sa gymnastique nécessite une fréquente réparaîion de forj ces. Pour la pléiade de dominos roses, bleus, noirs, jaunes et tricolores, souper est un devoir de religion ; c’est au repas de nuit que la divinité se révèle , qu’elle se communique aux mortels, qu’elle
les initie à quelques-uns des mystères de son culte.
One Lorette avait attaché, l’année dernière, sur son dos , cette légende significative :
On désire souper.
Les amphitryons ne manquèrent pas. Dans nos bals la fraternité est arrivée à un point de fusion et d’expansion telle , que la vie en commun s’y pratique sans gêne et sans étiquette.
Le titi féminin prend un débardeur masculin sous le bras , et lui demande à souper, comme ailleurs on demande une prise de tabac.
Le souper est comme le séjour en diligence , il n’engage à aucune relation sociale au delà du banquet; et de même qu’un compagnon de roule , qui vous a comblé d’attentions depuis Paris jusqu’à Bayonne , vous salue à peine après votre arrivée, de même l’hôte et l’invité des agapes de carnaval se rencontrent en carême et passent, indifféremment, comme deux êtres qui sont totalement inconnus l’un à l’autre.
Le domino pousse souvent le sans-façon jusqu’à refuser de payer son écot par l’exhibition de sa figure ; de manière que sur le sol parisien, où le sous-jupe Oudinot fonctionne avec tant
d’art , on est , à chaque carnaval , exposé à payera souper à sa grand’ mère.
U y a des dominos qui acceptent à souper sous condition de rester muets.
Pour le coup, le péril est encore plus grand; vous êtes exposé à souper en tête-à-tête avec un garde du commerce ou un garde municipal travesti.
Heureusement ces réserves faites par le convive ne sont pas de tenue générale, et pour un domino qui mange barbe rabattue comme un franciscain, et silencieux sous le froc comme un trappiste , il y en a neuf cent trente-trois qui jettent le masque au vent et chantent la cloche du village en buvant le champagne.