DÎNERS A 23 SOUS
Quatre plats au choix , une demi-bouteille de vin de >làcon , dessert et pain à discrétion.
Et qui, tout bien considéré, allentlu qu'il lui manque pour dîner 17 sous ou même 23 sous, se met à les chercher dans la poche des passants, soit devant l'éialage des marchands d'estampes, soit dans la foule du Musée , devant la baraque de Polichinelle ou dans toute autre réunion de badauds. Jùicore im batteur de pavé. C'est celui-ci qu'on nomme le lireiir.
Nous avons de plus le honjouricn, qui bat le pavé à huit heures du matin, parcourt les maisons, entre i)artout où il |)eut entrer, prend tout ce qu'il peut prendre, et se retire en vous souhaitant le bonjour et en vous demandant pardon de vous avoir réveillé.
Puis, y américain , qui flâne à toute heure pour rencontrer une sacoche sur le dos d'un jobard , auquel il demande en baragouinant l'échange de deux écus contre une guinée d'or , écliange que le jobaid accepte , soit par cupidité, soit par bêtise, et dans lequel il reçoit, pour son bel et bon argent, du plomb, des sous dorés, ou bien des jetons en rouleau.
Enfin , dans la même catégorie , se place le flâneur nocturne , modeste fleur des grandes villes, qui ne peut supporte)- ni la lumière du soleil ni celle des réverbères, et ne s'épanouit
(liii' dans roinbie des riu-s solitaires, ou, permettez-moi ce calembour botanique , dans les serres du piélet de police.
Mais le batteur de pa\é par excellence, c'est ce philosophe praticien cjui vit gaiement au jour le jour, sans luxe, sans gène, sans prétentions à la fortune, dégagé de tous préjugés, s'accomniodant de tout ce que rejettent les autres, mangeant peu, buvant beaucoup, et pouvant toujours s'écrier comme Hias :
Omilia mecum porlo !
!• n un mot , le flâneur prolélairc , le roi du pavé , le cliiiïonnier français.
CIIAIMTRE VIII.
Lo parfait Flâneur.
omios jambes , bonnes oreilles, el bons yeux, — tels sont les principaux avanlages physiques dont doit jouir tout Français véritablement digne de faire partie du chd) des flâneurs ([uand on en établira un , — ce qui ne peut pas
arder.
Il faut de i)oiincs jambes pour arpenter tou-
es les promenades , tous les trottoirs , tous les
([liais, toutes les places , tous les boulevards de Paris; — de bonnes oreilles pour ne rien perdre de toutes les remarques spirituelles ou plaisamment stupides que l'on entend dans tous les groupes qui se rassemblent d'ordinaire dans les lieux publics; — enlin, il faut surtout de bo:;s yeux pour apercevoir toutes les jolies marchandes, tous les visages grotesques , toutes les afiiches baroques , et toutes les jambes fines que l'on rencontre dans le cours de ses flâneries.
Le paletot semble avoir été inventé exprès pour le flâneur; grâce à ce vêtement commode, mais taillé sur la forme d'un sac, le flâneur peut mettre tranquiUement ses deux mains dans ses poches et se faufiler dans toutes les foules les plus épaisses et les moins bien composées , sans craindre qu'un voisin curieux ne vienne sonder les mystères de ces mêmes poches. —Le paletot a fait diminuer, d'une manière prodigieuse, les vols à la tire:, vous n'êtes pas sans savoir qu'on a baptisé de ce nom l'espèce d'industrie qui con- \ siste à tirer de toutes les poches des foulards , des tabatières, des lorgnettes, etc., etc. — Il est vrai que si le paletot a détruit en grande partie te vol à la tire , en revanche il a fait augmenter prodigieusement le vol orné d'assassinat : —
les indiistiirls sf soiil mis ()l)ii^és de dcpoiiilkT (•omph'tonicnt le llanciir nocUiriU' depuis (luils ne peuvent plus interroger tout simplement ses poches: et, comme ils conuuencent l'opération en étranglant ou en assommant le sujet choisi , on voit (jue si le paletot a ses charmes , il a aussi ses inconvénients.
— Il n'y a peut-être que trois classes de la société chez qui l'on trouve des cœurs et des jambes véritablement dignes d'appartenir à un flâneur. — Ces trois classes se composent des poètes, des artistes, et des petits clercs d'avoués.
Quand nous disons portes , nous ne prétendons pas exprimer par là qu'il faut avoir rimé des poèmes épiques, ondes bouquets à Claris, — il faut avoir de la poésie , du cœur, chose plus rare encore et cjui ne se trouve pas dans le Dictionnaire des rimes — et enfin de l'imagination,
Le flâneur conipose tout un loman, rien que sur la simple rencontre en omnibus d'une petite dame au voile baissé, — puis l'instant d'après il se livre aux plus hautes considérationspliilosophiques, sociales et humanitaires, en admirant tous les prodiges ([ne l'éducation peut obtenir de
simples hannetons qui se battent en duelconnnc de véritables Saint-Georges.
Les artistes sont d'autant plus flâneurs, (pie pour eux la promenade est un véritable besoin , — car lorsqu'on a passé cinq heures à son bureau ou à son chevalet, on éprouve un agrément d'autant plus grand à faire l'école Buissonnière, après le travail , ce que du reste on se permet ^iuelquefois même avant le travail.
l'uis, les artistes , grâce aux entrées dont ils jonissent, se livrent à desilaneries toutes particulièresdansles théâtres, — soit en allant lorgner toute la salle de l'entrée de l'orchestre,
soit en faisant des cancans dans les coulisses avec touslesjeunes/îafsde l'endroit, — et Dieu
sait si les coulisses sont l'asile des rats cam niers, — siirtonl h l'Opéra.
Puis à onze liemcs, au lieu d'aller se coucher couinie un vulgaire garde national , le llaneur va encore faire une petite station dans un des nombreux Dif^/ià- où l'on fume du tabac oriental du Gros-Caillou.
Puis enfin même , quand il doit, le llaneur est encore parfaitement heureux ! Car au lieu de rè\er fortune , hatailic, chien ou cfiat , il rêve. .. (pi'il contemple la marche du bœuf "ras.
la descente de la Courtille , une procession quelconque: enfin il rêve... qu'il flâne I
CllAPlTRI^ IX.
Le Flâneur militaire.
1 eût été plus logique de commencer ce peiit livre par le chapitre du Fta- )icur militaire , puisqu'il résulte de toutes les statisti- (pies que, sur un ■hiffre de ZiOO,OOi) hommes, l'armée française fournit 393,000 des plus intrépides flâneurs, et peut-être faudrait-il encore rétablir le chiffre retranché sous prétexte qu'il figure le nombre des malades; car l'hôpital est plus souvent un lieu de refuge contre la corvée, un moyen d'obtenir la soupe au beurre,
(il
im palais de (k'Iiccs ciiliii cl de llaiierie parliciilière, (|u'iiii asile pour la véritable soiiH'raiice.
>e militaire est incontestablement, par-dessus tout et plus que tous, nnisard, badaud, gobeinoucbe. et cela ne doit surprendre personne ! (Kie voulez-vous que ces 600,000 pauvres diables fassent dans une jiaix profonde? A moins (le s'entre-dévorer connue les brochets d'un étang ou d'occir lespékins, il faut bien que des gens dont le métier est de tuer tuent au moins le temps, le seul ennemi d'ailleurs qui puisse iri()m])her du guerrier frrrrrrrançais. Aussi ce nalheureux vieux en voit-il de cruelles avec de els gaillards ; cavalerie, infanterie, artillerie, toutes les armes, tous les grades, depuis le maréchal de lYance jusqu'au simple Jean-Jean, tout ce monde l'attaque à sa manière et lui fait une guerre acharnée.
Le maréchal, obèse et goutteux, se retranche lans ses titres, ou attend l'ennemi dans son fauteuil.
Le général, plus ingandje, le poursuit dans les antichambres de la cour et surtout dans les bureaux du ministère.
Le colonel l'aborde à la bayonnette dans le bois de Uoulogne, dans les cercles, dans les
foyers des théâtres royaux et le pourcliassc jus (jue dans les ruelles des lionnes à la mode.
Quant aux chefs d'escadron ou de bataillon, ils l'assiègent chez le restaurateur, à taiiled'hùte, dans les banquets, les repas de corps, et font main basse sui- les ravitaillements ; la gastiononiie est le divertissement privilégié des grosses épaulettes aussi bien que de la haute finance. >î 'est-il pas de bonne stratégie d'enlever le plus de vivants possible à l'ennemi.
(Capitaine, lieutenant et sous-lieutenant lui livrent un rude assaut à grands coups de pipes, de cartes, de dominos et de queues de billard , et autres projectiles de même matière également funeste à la théorie, l'évangile du parfait troupier, sans préjudice bien entendu dehi cour assidue que le corps d'officiers fait régulièrement h la limonadière la plus jolie et la plus voisine du quartier, de façon h concilier l'amour et la discipline.
A l'aide d'un carottage (1) habilement e\-
(I) Le carottage est une sorte d'impôt indirect qui porte sur le père, la mère, le frère, la sœur ou sur tout autre parent affectionné du soldat, il porte encore sur les fournisseurs de la compagnie et sur la naïvelc (lu conscrit qui débarque au régiment.
ploité , le sous-oflicier, à l'exemple de ses supérieurs, s'exerce bravement au maniement des mC-mes armes.
Mais le vrai tlaneur, c'est le bon, le pur lourlourou.
Hàlous-nous de le dire à sa louange, le |)ioupiou est IcsMiiboiodcla plus parfaite innocence.
le modèle de la simplicité du premier âge ; sobre comme le modeste compagnon de son enfance, dont le braiement ravive ses souvenirs du pays et de la payse ; patient comme le chameau qui l'attend sur les sables de l'Afrique ; chaste comme un saint de bois ; rangé comme ime demoiselle qui l'est encore (rangée). — Ce n'est pas lui qu'on voit dépenser ses forces en plaisirs scandaleux, jeter son or aux courtisanes, aux croupiers de la roulette, ou bien, tombant dans un excès opposé, empiler ses écus, thésauriser, tarir les sources de la fortune publique. Non, non , ce n'est pas lui qui gaspille les finances du pays, et, si la patrie, toujours grande et généreuse envers ceux qui la servent, lui fait la munificence d'un sou net par jour , ce sou il le rend noblement à la circulation, et entretient par une sage répartition de son revenu fe richesse dans toutes les branches de l'industrie et des ai'ts. C'est ainsi qu'il encourage l'industrie par l'achat d'une |)ipe de terre ; l'agriculture, par une consommation modérée de pommes de terre frites; et les arts, par la libéralité d'une fraction de ses cinq centimes en faveur de cet homme qui, à force d'études préparatoires, est arrivé à avaler des lames de sa-
bre, (lesinancliosdc nitonii ot di-s hraiic^inls (h ralècli»'.
Mais il espère bien, dans son amour éclairé lu progrès, que l'art ne s'arrêtera pas loujoui-s
à la puiguce du sabre et à ravant-traiii de l;i voiture. Pénétré d'ailleurs de cette vérité (dont l'intention prouve à quel point il j)ossède le sentiment de l'art) que les applaudissements de l;i multitude, les bravos de la foule, ce que le saltimbanque appelle l'honneur de votiu:
PRÉSENCE, est un stimulant bien préférable au vil métal, le piou-pioii accorde l'honneur (U sa présence à tout ce que Paris compte de sa vants, — les physiciens des Champs-Elysées , — les marchands de vulnéraire, les lavatérieus qui disent la bonne aventure, etc. ; — à tous 1(^ praticiens célèbres, les extirpeurs de cors, dt durillons, de dents et autres difîorn)ités ; — ii tous les arts et à tous les ai'tistes, la danse di corde, l'assaut de savate. Polichinelle, la lanterne magique, le singe balayeur, l'àne savant, l'escamoteur, et surtout Bobèche, le grand Bobèche, ce roi de la parade, mort il y a plus di vingt ans au moins, dont le nom passera (h queue rouge en queue rouge jusqu'à la postérité la plus enfoncée.
Le piou-piou encourage encore, et toujours par Vhonneur de sa présence , les études chimiques du dégraisseur en plein vent, celles du marchand d'allumettes allemandes
LMiliii , mais l'artiste dont il préfère le talent, artiste dont la grâce, la sonplessc et les po- ^es voluptueuses enivrent tous ses sens, c'est... a femme forte.
Cette femme incom|)aral)le, la gloire de son >e\e, ([ui a fait, ainsi (pi'elle le dit avec simpliité, l'admiration des puissances étrangères el :1e notre» Saint-Père le jiape.
CIIAPITKE X.
Le gamin de Paris.
l'iciir, go , pares-
amilicr,
guenard
seux , gourmand
aiman lie spectacle
comme un I{o-
maiii, et par-des
sus tout, flâneur
|at
oh ! flâneur avec' ( |,j:"âti amour! Telles sont les qualités distinciives du gamin de Paris. C'est! sous ce dernier aspect , principalement , que] nous le considérons ici.
Vous comprenez que le gamin , comme nousr'' l'entendons, c'est i'ap|)renti, l'enfant sans ins-
(iy
Iruction , sans Umuic et sans aigeiil , (jui, oubliant tout à fait la commission dont il est chargé, vagne dans les rues, flanc aux devantnres des bouti(|ues, fait des grimaces aux marchandes, des niches aux passants, aigrit le caractère des chiens et parcourt gaiement la capitale assis sur le marchepied postérieur des voitures. C'est l'amalenr passionné du pruneau, du raisin sec, de la mélasse, de la cassonnade , du raisiné et de toutes ces succulentes choses dont l'épicier cupide ne veut absolument se dessaisir que pour du numéraire.
Or, nous l'avons dit , le uumérairc est le côté faible du gamin : c'est à lui surtout qu'on peut a|)])li(pier le mot d'un des plus célèbres philosophes de l'antiquité sur le gamiu d'A- ;bènes. Il est friand , mais en revanche il est pauvre — maxime peu récréative pour lui ; aeurensement il se trouve dans la nature ane loi de pondération en vertu de laquelle es parties faibles tendent toujours à s'équiliarer avec les parties fortes : l'esprit et la ruse nennent remplacer le numéraire, et ré(iuilibre Is'établit.
Ainsi, le gamin, alléché par l'odeur tentatrice lu chocolat, de la réglisse ou de la confiture ,
passe-t-il devant l'étalage d'un de ces iieureiix de la terre ?
Tous les rayons de son intelligence convcr-i gent sur un seul point , — posséder une partie quelconque de ces richesses. Il laissera , par exemple, tomber son pain dans la gelée de^ groseille et s'excusera de V accident; — ou bien il marchandera les pruneaux , les ligues ^
k sucre, les noiselles, goùlaiil, à chaque qucsdou de prix ou de qualité, l'objet qu'il uiarcliaude , et finissant par renvoyer son achat à un jour indéterminé.
(Cependant, si l'épicier , (|ui vit avec le gamin dans la perpétuelle position d'un bœuf aiguillonné par une mouche, s'oppose à cet exercice gratuit des fonctions de dégustateur, — ou bien , si les tendances digeslivcs du gamin le portent vers la galette, car il n'est pas exclusif et sait apprécier la valeur des farineux, — s'il éprouve un vague désir de fîan, ou de tout autre comestible qu'il n'est pas possible de goûter sans l'acheter , oh ! alors, les idées de paresse sont repoussées avec perte , chassées honteusement: notre gamin devient travailleur travailleur accidentel , comme le la-
zaroni napolitain.
Descendez- vous de cheval , il s'offre pour tenir la bride en votre absence. — Votre voilure s'arrète-t-elle , il accourt , met le pan de sa veste sur la roue boueuse et vous aide à franchir le marchepied; — il porte le pot de fleur que vous venez d'acheter pour eKc; — il guide l'étranger qui cherche la poste aux lettres , son Jiôtel , la Bourse , ou tout autre établissement
public ; — êles-vous retenu par un orage sous
)a porte coclière , il court chercher pour vous
iino voilure; onfiii , il fera tout pour ohteuir de ses ronciloyens les cinquante ceutimcs nécessaires à sou houlieur , après quoi il redevieut, uon le lazaroui italien , dormeur et uouclialaut , mais le lazaroui frauçais doul nous avons dit le caractère eu conuueuçaut le chapitre.
Il ne dort pas, il sepromèue toujours, fait des poires sur les murailles, joue des claciuettes, et finit sa journée comme il l'a commencée, en flânant.
Le soir venu, c'est chez madame Saqui, c'est à l'Ambigu, à la Gaieté ou au Cirque-Olympique que vous retrouverez le gamin, toujours rieur, toujours goguenard, interpellant les ac-
Ih
leurs, leur disant de parler plus bas, de parler plus haut, appelant TitiaXXm demandant d'un bout de la salle à l'autre s'il a tout mangé la galette, réclamant à grands cris l'expulsion des (icondarmes (gendarmes), s'emparant de la police de la salle en intimant aux femmes d'enlever leurs chrdes accrochés h la balustrade, en ordonnant aux hommes défaire face au parterre. Là il trône, là il est maître souverain, et celui qui ne l'aurait pas vu aux théâtres du boulevard ne connaîtrait certainement i)as le véritable gamin de Paris.
Les accidents, les exécutions, les émeutes, les fêtes publiques, nationales, royales ou n'importe quoi, sont encore ses points de réunion : il grimpe aux mâts de cocagne, sur les arbres, sur les voitures, sur les colonnes de réverbères; il grimpe partout, se fourre partout, voit tout, et, comme nous le disions, il aime tellement les spectacles de quelque genre qu'ils soient, que, pour jouir de cette vue , il oublierait tout dans ces jours mémorables, tout, peutêtre même la galette et le raisiné.
CIÏAPITHK \I.
Les petits bonheurs de la flânerie.
^xLx^
trottoirs, asiles de la boue et clos flâneurs, je vous salue ; tous les moments les plus heureux de ma jeunesse trèsblonde se sont écoulés sur vos dalles, votre granit, votre bitume, ou votre as- |)halte !
Car j'ai long-temps flâné, et, je l'espère, je flânerai long-temps encore.
Aussi, puis-je vous parler savamment des petit bonheurs spécialement réservés à cette profession.
Règle générale, ne flânez jamais passé minuit. — lue journée est assez longue quand on sait bien l'employer, et rien ne vaut la clarté du so-
leil pour observer les mille détails qui se présentent à chaque pas sous les yeux du flâneur. Ce n'est pas le soir, à la vacillante lueur des réverbères, que l'on peut lire toutes ces délicieuses affiches, rouges, jaunes, blanches, vertes, coquelicotes , qui tapissent toutes les murailles de Paris; — les dîners complets , à 25 sous, à 18 sous, à 13 sous même, qui se pavanent à côté de la Pommade des C hameaux, ce (jui ne veut pas dire précisément que ces quadrul)èdes se servent de ce genre de cosmétique ; — on la nomme Pommade des Chaincaux parce ({u'elle est faite avec de la graisse de mouton et ((u'elle est à l'usage des dindons. — C'est clair. — Du reste, ce précieux cosmétique fait pousser énormément les cheveux dans la c|uatrième pagedesjournaux! Plus loin l'affiche du docteur Charles Albert coudoie l'affiche du bouillonaveuffle-holtandais. — Ce bouillon a pomnom de famille Hollandais , parce qu'il est fabriqué à Paris, et il a été baptisé du sobriquet (ïavcuqle, parce que, même à l'aide des verres les plus grossissants, les naturalistes n'ont jamais pu découvrir, sur la surface de ce bouillon, le plus petit œil. — Malheureusement, si ce Hollandais est aveugle, il n'est pas toujours
parfaitciuont chauve. — Ici ou voit l'annoucc du Racalunit des Arabes, bou pour le uial de dculs; plus loiu ou aperçoit le Paraguai/- RoHX , déjeuuer habituel des sultanes orientales ! Euhu quand il arrive devant une muraille couverte d'affiches, le flâneur en a pour deux bonnes petites heures, c'est à rendre jaloux le sultan Schaltabaham qui, pour se di\ertir, est obligé de regarder pendant trois heures les mêmes petits poissons rouges.
Quekfues individus, flâneurs incomplets par conséquent, dédaignent les petites joies de l'afliche parisienne , et reportent toutes leurs sympathies sur les carreaux des magasins de modes et de hngeries. Nous pardoimons l'alTection pour la marchande de modes, tous les goûts sont dans la nature, mais nous pensons qu'il ne faut pas pousser cette alTection jusqu'au fanatisme. — Nous ne voulons pas répéter tous les cancans que l'on débite dans la société sur le corps des modistes ; on va jusqu'à dire que ces demoiselles se permettent quelquefois d'avoir huit à dix amants par tète. — On est si méchant ! — Il ne faut jamais croire que la moitié de ce qu'on dit.
Le flâneur a donc parfaitement le droit de
suivre de l'œil la jeune modiste qui, sous le nom de Trottin, va porter à domicile de charmants petits chapeauv et des amours de petites capotes ; mais il faut toujours ) mettre de la réserve et de la discrétion.
i> 'imitez pas ces grossiers personnages qui suivent les femmes d'une manière eiïrontée ; une
7f) pareille conduite est justiciable de toutes le > hotte;, vraiment frirrrcinraises. — Au lien de marcher sur les talons de la vertu, étahlissezvons le délenscnr, le protecteur de cette même Aertu elVrayée, qui vient se réfugier auprc's de vous, comme une pauvre colomhe palpitante, pour échapper aux poursuites de ces hommes ignobles (jui insultent toutes les femmes.
Depuis quelque temps surtout , bon nombre de vieux roquentins se mêlent de poursuivre ainsi de leurs propos, plus qu'anacréonti- (pies, et cela en plein jour, les jeunes femmes qui se hasardent dans les rues de Paris sans cavaliers. — La vieillesse a droit à une foule d'égards ; mais c'est f[uand elle donne l'exemple de toutes les vertus, et qu'elle ne cache pas ses cheveux blancs sous une perruque blonde, — qui la plupart du temps est lousse.
La vieillesse flâneuse doit avoir des plaisirs plus vertueux ; elle fait bien mieux de parcourir tranquillement tous les quais pour bouleverser l'étalage de tous les marchands de bouquins.
lu des grands jjlaisirs du flâneur c'est d'apprendre gratis une foule de nouvelles vraiment extraordinaires, et comme n'en donnent pas les gazettes les plus célèbres |)ar leurs Ciuiuvds.
Il n'est jws (le journaliste qui ne soit éclipse en ce genre par les crieurs et surtout par les crieuses de nouvelles.
On sait que ce n'est pas vrai; mais ça fait toujours plaisir , — absolument comme quand on lit un journal.
il n'est pas jusqu'à une flânerie dans la triste salle des Pas-Perdus, au Palais-de-.Iuslice, qui n'ait son côté amusant, — siu'tout si on n'a pas le moindie procès.
D'abord on a l'agrément de voir une foule de lèles d'aNocals toutes plus baro(|ues les unes(iuc les autres; — puis on a ra<i;rénient non nioin grand de se féliciter de n'avoir rien à démêler avec les gens de justice : — vous voyez donc bien qu'il a deux plaisirs pour un.
lùilin nous n'en finirions pas si nous voulions
éiiumércr tous les petits l)onheuis de la llanerie parisienne! — Le flâneur est le seul homme heureux qui existe sur la terre, on n'a pas en core cité l'exemple d'un seul flâneur f[ui se soit suicidé ; et si jamais notre homme arrive auprès d'un puits, eût-il même pour l'instant quelques idées un peu tristes, au lieu de songer à se pré cipiter la tète la première dans ce gouffre béant et humide, il se console tout à coup en crachant dans l'eau et en faisant des ronds pendant une heure, une heure et quart.
O flânerie, flânerie, ne trouveras-tu donc ja mais un poète pour te chanter dignement !
CIIAPIIUK XII,
Les petits malheurs de la flânerie.
onsieur, vous ave/ déjà pu remarquer, avec le célèbre liilboquet , — ((ue tout n'est [)as rose dans la vie, et que tout n'est pas jasmin i dans l'existence.
Car sans compter la fièvre , les rhumatismes, es billets de garde , la colique et les concerts l'amaleurs, l'Iiomme est exposé à une foule de )etits malheurs (jui, à vrai dire, ne sont que des- :oups d'épingle , mais qui , renouvelés chaque our et multipliés à l'infini , deviennent encore )lus désagréables (|u'un simple et bon coup de poignard ( si toutefois il y a des coups de poignard qui soient bons !).
C'est surtout le Parisien qui est exposé à une énorme quantité de petits malheurs dont l'existence n'est même pas soupçonnée en province. — Aussi n'hésitons-nous pas à proclamer bien haut que l'homme qui habite la province est beaucoup plus heureux que le mortel qui habite Paris, — pour peu qu'il aime la province et qu'il déteste Paris.
On pourrait faire un gros volume avec les petits accidents de la vie parisienne , — mais rassurez-vous, nous ne le ferons pas, — nous indiquerons seulement les principales catastrophes qui viennent émailler l'existence des flâneurs de la capitale.
La plus vulgaire, mais non pas la moins poignante de ces émotions , est celle qu'éprouve l'homme qui , sorti de chez lui pour aller dîner en ville , a revêtu son Elbeuf le plus soyeux, son chapeau le plus lustré et ses bottes les plus vernies, ou qui pousse quelques soupirs sous les fenêtres d'une beauté à l'œil noir ou bleu , suivant que l'on affectionne l'une ou l'autre ne ces nuances.
Vous n'êtes plus qu'à deux pas de la maison du potage ou de la beauté, — vous avez sautillé délicatement comme un moineau franc sur
«5 tons les pavés les plus larges , votre pantalon n'a pas aUrapé un atonie de boue, — vous poniriez mirer votre menton dans le miroir de vos bottes , et faire ainsi admirablement vo-
s|tre barbe, sans que la position fût gênante, — et le zéphyr lui-même n'a pas dérangé la plus légère boucle de votre chevelure , ou de votre toupet, si vous êtes affligé de cette infirmité , — bref vous êtes enchanté de votre tenue et vous regrettez de n'avoir pas devant vous une innnensc glace de ^ enisc pour vous admirer des pieds h la tète, — lorscjuc tout à coup la roue d'un cabriolet, de Lion parisien que vous étiez à l'instant, vous transforme subitement en un tigre du Bengale.
^'ous maudissez les dieux , les cieux , — et surtout celui du cabriolet.
A ous êtes altéré de vengeance , vous voudriez boire du sang, beaucoup de sang , — vous éclipsez Robespierre et Néron , vous voudriez pouvoir trancher d'un seul coup les têtes de tous les cochers de cabriolet de Paris , — puis, revenant h des sentiments plus humains, vous finissez par donner trente sous au premier cocher de cabriolet que vous rencontrez pour
iiiJ qu'il vous reconduise tout simplement chez
S(i vous, de crainte d'être ramené de force an Jardin -des -Plantes et des tigres par un sergent de ville, commettant une méprise en histoire naturelle, méprise très-pardonnable du reste !
In aiilri' niallu-ur non moins déplorable i-t encore pins hnmide est réservé au flaneiu" qni a la faiblesse de croire aux oninibns les jours de pluie , et qui , surpris par une averse diluvienne, se mettrait à courir après cette arche de i\oé à si\ sous.
Pour peu qu'on ait la \ue basse ou que Je conducteur soit distrait, on se livre à une course
au clocher ou j)lutôt à une course à l'omuibus, jusqu'au lieu de la station , car jamais, au grand jamais, on ne parvient à trouver une place dans un omnibus quand on en a besoin.
Ce qu'on a de mieux h faire , c'est de prendre un fiacre , — c'est même ce qu'il y a de plus : économique , car sans cela on dépense le lendemain et les jours suivants pour six francs de l'églisse.
Les Forts sont aussi un sujet perpétuel de soupirs et de coups de brosse pour les badauds parisiens , — nous ne parlons pas politique, — nous parlons seulement des forts de la halle au blé et de la halle au charbon.
Ces gaillards , fiers des avantages que leur a prodigués la nature, marchent toujours dans leur force et dans leur liberté, ce qui fait qu'ils prennent la liberté d'occuper tout le trottoir. — Le flâneur qui a la folle prétention de vouloir se faufiler entre deux de ces hommes de farine et de charbon , est immanquablement aplati comme une limande prête h être mise sur le gril , — et pour que rien n'y manque , il est même saupoudré de la couche de farine obligée.
C'est désagréable sans doute , mais mieux
\am oiicorc se taire ([ue de niunnuror trop liiiiit, car, après avoir attrapé du hiaiir, on poiirr.iit encore attraper des noirs — sur tous les
inciiihres.
Un autre petit malheur est sjK'cialenient réservé à tout promeneur qui , à dix heures du soir, flâne le long des trottoirs des rues marchandes, telles (jue les rues Saint-Denis , Saint- Martin et autres.
Nous voulons i)arler dos volets reçus dans le dos, dans le nez , et autres parties du corps. — Les garçons de boutique ou les commis de magasin chargés de la mission de confiance de clôturer l'établissement sont toujours tellement charmés d'aller se coucher qu'ils couchent euxmêmes sur le trottoir tous ceux qui se trouvent devant la porte de l'allée d'où ils sortent leurs volets avec cette aimable étourderie qui est l'apanage du caractère français.
Tiiis, pour jX'ii (juc l'on porde de Icinps clu'/. lapotliicaire à boire plusieurs verres d'eau de mélisse et à se tùter tous les membres les uns après les autres, minuit arrive, et on s'expose, m rentrant chez soi à cette heure indue, à tréhiuher contre l'un des nombreux emhillissciiicnts (le Paris, qui émaillent presque toutes les rues de notre belle capitale.
Or, vous savez qu'un endiellissement de Taris se compose invariablement d'un trou , d'un tas de pierres, d'un lampion, et d'un invalide couché en travers de la rue.
Quand l'invalide est poli , il ne jure pas trop après vous, — mais il se rendort tranquillement en vous conseillant de vous relever.
Enfin , vers une heure du niatin , vous rcnirez dans votre domicile, et, comme il est passé niénuit, la portière, se conformant h la (Iliarte , qu'elle a jurée, ne vous tire pas le moindre cordon.
-^lais si vous faites du tapage, la patrouille s'en mêle, et, grâce à elle, vous couchez, enfin, — à la salle Saint-Martin.
Du reste , vous devez h cette circonstance l'occasion d'une flânerie dont il n'est pas donné à tout le monde de jouir ; la flânerie de la salle Saint-Martin, espèce de place publique parfaitement pavée, complètement couverte et hermétiquement fermée, où vous rencontrez une foule de confrères en flânerie, les tireurs, les bonjoiiriens , les charricurs, les Àiu6ricains , etc. , tous gens d'un commerce facile , peu fiers et très-familiers , qui mettent, du premier coup, les pieds dans le plat, et surtout les mains dans vos poches , gens que vous voyez là en véritable déshabillé moral et ])hysique, sans gêne, sans art et sans fard , comme une petite maîtresse au bain, ce qui est, il est vrai, moins poli qu'instructif.
GIIAPITHE XIII.
Les quais et les passages.
our le llaneur tous les lieux ont leur mérite : mais cependant il ne faut pas croire qu'il s'en aille au hasard, sans choix, sans préférence ; c'est bienun homme de trop de goût et d'esprit pour cela.
S'il sait parfaitement perdre son tcmi)s au besoin dans les rues déseites du Marais , dans les quartiers malsains du pays latin , il triomphe surtout dans les passages , il règne au Palais - Royal , et l'on s'écarte respectueusement devant lui sur le boulevard, le grand homme ! — on sait trop (juelles précieuses
pensées l'occupent pour l'en dislraiie. — Il passe là entre la rue Grange-Batelière et la rue de la (^haussée-d'Antin , suivant lentement le boulevard, le cigare à la bouche. L'affairé trotte à grands pas, lui jette un regard de pitié, et se dit : Cet homme fume ou perd son temps. — Double erreur! — Cet homme liane. — Admirable occupation, que tu ne connaîtras jamais , esprit étroit, cjui arpentes le bitume municipal , comme s'il s'agissait d'un steeple chasse à travers les boulevards; car, il faut le dire, au dix-neuvième siècle , dans le siècle des lumières , des becs de gaz et des lampes plus ou moins Carcel, il y a encore des gens qui croient (pie le boulevard est une grande rue qui conduit de la Madeleine à la défunte Bastille, ([ui prennent un passage pour abréger leur chemin, et traversent le Palaislloyal pour éviter les voitures. — Ces gens-là, je le déclare à regret, ont tout mon mépris, et le flâneur partage mon opinion : ce c[ui nous honore tous deux.
Si l'homme affairé, cette mouche qui bouidonne dans tous les coins de Paris pour le malheur des citoyens honnêtes, est regardé comme l)i('n pende chose par le flâneur, il a peul-èlrr
l'iicorc moins cl't'sliine pour le badaud avec le qiu'l on l'a si impoliment confondu.
C'est dans les passages surtout ([u'on peut juger l'abîme (|ui les sépare , Le badaud est l;i , qui regarde stupidement toutes choses , (|ui s'arrête sans choix devant le premier morceau de |)làlrc, décoré du nom de statuette ou (le char<j;e,
qui dé\or(' du regard les billets de bau(|i
et les piles de pièces de cinq francs du changeur avec une avidité indigne de l'ànie généreuse du flâneur. Que celui-ci est différent! s'il jette un coup d'œil chez Susse, du premier coup il s'arrêtera sur la plus élégante statuette de Barre, ou sur la charge la plus charmante et la plus spirituelle de Dantan. Il ne reste pas des heures entières h écouter l'accordéon qui souffle éternellement Je vais revoir ina Normandie, hFotfe, ou quelque autre nouveauté du même genre; mais il verra tout d'abord la dernière caricature de Daumier, le plus nouveau débardeur de la bande carnavalesque de Gavarni.
Aussi, il faut le dire, son autorité est incontestée et respectée bien plus que celle d'aucun monarque constitutionnel ou non.
Quand il s'arrête, on s'arrête à ses côtés; (juandil sourit, on sourit ; quand il approuve, on approuve ; ce qui ne laisse pas de flatteiinfiniment son amour - propre. — Enfin , le passage est le séjour préféré du flâneur ; c'est là qu'il mène une délicieuse existence, émaillée de cigares et de coups de coude. L'amour, le tendre amour a pour lui sous la forme des vertus sémillantes, mais un peu fragiles, des
magasins do iiKxk'S, dos laveurs à nulles autres pareilles. — Parfois, aussi, il faut l'axouer, les susdites vertus, fortes de sa candeur et de sa générosité , lui rient au nez ([uand il l'allonge entre deux chapeaux ; mais ce procédé peu délicat n'appartient qu'à des âmes excessivement médiocres. — Il pourrait se venger ; il pour- Kiit dire au grand brun qui vient solliciter une riiire\ue à la sortie de son étude, que le petit blond du magasin de nouveautés en a oblenu une le matin, à l'heure du déjeuner : il dédaigne de le faire , le grand homme !
Nous nous résumons. Sans les passages, le llaneur serait malheureux ; mais sans le flâneur, les passages n'existeraient pas. — Allez rue de N endôme ; il y a là une espèce de grand corridor qui conduit au boulevard du Temple, le flâneur lui a refusé sa présence et son appui, et il est resté dans son obscurité et dans sa solitude. — O passage des l'anoiamas , passage de l'Opéra , si la reconnaissance n'était pas une chimère, on Urait sur votre fronton : — Aux Flâneurs les Passages reconnaissants !
Quand les lilas fleurissent, que les feuilles s'entr'ouvrent , le flâneur généralement a besoin de respirer les brises embaumées du prin -
temps, de réjouir son âme du spectacle de ia nature; et il se rend immédiatement sur le boulevard où il étaljlit son domicile politique et civil jusqu'au mois d'octobre. Mais, hélas! chaque année lui enlève une de ses jouissances les plus chères. On a d'abord supprimé les parades qui formaient, depuis la Gaîté jusqu'à la Bastille, un véritable spectacle gratis (il est des jours de profonde mélancolie où ce mot gratis sourit particulièrement au flâneur malheureux) qui égayait sa mélancolie et chassait les noirs soucis qui parfois le poursuivent ; il disait alors : J'ai un spleen quelconque , je vais au boulevard du Crime et des saltimbanques , et il était guéri. Puis on a, sous prétexte d'embellissements, abattu les arbres qui avaient résisté à toutes les révolutions pour leur substituer des sortes de manches à balais revêtus d'une guérite verte. — La guérite est fort à la mode au point de vue de l'art et du conseil municipal; enfin on a renversé toutes ces petites terrasses, où, chaque soir, les marchands de la rue Saint-Denis, les négociants retirés, sous l'aspect de magnifiques gardes nationaux , ou sous tout autre déguisement analogue, entourés de leurs épouses
v[ (le leurs jt'uiK's moutards , consominaiont l<'nr bière et s'abaïKlonnaieiit aux cliarmes tic
musique ambulante, spectacle bien capable ■gaver un esprit observateur et vertueux. Sous prétexte {l'embellissements , c[u'a-l-on ssé au flâneur? Les bureaux de tabac, les ucliands de contremarques et le Journal I soir : telle est à cette heure sa triple siiactiou ; il fume son cigare, marchande ic stalle meilleur marché qu'au bureau , liète le Monilcu)' parisien; et, le cœur ;ible, l'àme satisfaite, va se coucher en lisant : le n'ai pas perdu ma journée.