‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 100 sur 179 · En l'an viii (1800), m'étant couché sans aucun an · texte numérisé non relu

En l'an viii (1800), m'étant couché sans aucun an

técédent remarquable, je me réveillai vers une heure du matin, temps ordinaire de mon premier sommeil; je me trouvai dans un état d'excitation cérébrale tout à fait extraordinaire ; mes conceptions étaient vives, mes pensées profondes ; la sphère de mon intelligence me paraissait agrandie. J'étais levé snr mon séant et mes yeux étaient aflectés de la sensation d'une lumière pâle, vaporeuse, indéterminée, et qui ne servait en aucune manière à faire distinguer les objets.

A ne consulter que la foule des idées qui se succédèrent rapidement, j aurais pu croire que cette situation eût duré plusieurs heures; mais, d'après ma pendule, je suis certain qu'elle ne dura qu'un peu plus d'une demi-heure. J'en fus lire par un incident extérieur et indépendant de ma volonté je fus rappelé aux choses de la terre.

A l'instant la sensation lumineuse disparut, je me sentis déchoir; les limites de mon intelligence se rapprochèrent; en un mot, je redevins ce que j'étais la veille. Mais, comme j'étais bien éveillé, ma mémoire, quoique avec des couleurs ternes, a retenu une partie des idées qui traversèrent mon esprit.

Les premières eurent le temps pour objet. Il me semblait que le passé, le présent et l'avenir étaient de même nature et ne faisaient qu'un point, de sorte qu'il devait être aussi facile de prévoir l'avenir que de se souvenir du passé. Voilà tout ce qui m'est resté de cette première intuition, qui fut en partie effacée par celles qui suivirent.

Mon attention se porta ensuite sur les sens; je les classai par ordre de perfection, et étant venu à penser que nous devions en avoir autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, je m'occupai à en faire la recherche.

J'en avais déjà trouvé trois, et presque quatre, quand je retombai sur la terre. Les voici :

1» Ln compassion^ qui est une sensation précordiale qu'on éprouve quand oh voit souffrir son semblable;

2° La prédilection, qui est un sentiment de préférence non-seulement pour un objet, mais pour tout ce qui tient à cet objet ou en rappelle le souvenir ;

3° La sympathie, qui est aussi un sentiment de préférence qui entraîne deux objets l'un vers l'autre.

On pourrait croire, au premier aspect, que ces deux sen-

timents ne sont qu'une seule et môme eliose; mais ce qui empêche de les confoutlre, c'est que la prédilection n'est pas toujours réciproque, et que la sympathie l'est noces sairement.

Enfin, en m'occupant de la compassion^ je fus conduit à une induction que je crus très-juste, et que je n'aurais pas aperçue en un autre moment, savoir : que c'est de la compassion que dérive ce beau théorème, hase première de toutes les législations :

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