‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 103 sur 179 · SUR LES RÊVES · texte numérisé non relu

SUR LES RÊVES

96. — La diète n'a pas une moindre influence sur le sommeil et sur les rêves.

Celui qui a besoin de manger ne peut pas dormir ; les angoisses de son estomac le tiennent dans un réveil douloureux, et si la faiblesse et l'épuisement le forcent à s'assoupir, ce sommeil est léger, inquiet et interrompu.

Celui qui, au contraire, a passé dans son repas les bornes de la discrétion, tombe immédiatement dans le sommeil absolu : s'il a rêvé, il ne lui reste aucun souvenir, parce que le lluide nerveux s'est croisé en tous sens dans les canaux sensitifs. Par la même raison son réveil est brusque : il revient avec peine à la vie sociale; et quand le sommeil est tout à fait dissipé, il se ressent encore longtemps des fatigues de la digestiou.

On peut donc donner comme maxime générale que le café repousse le sommeil. L'habitude affaiblit et fait môme totalement disparaître cet inconvénient; mais il a infailliblement lieu chez les Européens, quand ils commencent à en prendre. Quelques aliments, au contraire, provoquent doucement le sommeil : tels sont ceux où le lait domine, la famille entière des laitues, la volaille, le pourpier, la Heur d'oranger, et surtout la pomme de reinette, quand on la mange immédiatement avant de se coucher.

97. —L'expérience, assise sur des millions d'observations, a appris que la diète détermine les rêves.

Imi général, tous les aliments qui sont légèrement excitants font rêver : telles sont les viandes noires, les pigeons, le canard, le gibier, et surtout le lièvre.

On reconnaît encore cette propriété aux asperges, au céleri, au truffes, aux sucreries parfumées, et particulièrement à la vanille.

Ce serait une grande erreur de croire qu'il faut bannir de nos tables les substances qui sont ainsi somnifères, car les rêves qui en résultent sont en général d'une nature agréable, légère, et prolongent notre existence, même pendant le temps où elle paraît suspendue.

Il est des personnes pour qui le sommeil est une vie à part, une espèce de roman prolongé, c'est à-dire que leurs songes ont une suite, qu'il achèvent dans la seconde nuit celui qu'ils avaient commencé la veille, et voient en dormant certaines physionomies qu'ils reconnaissent pour les avoir déjà vues et que cependant ils n'ont jamais rencontrées dans le monde réel.

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