EFFETS DE LA DIÈTE SUR LE TRAVAIL
95. — • L'hommt^ mal nourri ne peut longtemps suffire aux fatigues d'un travail prolongé; son corps se couvre de sueur, Dientôt ses forces l'abandonnent, et pour lui le repos n'est autre chose que l'impossibilité d'agir.
S'il s'agit d'un travail d'esprit, les idées naissent sans vigueur et sans précision ; la rétlexion se refuse à les joindre, le jugT-ment à les analyser; le cerveau s'épuise dans ces yains efforts, et l'on s'endort sur le champ de bataille.
J'ai toujours pensé que les soupers d'Auteuil, ainsi que ceux des hôtels de Rambouillet et de Soissons, avaient fait grand bien aux auteurs du temps de Louis XIV, et le malin (rcoffroy (si le fait eiit été vrai) n'aurait pas tant eu tort quand il plaisantait les poètes de la fin du dix-huitième siècle sur Teau sucrée, qu'il croyait leur boisson favorite.
D'après ces principes, j'ai examiné les ouvrages de ( ertains auteurs connus pour avoir été pauvres et souffreteux, et je ne leur ai véritablement trouvé d'énergie que quand ils ont dû être stimulés par le sentiment habituel de leurs miux ou par l'envie sou \ent assez mal dissimulée. ,
Au contraire, celui qui se nourrit bien et qui répare ses forces avec prudence et discernement, peut sulïire à une somme de travail qu'aucun être animé ne peut supporter.
La veille de son départ pour Boulogne, l'empereur Napoléon travailla pendant plus de trente heures , tant avec le conseil d'État qu'avec les divers dépositaires de son pouvoir, sans autre réfection que deux très-courts repas et quelques tasses de café.
Brown parle d'un commis de l'amirauté d'Angleterre qui, ayant perdu par accident des états auxquels seul il pouvait travailler, employa cinquante-deux heures consécutives à les refaire. Jamais, sans un régime approprié, il n'eût pu faire face à cette énorme déperdition; il se soutint de la manière suivante : d'ahord de l'eau, puis des aliments légers, puis du vin, puis des consommés, enfin de l'opium.
Je renconti'ai un jour un courier que j'avais connu à l'armée, et qui arrivait d'Espagne, oh il avait été envoyé on dépêche par le gouvernement {correo qanando horas. — Eap.); il avait fait le voyage en douze jours, s'étant arrêté à Madrid seulement quatre heures; quelques verres de vin et quelques tasses de bouillon, voilà tout ce qu'il avait pris pendant cette longue suite de secousses et d'insomnie ; et il ajoutait que des ahments plus solides l'eussent infailliblement mis dans l'impossibilité de continuer sa route.