IX
« Aussitôt Patrocle obéit aux ordres de son compagnon » fidèle. Cependant Achille approche de la flamme étince- >> lante un vase qui renferme les épaules d'une brebis, d'une » chèvre grasse, et le large dos d'un porc succulent. Auto-
1. Je n'ai pas copié le texte original, que peu do personnes auraient entendu; mais J'ai cru devoir donner la versi n laliiie, parce que cette langue, j)lus répandue, se moulant [larfaitemenl sur le grec, se prête mieux aux détails et à la simplicié de ce repas héroïjue.
» médon tient les viandes que coupe le divin Acliille ; » celui-ci les divise en morceaux, et les perce avec des » pointes de fer.
» Patrocle, semblable aux immortels, allume un srrand >• feu. Dès que le bois consumé ne jette plus qu'une flamme » languissante, il pose sur le brasier deux longs dards sou- « tenus par deux fortes pierres, et répand le sel sacré.
» Quand les viandes sont prêtes, que le festin est dressé, » Patrocle distribue le pain autour de la table dans de » riches corbeilles ; mais Achille veut lui-même servir les « viandes. Ensuite il se place vis-à-vis d'Ulysse, à l'autre » extrémité de la table, et commande à son compagnon de » sacrifier aux dieux.
» Patrocle jette dans les flammes les prémices du repas, » et tous portent bientôt les mains vers les mets qu'on leur » a servis et préparés. Lorsque dans l'abondance des festins. » ils ont chassé la faim et la soif, Ajax fait un signe à » Phénix ; Ulysse l'aperçoit, il remplit de vin sa large » coupe, et s'adressant au héros: Salut, Achille, dit-il... »
Ainsi, un roi, un fils de roi, et trois généraux grecs, dinèrent fort bien avec du pain, du vin et de la viande grillée.
Il faut croire que si Achille et Patrocle s'occupèrent euxmêmes des apprêts du festin, c'était par extraordinaire, et pour honorer d'autant plus les hôtes distingués dont ils recevaient la visite ; car ordinairement les soins de la cuisine étaient abandonnés aux esclaves et aux femmes : c'est ce qu'Homère nous apprend encore en s'occupant, dans VOdyssée^ des repas des poursuivants.
On regardait alors les entrailles des animaux farcies de sang et de graisse comme un mets très-distingué (c'était du boudin).
A cette époque, et sans doute longtemps auparavant, la poésie et la musique s'étaient associées aux délices des repas. Des chantres vénérés célébraient les merveilles de la nature, les amours des dieux et les hauts faits des guerriers ; ils exerçaient une espèce de sacerdoce, et il est probable que le divin Homère lui-même était issu de quelques-uns de ces hommes favorisés du ciel; il ne se fût point élevé si haut si ses études poétiques n'avaient pas commencé dès son enfance.
Madame Dacier remarque qu'Homère ne parle de viande bouillie en aucun endroit de ses ouvra;i;es. Les Hébreux étaient plus avancés, à cause du séjour qu'ils avaient l'ait en É.^fvple; ils avaient des vaisseaux qui allaient sur le feu; et c'est dans un vase pareil que fut faite la soupe que Jacob vendit si cher à son frère Esaii.
Il est véritablement difficile de deviner comment l'homme est parvenu à travailler les métaux; ce fut, dit-on, Tubal- (laïn qui s'en occupa le premier.
Ums l'état actuel de nos connaissances, des métaux nous servent à traiter d'autres métaux ; nous les assujettissons avec des pinces en fer, nous les forgeons av(;c des marteaux de 1er; nous les taillons avec des limes d'acier; mais je n'ai encore trouvé personne qui ait pu m'expliquer comment fut faite la première pince et forgé le premier marteau.