RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE
42. — Le poisson, pris dans la collection de ses espèces, est pour le philosophe un sujet inépuisable de méditation et d'étonnement.
Les formes variées de ces étranges animaux, les sens qui leur manquent, la restriction de ceux qui leur ont été accordés, leurs diverses manières d'exister, l'influence qu'a dû exercer sur tout cela la différence du milieu dans lequel
ils sont destinés à vivre, respirer et se mouvoir, étendent la sphère de nos idées et des modifications indéfinies qui peuvent résulter de la matière, du mouvement et de la vie. Quant à moi, j'ai pour eux un sentiment qui ressemble au respect, etquinait de la persuasion intime où je suis que ce sont des créatures évidemment antédiluviennes; car le grand cataclysme qui noya nos grands-oncles vers le dixhuitième siècle de la création du monde, ne fut pour les poissons qu'un temps de joie, de conquête, de festivité.