‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 60 sur 179 · SUR LA FIN DU MONDE · texte numérisé non relu

SUR LA FIN DU MONDE

est telle, il peut cliaiiiicr surface du globe sans y mettre tant (rappaivil.

Supposons, par exemple, qu'un de ces astres errants, dont personne ne connaît la route ni la mission, et dont l'apparition a toujours été accompagnée d'une terreur traditionnelle ; supposons, dis-je, qu'âne comète passe assez près du soleil pour se charger d'un calorique surabondant, et nous approclie assez pour causer sur la terre six mois d'un état général de 60 degrés de Réaumur (une fois plus chaud que celui de la comète de 18 li).

A la lin de cette saison funérale, tout ce qui vit ou végète aura péri, tous les bruits auront cessé; la terre roulera silencieuse jusqu'à ce que d'autres circonstances aient développé d'autres germes ; et cependant la cause de ce désastre sera restée perdue dans les vastes champs de l'air et ne nous aura pas seulement approchés de plusieurs millions de lieues.

Cet événement, tout aussi possible qu'un autre, m'a toujours paru un beau sujet de rêverie, et je n'ai pas hésité un moment de m'y arrêter.

Il est curieux de suivre, par l'esprit, cette chaleur ascensionnelle, d'en prévoir les efï'ets, le développement, l'action, et de se demander :

Qxdd pendant le premier jour, pendant le second, et ainsi de suite jusqu'au dernier ?

Quid sur l'air, la terre et l'eau, la formation, le mélange et la détonation des gaz ?

Quid sur les hommes, regardés dans le rapport de l'âge, du sexe, de la force, de la faiblesse ?

Quid sur la subordination aux lois, la soum ission à l'autorité, le respect des personnes et des propriétés ?

Quid sur les moyens à chercher ou les tentatives à foirp pour se dérober au danger ?

Quid sur les liens d'amour, d'amitié, de parenté, sur l'égoisme, le dévouement?

Qtiid sur les sentiments religieux, la foi, la résignation, l'espérance, etc., etc. ?

L'histoire pourra fournir quelque s données sur les influences morales; car di-jà plusieurs fois la fin du monde été prédite, et même indir[uée à m jour déteiminé.

J'ai véritablement quelque regret de ne pas apprendre

mes lecteurs comment j'ai réplé tout cela dans ma sagesse ; mais je ne veux pas les priver du plaisir de s'en occuper eux-mêmes. Gela peut abréaer quelques insomnies pendant la nuit, et préparer quelques siestas pendant le jour.

Le grand daniier dissout tous les liens. On a vu, dans la fièvre jaune qui eut lieu à Philadelphie vers 1792, des maris fermer à leurs femmes la porte du domicile conjugal, des enfants abandonner leur père, et autres phénomènes pareils eu grand nombre.

Ouod a nobis Deus avertat!

55. — J'ai parcouru les dictionnaires au mot Gourmandise, et je n'ai point été satisfait de ce que j'y ai trouvé. Ce n'est qu'une confusion perpétuelle de la gourmandise proprement dite avec lu gloutonnerie et la voracité: d'où j'ai conclu que les lexicographes, quoique très-estimables d'ailleurs, ne sont pas de ces savants aimables qui embouchent avec grâce une aile de perdrix au suprême pour l'arroser, le petit doigt en l'air, d'un verre de vin de Laflitte ou du Clos-Vougeot.

Ils ont oublié, complètement oublié la gourmandise sociale, qui réunit l'élégance athénienne, le luxe romain et la délicatesse française, qui dispose ave; sagacité, fait exécuter savamment, savoure avec énergie et juge avec profondeur: qualité précieuse, qui pourrait bien être une vertu, et qui est du moins bien certainement la source de nos plus pures jouissances.

Définissons donc et entendonsr-nous.

La gourmandise est une préférence passionnée, raisannée et habituelle pour les objets qui flattent le goût. La gourmandise est ennemie des excès; tout homme qui

s'intligèrc ou s'enivre court risque d'être rayé des contrôles.

La frourmaudiso comprend aussi la friandise, qui n'est autre» que la même préférence appliquée aux mets légers, délii:ats, de peu de volume, aux confitures, aux pâtisseries, l'ic. C'est une modification introduite en faveur des femmes et des hommes qui leur ressemblent.

Sous quelque rapport ([u'on envisage la gourmandise, elle ne mérite qu'éloge et encouragement.

Sous l(» rapport physique, elle est le résultat et la preuve de l'état sain et parfait des organes destinés à la nutrition.

Au moral, c'est une résignation implicite aux ordres du Créateur, qui, nous ayant ordonné de manger pour vivre, nous y invite par l'appétit, nous soutient par la saveur, et nous en récompense par le plaisir.

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