MÉD1TÂTI0?N XIV DU PLAISIR DE LX TABLE
71. — L'homme est incontestablement, des êtres sensitifs qui peuplent notre globe, celui qui éprouve le plus de souffrances.
1 Des hommes dont l'avis peut faire doctrine, m'ont assuré que la chair de coq vierge est sinon plus tendre, du moins certainement de plus haut goût que celle du chapon. J'ai trop d'affaires en ce bas monde pour faire cette expérience, que je délègue à mes lecteurs; mais je crois qu'on peut d'avance se ranger à cet avis, parce qu'il y a dans la première de ces chairs un élément de sapidité qui manque dans la seconde.
Une femme de beaucoup d'esprit m'a dit qu'elle connaît les gourmands à la Dianièrc dont ils prononcent le mot bon dans les phrases : Voilà qui est bon, voilà qui cd bien bon et autres pareilles; elle
ÉPROUVETTES GASTRONOMIQUES 137
La nature l'a primitivement condamné à la douleur par la nudité de sa peau, par la forme de ses pieds, et par l'instinct d(! auerre et de destruction qui accompa;,nie l'espèce humaine partout où on l'a rencontrée.
Les animaux n'ont point été frappés de cette malédiction, et sans quelques combats causés par l'instinct de la reproduction, la douleur, dans l'état de nature, serait absolument inconnue à la plupart des espèces : tandis que l'homme, qui ne peut éprouver le plaisir que passagèrement et par un petit nombre d'organes, peut toujours, et dans toutes les parties de son corps, être soumis à d'épouvantables douleurs.
Cet arrêt de la destinée a été aggravé, dans son exécution, par une foule de maladies qui sont nées des habitudes de l'état social : de sorte que le plaisir le plus vif et mieux conditionné que l'on puisse imaginer ne peut, soit en intensité, soit en durée, servir de compensation pour les douleurs atroces qui accompagnent certains dérangements, tels que la goutte, la rage de dents, les rhumatismes aigus, la strangurie, ou qui sont causés par les supplices rigoureux en usage chez certains peuples.
C'est cette crainte pratique de la douleur qui fait que, sans même s'en apercevoir, l'homme se jette avec élan du côté opposé, et s'attache avec abandon au petit nombre de plaisirs que la nature a mis dans son lot.
C'est pour la même raison qu'il les augmente, les étire, les façonne, les adore enfin, puisque, sous le régne de l'idolâtrie, et pendant une longue suite de siècles, tous les plaisirs ont été des divinités secondaires, présidées par des dieux supérieurs.
La sévérité des religions nouvelles a détruit tous ces personnages : Bacchus, l'Amour et Comus, Diane, ne sont plus que des souvenirs poétiques; mais la chose subsiste, et sous la plus sérieuse de toutes les croyances, on se régale à l'occasion des mariages, des baptêmes et môme des sépul ■ tures.
assure que les adeptes mettent à ce monosyllabe si court un acceni de vérité, de douceur et d'enthousiasme, auquel les palais disgraciés ne peuvt'iU j.i:;;;iis sn(>ir!<li-c