U INTRODUCTION
soulever , — vendrait sans aucun doute fort peu de ces armes , fussent-elles fournies par Yulcain et ciselées sur. les propres dessins de Minerve.
Le boulanger vous donnera pour quelques pièces de cuivre» ayant cours , le pain qu'il vous refusera pour des médailles d'or à l'eiBgie de Titus. — U tie faut commander aux hommes qu'un labeur humain ; il faut que la vraie morale admette les passions et les faiblesses; — elle doit les émonder, les diriger, — mais elle ne les arrachera qu'en détruisant l'arbre. Puisque les ruisseaux existent, il ne faut pas fermer les égouts. Certes, je n'ignore pas qu'on réserve toute son indulgence pour les passions qu'on a et qu'on n'en réserve pas pour les passions d'autrui; — je n'avais jamais parlé sans mépris de la gourmandise, jusqu'au moment où j'ai lu la Physiologie du Goût de Brillât Savarin; j'avais vu dans la gourmandise la plus brutale, la plus égoïste, la plus béte des passions ; la lecture de Brillât Savarin m'a rendu honteux de ne pas être gourmand. En effet, quand on a vu tant d'esprit, de finesse, de gaité, de philosophie chez un gourmand de profession , on regrette de ne pas avoir reçu de la nature les facultés nécessaires pour sentir et apprécier les plaisirs de la table; — on s'estime affligé d'une infirmité et de la privation d'un sens; —on se met au rang, — sinon des sourds et des aveugles, au moins de ceux qui ont l'oreille dure et la vue basse, et on envisage l'orgueil qu'on a manifesté de ne pas être gourmand, comme on envisage la sotte vanité des gens qui sont fiers d'avoir des lunettes d'or, et qui toisent avec dédain ceux qui n'ont pas de lunettes.
N'avons-nous pas tous nos gourmandises? — Est-ce que je n'ai