‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 103 sur 109 · LES PRIVATIONS · texte numérisé non relu

LES PRIVATIONS

xxvn.

€es ptivatiom.

Élésie histortqoe.

REMiERS parents du genre h^iinain , dont la gour- '^mandise est historique, qui vous perdîtes pour une pomme, que n'auriez-vous pas fait pour une diude aux truffes? mais il n'était dans le paradis terrestre ni cuisiniers ni confiseurs.

Que je vous plains !

Rois puissants qui ruinâtes la superbe Troie, vdre valeur passera d*âge en âge; mais votre table était mauvaise, léduils à la cuisae de bœuf et au dos de cochon, vous ignorâtes (oiigoura les charmes de la mateloUe et les délices de la frioassée de pouleta.

Que je vous plains !

Aspasie, Chloé, et vous toutes dont le ciseau des Grecs éternisa les formes pour le désespoir des belles d'aujourd'hui , jamais voti*e bouche charmante n*aspira la suavité d'une meringue à la vanille ou à la rose; à peine vous élevâtes-vous jusqu'au pain d'épice.

Que je vous plains!

Doucea prêtresses de Vesta, comblées à la lois de tant d'honneurs et menacées de si horribles supplices , si du moins vous aviex goûté oes sirops aimables qui raliralchissenl Tâme, ees fruits confits qui bravent lee saisons , oea crèmes parfumées, merveilles de nos jours.

Que je vous plafais 1

Financiers romains qui pressurâtes tout Tunivers connu , jamais vos salons si renommés ne virent paraître ni ces gelées succulentes, délices des paresseux; ni ces glaces variées, dont le Iroid braverait la zone torride.

Que je vous plains !

Paladins invincibles, célébrés par des chantres gabeurs, quand TOUS auriez pourfendu des géants , délivré des dames , exterminé des armées, jamais, hélas! jamais une captive aux yeux noirs ne vous présenta le Champagne mousseux , le malvoisie de Madère , les liqueurs, création du grand siècle; vous en étiez réduits à la cervoise ou au surône herbe.

Que je vous plains !

Abbés ccossés, mitres, dispensateurs des feveurs du ciel; et vous , templiers terribles , qui armâtes vos bras pour Taxterminalion des Sarrazins« vous ne connûtes pas les douceurs du chocolat qui i*estaure ou de la fève arabique qui fait penser.

Que je vous plains!

Superbes châtelaines, qui, pendant le vide des croisades, éleviez au rang suprême vos aumôniers et vos pages, vous ne partageâtes point avec eux les charmes du biscuit et les délices du macaron.

Que je vous plains!

Et vous enfin , gastronomes de 1825, qui trouvez déjà la satiété au sein de l'abondance , et rêvez des préparations nouvelles, vous ne jouirez pas des découvertes que les sciences préparent pour Tan 1900, telles que les esculences minérales , les liqueurs , r^ sultat de la pression de cent atmosphères ; vous ne verrez pas les importations que des voyageurs qui ne sont pas encore nés feront

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