DES HALTES DE CHASSE
pîence a appris qu'après leur départ il est rare que la chasse soit fructueuse.
On s'est épuisé en conjectures pour expliquer cet effet. Les uns Tattribuent au travail de la digestion , qui rend toujours le corps un peu lourd; d'autres, à Tattention distraite qui ne peut plus se recueillir ; d'autres , à des colloques confidentiels qui peuvent donner l'envie de retourner bien vite.
Quant à nous ,
Dont jusqu*au fond des cœurs le regard a pu lire ,
nous pensons que , l'âge des dames étant à l'orient , et les chasseurs matière inflammable , il est impossible que, par la collision des sexes , il ne s'échappe pas quelque étincelle génésique qui effarouche la chaste Diane , et qui fait que dans son déplaisir elle retire , pour le reste de la journée , ses faveurs aux délinquants.
Nous disons pour le reste de la journée, car l'histoire d'Endymion nous a appris que la déesse est bien loin d'être sévère après le soleil couché. ( Voyez le tableau de Girodet.)
Les haltes de chasse sont une matière vierge que nous n'avons (ait qu'effleurer; elle pourrait être l'objet d'un traité aussi amusant qu'instructif. Nous le léguons au lecteur intelligent qui voudra s'en occuper.
]Ilf la ]?i0e9tion.
n ne vit pas de ce qu'on mange, dit un vneîl adage , mais de ce qu'on digère. II faut donc -digérer pour vivre; et celte nécessité est un ^ niveau qui couche sous sa puissance le pau- ; vre et le riche, le berger et le roi. "r-^^T^ir^'^' Mais combien peu ssPvent ce qu'ils font
quand ils digèrent! La plupart sont comme M. Jourdain, qui émsait de la prose sans le savoir ; et c est pour ceux-là que je trace un histoire populaire de la digestion , persuadé 'que je suis que M. Jourdain fut bien plus content quand le philosophe Tout rendu certain que ce qu il faisait était de la prose.
Pour connaître la digestion dans son ensemble, il faut la joindre à ses antécédents et à ses conséquences.
80. — L'appétit , la feim et la soif nous avertissent que le corps a besoin de se restaurer; et la douleur, ce moniteur universel, ne
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larde pas. à nous tourmenter, sî nous ne pouvons pas y obéir.
Alors viennent le manger et le boire, qui constituent Tingestion, opération qui commence au moment où les aliments arrivent à la bouche , et finit à celui où ils entrent dans l'oesophage. (1)
Pendant ce trajet , qui n'est que de quelques pouces, il se passe bien des choses.
Les dents divisent les aliments solides ; les glandes de toutes espèces qui tapissent la bouche intérieure les humectent , la langue les gâche pour les mêler; elle les presse ensuite contre le palais pour en exprimer le jus et en savourer le goût; en faisant œtte fonction , la langue réunit les aliments en masse dans le milieu de la bouche ; après quoi , s'appuyant contre la mâchoire inférieure, elle se soulève dans le milieu , de sorte qu'il se forme à sa racine une pente qui les entraine dans l'arrière-bouche , où ils sont reçus par le pharynx , qui , se contractant à son tour, les fait entrer dans Fœsophage , dont le mouvmnent péristaltique les conduit jusqu'à restomac.
Une bouchée ainsi débitée , une seconde lui succède de la même manière ; les boissons qui sont aspirées dans les entr' actes prennent la même route , et la déglutition continue jusqu'à ce que le même instinct qui avait appelé l'ingestion nous avertisse qu'il est temps de finir. Mais il est rare qu'on obéisse à la première injonction ; car un des privilèges de l'espèce humaine est de boire sans avoir soif; et dans l'état actuel de Fart , les cuisiniers savent bien nous bire manger sans avoir faim.
Par un tour de force très remarquable , pour que diaque morceau arrive jusqu'à l'estomac, il faut qu'il échappe à deux dangers:
Le premier est d'être refoulé dans les arrière-narines ; mais heureusement l'abaissement du voile du palais et la construction du pharynx s*y opposent;
La second danger serait de tomber dans la trachée^rtère , audessus de laquelle tous nos aliments passent , et celui-ci serait
(!) Vo'sùphage est le canal qui commence derrière la trachée-artère , et conduit do gosier à Testomac: son extrémité supérieure se nomme pharynx.
beaucoup plus grave; car, dès qu'un corps étranger tombe dans la Irachée-arlère , une toux convulsive commence, pour ne finir que quand il est expulsé.
Mais, par un mécanisme admirable, la glotte se resserre pendant qu on avale ; elle est défendue par Tépiglotte, qui la recouvre, et nous avons un certain instinct qui nous porte à ne pas respirer pendant la déglutition ; de sorte qu'en général on peut dire que , malgré cette étrange conformation , les aliments arrivent facilement dans l'estomac, où finit l'empire de la volonté et où commence la digestion proprement dite.
Omce de restomiM.
A digestion est une opération tout-à-fait mécanique , et l'appareil digesteur peut être considéré comme un moulin garni Je ses blutoirs, dont l'effet est d'extraire des aliments ce qui peut servir à réparer nos corps, et de Rejeter le marc dépouillé de ses parties animalisables.
On a longtemps et vigoureusement disputé sur la manière dont se fait la digestion dans l'estomac, et pour savoir si elle se fait par coction , maturation , fermentation , dissolution gastrique, chimique ou vitale, etc.
On y peut trouver un peu de tout cela; et il n'y avait faute que parce qu'on voulait attribuer à un agent unique le résultat de plusieurs causes nécessairement réunies.
Effectivement, les aliments , imprégnés de tous les fluides que leur fournissent la bouche et l'oesophage, arrivent dans l'estomac, où ils sont pénétrés par le suc gastrique dont il est toujours plein : ils sont soumis pendant plusieui-s heures à une chaleur de plus de trente degrés de Réaumur; ils sont sassés et mêlés par le mouvement organique de l'estomac, que leur présence excite : ils agissent