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DES HALTES DE CHASSE

fois le madère, le suc de la fraise et de Tananas , liqueurs délicieuses , préparations divines, qui font couler dans les veines une fraîcheur ravissante, et portent dans tous les sens un bien-être inconnu aux profanes (1).

Mais ce n'est point encore le dernier ternie de cette progression d'enchantements.

L est des jours où nos femmes, nos sœurs, nos cousines, leurs amies, ont été invitées à venir prendre part à nos amusements.

A l'heure promise, on voit arriver des voitures , légères et des chevaux fringants , chargés de belles, de plumes et de fleurs. La toilette de ces dames a quelque chose de militaire et de coquet ; et l'œil du professeur peut , de temps à autre, saisir les échappées de vue que le hasard seul n'a pas mé-

Bientôt le flanc des calèches s'entrouvre et laisse apercevoir les trésors du Périgord, les merveilles de Strasbourg, les frian-

(1) Ceet mon ami Alexandre Delessert qui, le premier, a mis en usage cette pratique pleine de charmes.

Nous chassions à Villeneuve par un soleil ardent, le thermomètre de Réaumur marquant Mo a Tombre.

Ainsi placés sous la zone torride , il avait eu l'attention de faire trouver sous nos lias des serviteurs potophores (*) qui avaient, dans des seaux de cuir pleins de glace, tout ce que Ton pouvait désirer, soit pour rafVaichir, soit pour conforter. On choisissait, et on se sentait revivre.

Je suis tenté de croire que Fapplication d'un liquide aussi frais à des langues arides et à des gosiers desséchés, cause la sensation la plus délicieuse qu'on puisse goûter en sûreté de conscience.

(*) M. Hoffmann condamne ceUe a&pr«tioo h caose da sa roMmbttnce arec pH-^m'ftug il Teul j anhilUnar «M^^arv, mot déjà connu.

dises d'Achard, et tout ce qu'il y a de traasportable dans les laboratoires les plus savants.

On n'a point oublié le Champagne fougueux qui s'agite sous la main de la beauté ; on s'assied sur la verdure , on mange , les bouchons volent; on cause , on rit» on plaisante en toute liberté ; car on a l'univers pour salon et le soleil pour lumière. D'ailleurs l'appétit, cette émanation du ciel, donne à ce repas une vivacité inconnue dans les enclos , quelque bien décorés qu'ils soient.

Cependant comme il faut que tout finisse, le doyen donne le signal ; on se lève , les hommes s'arment de leurs fusils , les dames de leurs chapeaux. On se dit adieu , les voitures s'avancent , et les beautés s'envolent pour ne plus se montrer qu'à la chute du jour.

Voilà ce que j'ai vu dans les hautes classes de la société où le Pactole roule ses flots ; mais tout cela n'est pas indispensable.

J'ai chassé au centre de la France et au fond des départements; J'ai vu arriver à la halte des femmes charmantes , des jeunes personnes rayonnantes de fraîcheur, les unes en cabriolets , les autres dans de simples carrioles, ou sur l'âne modeste qui fait la gloire et la fortune des habitants de Montmorency ; je les ai vues les premières à rire des inconvénients du transport ; je les ai vues étaler sur la pelouse la dinde à gelée transparente , le pâté de ménage , la salade toute prête à être retourné^ ; je les ai vues danser d'un pied léger autour du feu du bivouac allumé en pareille occasion; j'ai pris part aux jeux et aux folâlreries qui accompagnent ce repas nomade, et je suis bien convaincu qu'avec moins de luxe on ne rencontre ni moins de charmes, ni moins de gaité, ni moins de plaisir.

Eh ! pourquoi quand on se sépare , n'écbangerait-on pas quelques baisers avec le roi de la chasse parce qu'il est dans sa gloire; avec le culot, parce qu'il est malheureux ; avec les autres, pour ne pas faire de jaloux? Il y a départ, l'usage l'autorise, il est permis et même enjoint d'en profiter.

Camarades ! chasseurs prudents, qui visez au solide, tirez droit et soignez les bourriches avant l'arrivée des dames ; car l'expé-

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