‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 40 sur 109 · MÉDITATION XYI. PE I^A DIGESTION · texte numérisé non relu

MÉDITATION XYI. PE I^A DIGESTION

dix grenadiers pour les loger et nourrir à discr^on jusqu'à uou* vel ordre.

Le topique fit effet : le surlendemain , de très grand-matin , il nous arriva un charriot bien et richenqent chargé; les gardes étaient sans doute revenus , les pécheurs soumis , car on nous apportait, en gibier et en poisson , de quoi nous régaler pour plus d'une s^ ipaine: chevreuils, bécasses^ carpes, brochets; c'était une bénédiction.

k la réception de cette offrande expiatoire, je délivrai de ses h^tes le conservateur malencontreux. Il vint apus voir ; je lui fis entendre rfiîson ; et pendant le reste de notre séjour en ce pays , nous n'eûmes qi)'à nous louer de ses bons procédés.

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*HOMME n'est pas fait pour jouir d'une activité indéfinie; la nature ne Ta destiné qu'à une existence ihteitom)3ue, il faut que ses perceptions Gnissent après un certain temps. Ce temps d'activité peut s'allonger en variant le genre et la nature des sensations qu'il lui fait éprouver; mais cette continuité d'existence l'amène à désirer le repos. Le repos conduit au sommeil , et le sommeil produit les rêves.

Ici nous nous trouvons aux dernières limites de l'humanité: car l'homme qui dort n'est déjà plus l'homme social ; la loi protège encore , mais ne lui commande plus.

Ici se place naturellement un fait assez singulier ; qui m'a été raconté par dom Duhaget , autrefois prieur de la chartreuse de Pierre-Châtel.

Dom Duhaget était d'une très-bonne famille de Gascogne , et avait servi avec distinction , il avait été vingt ans capitaine d'in-

fanterie; il était chevalier de Saint-Louis. Je n'ai connu personne d'une piété plus douce et d'une conversation plus aimable.

€ Nous avions , me disait-il, à , où j'ai été prieur avant

€ que de venir à Pierre-Châtel , un religieux d'une humeur méc lancolique , d'un caractère sombre , et qui était connu pour être c somnambule.

c Quelquefois , dans ses accès , il sortait de sa cellule, et y ren- € trait seul ; d'autres fois il s'égarait , et on était obligé de Ty ret conduire. On avait consulté et fait quelques remèdes ; ensuite < les rechutes étant devenues plus rares, on avait cessé de s'en « occuper.

c Un soir que je ne m'étais point couché à l'heure ordinaire, c j'étais à mon bureau , occupé à examiner quelques papiers , t lorsque j'entendis ouvrir la porte de mon appartement , dont je € ne retirais presque jamais la clef, et bientôt je vis entrer ce relic gieuxdans un état absolu de somnambulisme.

c II avait les yeux ouverts , mais fixes , n*était vêtu que de la tuc nique avec laquelle il avait du se coucher, et tenait un grand c couteau à la main.

c 11 alla droit à mon lit, dont il connaissait la position , eut l'air t de vérifier, en tàtant avec la main, si je m'y trouvais effeclivec ment; après quoi , il frappa trois grands coups tellement fournis.

DU REPOS. tu

qu*après avoir percé les couvertures la lame entra profondément dans le matelas, ou plutôt la natte qui m*en tenait lieu, c Lorsqu'il avait passé devant moi, il avait la figure contractée et les sourcils froncés. Quand il eut frappé , il se retourna , et j*ob^ servai que son visage était détendu et qu'il y régnait quelque air de satisfaction.

c L'éclat des deux lampes qui étaient sur mon bureau ne fit aucune impression sur ses yeux, et il s'en retourna comme H était venu , ouvrant et fermant avec discrétion deux portes qui conduisaient à ma cellule , et bientôt je m'assurai qu'il se retirait directement et paisiblement dans la sienne. € Vous pouvez juger, continua le prieur, de l'état ou je me trouvai pendant cette teirible apparition. Je frémis d'horreur à la vue du danger auquel je venais d'échapper, et je remerciai la Providence; mais mon émotion était telle, qu'il me fut impossible de fermer les yeux le reste de la nuit. • Le lendemain je fis appeler le somnambule , et lui demandai sans affectation à quoi il avait rêvé la nuit précédente. < A cette question, il se troubla. Mon père, me répondit-il, j'ai fait un rêve si étrange , que j'ai véritablement quelque peine à vous le découvrir : c'est peut-être l'œuvre du démon, et.... — Je vous l'ordonne , lui répliquai-je ; un rêve est toujours involontaire; ce n'est qu'une illusion. Parlez avec sincérité. — Mon père, dit-il alors, à peine étais-je couché que j'ai rêvé que vous aviez tué ma mère ; que son ombre sanglante m'était apparue pour demander vengeance, et qu'à cette vue j'avais été transporté d'une telle fureur, que j'ai couru comme un forcené à votre appartement; et vous ayant trouvé dans votre lit, je vous y ai poignardé. Peu après, je me suis réveillé tout en sueur, en détestant mon attentat , et bientôt j'ai béni Dieu qu'un si grand crime n'est pas été commis.... — 11 a été plus commis que vous ne pensez , lui dis-je avec un air sérieux et tranquille, t Alors je lui racontai ce qui s'était passé, et lui montrai la trace • des coups qu'il avait cru m' adresser, c A cette vue, il se jeta à mes pieds, tout en larmes, gémissant

IN MÉDITATION XVU.

c du malheur involontaire qui avait pensé arriver* et implorant c telle pénitence que je croyais devoir lui infliger.

€ — Non , non , m*écriai-je , je ne vous punirai point d'un fait c involontaire; mais désormais je vous dispense d'assister aux c offices de la nuit , et vous préviens que votre cellule sera fermée c en dehors , après le repas du soir, et ne s ouvrira que pour vous c donner la iiacilité de venir à la messe de famille qui se dit à la « pointe du jour. »

Si , dans cette circonstance à laquelle il n'échappa que par miracle f le prieur eût été tué , le moine somnambule n'eût pas été puni, parce que c'eût été de sa part un meurtre involontaire.

Tei»p0 da rep«0.

ES lois générales imposées au globe que nous , /habitons ont dû influer sur la manière d'exister - i^de l'espèce humaine. L'alternative de jour et de Inuit qui se fait sentir sur toute la terre avec certaines variétés, mais cependant de manière ^'^ qu'en résultat décompte l'un et l'autre se compensent, a indiqué assez naturellement le temps de l'activité comme celui du repos; et probablement l'usage de notre vie n'eût point été le même si nous eussions eu un jour sans fin.

Quoi qu'il en soit, quand l'homme a joui, pendant une certaine durée, de la plénitude de sa vie , il vient un moment ou il ne peut plus y suffire; son impressionnabilité diminue graduellement; les attaques les mieux dirigées sur chacun de ses sens demeurent sans effet, les organes se refusent à ce qu'ils avaient appelé avec plus d'ardeur, l'âme est saturée de sensations, le temps du repos arrivé. Il est facile de voir que nous avons considér(3 l'homme social , environné de toutes les ressources et du bien-être de la haute civilisation ; car ce besoin de se reposer arrive bien plus vite et bien plus régulièrement pour celui qui subit la fatigue d'un travail a&sidu

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