PREMIÈRE OBSERVATION
Je rêvai une nuit que j'avais trouvé le secret de m'affranchir des lois delà pesanteur, de manière que jnon corps étant devenu indifférent à monter ou descendre , je pouvais faire l'un ou l'autre avec une facilité égale et d'après ma volonté.
Cet état me paraissait délicieux ; et peut-être bien des personnes ont rêvé quelque chose de pareil ; mais ce qui devient plus spécial, c'est que je m'expliquais à moi-même très clairement (ce me semble du moins) les moyens qui m'avaient conduit à ce résultat, et que ces moyens me paraissaient tellement simples, que je m'étonnais qu'ils n'eussent pas été trouvés plus tôt.
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En m'éveillant , cette partie explicative m'échappa toui-à-fait » mais la conclusion m'est restée ; et depuis ce temps , il m*est impossible de ne pas être persuadé que tôt ou tard un génie plus éclairé fera cette découverte, et à tout hasard je prends date.
DEUXIÈME OBSERYâTION.
L n'y a que peu de mois que j'éprouvai , en dormant, une sensation de plaisir tout-à-fait extraordinaire. Elle consistait en une espèce de frémissement délicieux de toutes les particules qui composent mon être. C'était une espèce de four- . millement plein de charmes qui , partant de l'épi- ' derme depuis les pieds jusqu'à la tôte , m'agitait jusque dans la moelle des os. Il me semblait voir une flamme violette qui se jouait autour de mon front.
Lambere flamma comas , et circum tempora pasci.
TesCime que cet état , que je sentis bien physiquement, dura au moins trente secoades , et je me réveillai rempli d'un étonnement qui n'était pas sans quelque mélange de frayeur.
De cette sensation, qui est encore très présente à mon souvenir, et de quelques observations qui ont été faites sur les extatiques et sur les nerveux , j'ai tiré la conséquence que les limites du plaisir ne sont encore ni connues ni posées , et qu'on ne sait pas jusqu'à quel point notre corps peut être béatifié. J'ai espéré que dans quelques siècles la physiologie à venir s'emparera de ces sensations extraordinaires , les procurera à volonté comme on provoque le sommeil par l'opium , et que nos arrière-neveux auront par-là des compensations pour les douleurs atroces auxquelles nous sommes quelquefois soumis.
La proposition que je viens d'énoncer a quelque appui dans
SOO MÉDITATION XIX.
l'analogie ; car j'ai déjà remarqué que le pouvoir de rharmonie , qui procure des jouissances si vives , si pures et si avidement recherchées , était totalement inconnu aux Romains : c*est une découverte qui n'a pas plus de cinq cents ans d'antiquité.