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CHAPITRE IV

Les homœopathes.

/ oiis n’êles pas sans avoir entendu parler de ïhomœo-

patliie. — (^elte mode nouvelle en médecine a fait

presque autant de bruit que le magnées tisme, qui nous arriva aussi du fond de l’Allemagne.

Jusqu’à ce jour il était admis dans les meilleures sociétés , même de médecine , que pour guérir les maladies, on devait appliquer des remèdes produisant un effet contraire h ceux produits par la maladie elle-même , — de là était venu l’aphorisme : contraria contrariis. — Je vous demande pardon de faire le pédant et de vous parler latin , mais le latin des médecins a cela de commun avec le latin de cuisine qu’il peut être compris de tout le monde.

La maxime sanitaire citée plus haut commençait à devenir bien vieille , car elle datait du temps d’Hippocrate; aussi cpielques médecins allemands, en voyant que les malades traités par l’ancien régime s’obstinaient à passer dans un monde meilleur, so sont-ils dit : — « Tarteifle '(tous les Allemands commencent leurs phrases par , voyez plutôt les

vaudevilles), TarteiHe ! 'puisque l’ancienne médecine ne réussit pas, imaginons-en une toute nouvelle! »

ElTectivcmcnt , la nouvelle médecine imaginée a du moins le grand mérite delà nouveauté. — Au lieu de traiter par les contraires , on traite maintenant par les scmbiables : — simiiia simitibiis, — toujours latin de cuisine, — non , je veux dire de médecine.

Vous avez un léger rhume, et désirant vous îii débarrasser, vous allez trouver un médecin lomœopatbe. — Que fait notre Hippocrate? — (1 vous administre une drogue qui vous propre une énorme fluxion de poitrine, — et une ois que vous ôtes guéri de ladite Iluxion de poirine (si vous en guérissez), vous vous trouvez tomplétemeiU délivre de votre maladie primiive. — C’est miraculeux !

Vous souiïrez d’uné migraine? — vlan! une (lèvre cérébrale ! — On n’en ineurl pas toujours!

Vous souiïrez d’une courbature dans les reins? — L’boinœopatlie saisit avec empressement l’occasion de vous être agréable, et saisissant avec le même empressemeni un rnagnificpie manche à balai , il vous applique sur ces mêmes reins un remède vulgairement connu sous la dénomination de roulée, et qui fail que, l’instant d’après, tpus ne songez plus à voire courbature primitive.

Du ce ne sont pas les lionnnes senle-

inenl (|iie les médecins lioinœopallios traitenainsi avec le succès décrit ci-dessus. Ils prodi- <^uent aussi leurs soins aux cpiadrupèdes géué râlement (luclcoiupies, — même aux ânes.

(lependant nous ne pensons pas qu’ils le fassent toujours par suite de leur fameuse maxitne similia similibus, — car ce serait vraiment trop d’humilité chrétienne et homœopathitpie.

L'n autre point fondamental de la doctrine en (pu’Stion , c’est (h* u’adminislrt'r les remèdes

intérieurs que par doses infinimeju petites.

Ceci a du bon , car sans cela , je crois que la profession de médecin homœopatlie serait encore bien plus malsaine pour le public.

Pour prendre médecine, au lieu d’avaler un grand verre plein d’une de ces horribles drogues noirâtres dont la recette date de l’époque de 31. Pur (J on, sous Louis XI V,

vous prenez un petit paquet de poudre blanche, pesant environ un miJligrannne ; — de ce milip-aunne, vous prenez avec les barbes d’une plnnie (luelqucs atomes que vous transporte/.

ol

dans une cai'afe pleine d’eau claire ; — vous remuez, vous remuez, pendant cpielques minutes, puis vous remplissez un verre... Que faites-vous, malheureux ? — vous alliez boire ce verre d’eau à pleines gorgées !... — Saperlotte ! comme vous y allez !

Vous prenez une petite cuillerée à café, vous la remplissez à moitié du liquide en question , — et vous l’avalez! — le liquide, — pas la cuillerée à café ! — Ça suffit , vous avez pris médecine ; et , si elle n’est pas convenable , ce ne sera pas la faute de l’homœopathie , mais cela tiendra uniquement à ce que vous aurez avalé quelques gouttes de trop , — ou de moins.

Tous les médicaments et pour toutes les maladies sont administiés de la même manière , — et bien plus, c’est presque toujours cette merveilleuse poudre blanche qui joue son rôle aussi agréable qu’impalpable.

Du reste, à bas les tisanes, à bas les pâtes de Tolu , de Régnault ou de colimaçon , â bas aussi tout ce qui jusqu’à ce jour avait usurpé la réputation de pectoral , de stomachique et d’antispasmodique !

Avec une tablette de jujube , la médecine homœopalhique confectionnerait des potions de

(|iioi guérir loul un régimenl tlo cuirassiers (|ui aui ail la coqueluche.

Par malheur les honiœopalhes, lorsqu’il s’agit de leurs honoraires, n’ont plus la même manière de voir , et bien loin de jirocéder jiar doses inliniment petites , ils affectionnent au contraire les tas d’écus inliniment gros. — C’est sans doute par compensation.

Enfin, n’importe, toutes les opinions doi- \ent être respectées quand elles sont consciencieuses ; — les docteurs aiment les petites ordonnances et les gros honoraires , — respect U leurs opinions. — Seulement je doute qu’ils affect ionuent beaucoup le nouveau paieiucnt komœopathiquc tel qu’il vient d’être inventé par un malade.

Voici l’aventure, que nous garantissons historique.

Un malade se rendit dernièrement chez un des plus célèbres homœopathes de la capitale , et, introduit dans le cabinet du docteur, voici 1(! dialogue qui s’établit :

Liî Doctfxr. — Quelle est la maladie de monsieur ?

lÆ ÎMaladl:. — Ah ! monsieur le docteur , je sonllVe horriblement de la tête deptiis sept

ou huit ans... j’ai essayé de plus de vingt médecins, — et aucun n’a pu apporter le moindre soulagement à mes maux !...

Le Docteur. — Ce sont des ânes!... ne parlez pas de vos allopathes... ce sont des ânes

véritables Souffrez-vous beaucoup en ce

moment ?

Le Malade. — Horriblement, docteur....

surtout du côté des tempes....

Le Docteur. — Tant mieux...

Le Malade. — Plaît-il ?

Le Docteur. — Je dis tant mieux... Je vais vous guérir parfaitemeut... c’est la moindre des choses que cette maladie... quand on sait la traiter.

Le Malade. — Ah ! que de reconnaissance... et au bout de combien de mois espérez-vous ({ue je serai enfin guéri ?

Le Docteur. — Des mois. . . allons donc. . . . vous allez être guéri immédiatement. {Il 'fiasse rapidement un petit flacon sous te nez du malade.) Eh bien! comment vous trouvez-vous ?

Le Malade. — Mais toujours de même !

Le Docteur. — Vous m’étonnez... alors nous allons passer au flacon n" 2. {It repasse

3Zi

rapidement un rejlacon sous ic même nez du même, malade.) Eh bien! maintenant!... vous devez sentir un mieux notable?

Le Malade, cherchant toujours à renifler te petit flacon. — Je vous jure que je ne sens absolument rien...

Le Docteur. — C’est possible... pour l’instant... mais quand vous aurez pris le grand air par-là-dessus... vous éprouverez un soulagement notable et , avant demain matin ,

vous serez guéri... radicalement guéri!

Le Malade. — Ah ! bah !

Le Docteur. — Quand je vous le dis... je suis docteur, que diable!... prétendez-vous être plus savant que moi , par hasard? n’allez- vous pas m’apprendre mon métier , peut-être !. . .

Le Malade. — Combien vous dois-je, monsieur ?

Le Docteur, jctnnï un coup d’œii sur i’ ei ben f du malade qui est tout ce qu’il q a de plus première qualité. — Cent francs, monsieur !...

Le Malade, se heurtant presque la tête an plafond. — Cent francs !

I.E Docteur. — Comment , monsieur, vous trouvez que c’est trop cher pour vous avoir

reiulu la santé par letraitenieni liomœopaihiquo?

I.K iMai-ADE. — Vous appi'lcz ça m’avoir rendu la santé... (lent francs pour avoir reniflé deux petites fioles... {A part.) Attends, j’te vas en donner aussi de l’hoinœopathie ! {Le malade tire de sa poche cinq pièces d’or et les fait passer rapidement sous le nez du docteur. )

Le Doetelt., temlant la main. — Eh bien! monsieur...?

Le Malade. — Comment, vous n’ôtes pas encore payé... Ah! c’est juste, cela ne suflit pas... il faut recommencer deux fois de suite. (/ 1 repasse de nouveau ses pièces d’ or sous le nez du docteur.) .J’espère que cette fois vous êtes content?

Le Docteur. .5!ais, monsieur, je ne comprends pas cette plaisanterie !

Le Malade. — Je vous jure que vous êtes payé... aussi vrai que vous m’avez guéri... Je suis banquier... je sais ce que c’est que payer... n’allez-vous pas m’apprendre mon métier peutêtre... n est po.ssible que vous ne vous croyiez pas payé pour le moment... mais sortez un instant... allez prendre le grand air... et, en rentrant chez vous, très-certainement, vous trou-

verez ces cent francs dans votre l)ourse... Au plaisir de vous revoir, monsieur! {Le malade s’en va, et le docteur abasourdi se laisse tomber dans son grand fauteuil, et potir l’instant il a aussi fort mal àia tête!)

Je crois fermement que la doctrine homœopathique a été inventée primitivement par un médecin qui se sera vu refuser la maiu de la fille d’un apothicaire; — et c’est de la colère de cet amant furieux qu’est né le système qui doit ruiner à tout jamais ces établissements philanthropiques où l’on vend du réglisse et du séné à huit cents pour cent de bénéfice.

Aussi les pharmaciens ont-ils juré une haine mortelle aux médecins homœopathes . qui se sont vus obligés de préparer et de vendre euxmêmes leurs petits paquets de poudre blanche.

On n’aurait pas trop h se plaindre de cela si par malheur les petits , les infiniment petits paquets de poudre blanche ne coûtaient pas aussi cher que les grandes bouteilles de drogues de l’ancien système !

Si on s’en plaint aux homœopathes, ils répondent : — U faut bienque tout le monde vive !

iMalheureusement cette phrase ne peut pas s’appliquer h leurs malades !

CllAFITRE V.

Ii’agrément des Consultations.

rm(0 «Il nombre de personnes vous afTirment gravement que, lors- (lu’on est embarrassé , quatre avis valent mieux qu’un.

Tous les goûts sont dans la nature, et , pour notre part, nous avouons franchement que , dans ce cas particulier, quatre avis différents auraient tout simplement pour effet immanquable de nous rendre quatre fois plus embarrassé qu 'auparavant.

C’est surtout en fait de médecine que les avis, ou si vous aimez mieux, que les consultations de quatre ou cinq médecins nous semblent une chose parfaitement biei\ inventée |)our les... médecins.

Il y a deux manières de procéder dans cette

plaisanterie médicale que l’on nomme consultation.

Première ‘manière. — - On laisse au choix du médecin habituel le soin d’indiquer les confrères qui doivent venir consulter avec lui sur l’état du malade, et le docteur choisit tout naturellement ses amis intimes (si l’on peut dire qu’il y ait des amis intimes entre médecins), ou du moins des gens avec lesquels il n’a (|ue de bonnes relations, enfin des docteurs qui, en termes consacrés , ont l’habitude de se passer depuis long-temps /fl casse ei te séné.

Alors voici comment se passe la consultation entre ces flambeaux de la science, qui doivent s’éclairer réciproquement sur les mystères de la maladie en question.

Les quatre médecins sont introduits dans une pièce voisine de la chambre du malade, — et, pendant que trois de ces messieurs pi ennent place plus ou moins gravement dans d’excellents fauteuils , le quatrième reste debout afin de pouvoir mieux donner toute son attention... aux différents tableaux qui garnissent les murailles de la chambre.

Premier docteur. — Lh bien! monsieur Girardot, quelle est votre opinion ?

Ueu\ième docteur. — Je veux d’abord laisseï' parler Derbois, c’est notre ancien. Eh bien ! monsieur Derbois , qu’en pensez-vous ?

Troisième docteur (continuant à regarder un tableau ). — xMessieurs, je pense qu’il vaut au moins mille écus... C’est une des meilleures toiles de AVatteau...

Premier docteur. — Toujours distrait, ce cher Derbois... il ne .songe qu’à ses tableaux... Nous parlions du malade, M. Rigobert. ..

Troisième docteur. — Ah! ah!... j’ai tout à fait la même opinion sur .son compte que .M. Girardot... Je me range à l’avis qu’il vient d’exprimer tout à l’heure... Il rend parfaitement ma peirsée sur l’état de ce pauvre .JE Rigobert. . .

Quatrième docteur (cessant de manger la pomme de sa canne). — A propos... Tun de vous, messieurs, voudrait-il partager avec moi un coupon de loge aux Italiens pour cette saison?... Nous l’aurions une fois par semaine, c’est l)ien suffisant.

Troisième docteur. — Jloi , je n’aime pas la musique... Et les décorations des Italiens sont si mauvaises... c’est une peinture effroyable !

Quatrième docteur. — Je serais pourtant

àO

fâché d’avoir celle loge à moi seul... C’esl ma femme qui m’a fail faire celte folie... Enfm... Diles-moidonc, Girardot, savez-vous si les fonds ont encore baissé à la bourse d’aujourd’hui? Etc. , etc. , etc. , etc. , etc. , etc. , etc.

Au bout d’une demi-heure, les quatre médecins , après avoir parlé ainsi des Italiens, des agents de change, des ministres, des républicains, de la reine d’Angleterre , des chapeaux

Gibus Pt (lu liez d’Alcide Tousez, lèvent la séance et déclarent à la famille du malade :

1“ Que le médecin habituel a jiarfaitcment suivi le cours de sa maladie ;

2“ Que l’état de M. Rigobert, quoique fort grave, n’est pas désespéré avec un docteur aussi distingué que le sien ;

S° Enfin, que l’on avait approuvé à runanimité une application de soixante sangsues, qui bien certainement ne pouvaient manquer de soulager efiicacement M. Rigobert.

Prix de ladite consultation : quatre-vingts francs, — non compris le coiit des«angsues.

Quÿut aux trois amis médecins , après avoir mis letir malade à la diète , ils vont parfaitement dîner chez Véry avec le prix de la consultation , et ils n’ont même jias la politesse de boire à la santé de leur malade.

Deuxième manière de se 'procurer V a- (jrénient d’une consultation. — La famille Rigobert, voyant que les quatre premiers médecins et les soixante sangsues n’ont pas produit un cll’et complètement salutaire, se plaint de runanimité qui règne entre ces docteurs, et se décide à en choisir trois autres qui sont en grande réputation.

Les trois célébrités médicales se trouvent donc mi beau matin réunies, sans le savoir, au pied du lit de M. Rigobert, et, à la grimace signilicativc qui apparaît sur ces trois visages , on devine qu’ils ne sont jamais enchantés de se voir en face les uns des autres.

Après que ces messieurs ont pendant quelques minutes tàté le pouls et examiné la langue de l’infortuné Rigobert, on fait passer les trois personnages dans le cabinet voisin, et, au bout de quelques minutes, on entend, jusque dans la chambre du malade, le bruit d’une discussion fort vive, et môme quelquefois des rugissements véritables, bien (ju’on ait eu soin de ne leur jeter aucune nourriture, et de ne les agacer en aucune manière.

Lorsque la famille vient interroger ces messieurs sur le résultat de leur consultation , le premier docteur, que scs élèves intitulent prince de (a science , déclare formellement que, chez IM. Rigobert, c’est le cœur qui est malade, et que, si on ne le traite pas en conséquence en le saignant à blanc, c’est un homme mort.

Le deuxième médecin, que ses élèves ({ualifient non moins prince de ta science , an-

nonce à liaule voix qu’il csl de la deniièi e évidence que le malade a le cœur dans un élai [)arfail, el (lue le foie seul est gravement alleint, et que, si on lui ôte une goutte de sang , c’est fait de lui, — suivant les principes de l’ancienne école.

Le troisième docteur, (jue scs élèves intiment encore bien plus prince de ta science, léclare de toute la force de ses convicliotis et de; >es jioumons que, chez ledit Uigobert, le foie ■I le cœur se portent comme un charme el que a rate seule est dans un état déplorable ; — pi’en conséquence, si on ne traite pas énergi([uenent ladite rate, c’est un Rigohert mort.

l’rix de la consultation : deux cents francs ! — non compris quelquefois le raccommodage des chaises que les princes de la science se sont lancées à la tête !

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