CHAPITRE VI
Les Hydropathes.
près les allopathes et les honiœopathes, voici venir lesliydropalhes !
(j’est encore en Allemagne, celte terre classique des rêveries et de la choucroùle, que l’hydropathie a pris nais-
sance.
Car il ne faut pas croire que F Allemagne ne produise rien que des poupées, des barons et des toupies : elle produit aussi énormément de médecins; — elle en produit même au delà de ce qu’il lui en faut pour sa propre consommation, et elle se livre h une exportation de ce genre d’articles qui trouve quelques débouchés à Paris, quoique Paris lui-même en ait déjà à revendre.
Alais les médecins exotiques oui toujours obtenu une certaine vogue en France, surtout c|uand à un nom bien baroque ils joignent des idées plus baroques encore. 3Iesiner n’aurait ])as eu le moindre succès s’il avait eu le malheur de s’ai)peler Dubois et de naître à Dijon on h Vaugirard; — et le grand llanemann n’aurait obtenu qu’une renommée infiniment petite, comme ses pilules, s’il n’avait pas eu le bon esprit de voir le jour à un très-grand nombre de kilomètres de Paris.
On peut dire que non-seulement nul n’est prophète, mais même que nul u’est médecin dans son pays.
Un beau jour un docteur allemand dont le nom nous échappe, mais qui finissait forcément en mon, et que nous appellerons Peterman ou lîlaguerman, si vous voulez , — un beau jour, disons-nous, le docteur Blaguerman, réfléchissant profondément au moyen de guérir les malades, — qu’il n’avait pas encore, — découvrit que l’eau claire, qui jusqu’à ce jour formait le l>lus limpide de ses bénéfices quotidiens, était le plus précieux de tous les éléments : — eu conséquence, il résolut d’en faire celui de sa fortune ; — et voici comment il transforma l’eau
en une panacée universelle, qui devait détrôner à tout jamais la pierre philosophale, l’or potable, la médecine de Lenty et même l’ean de Cologne de Jean->Iarie Farina.
Voici le raisonnement préalable que se lit sans doute l’illustre docteur en man et en médecine : — La nature est une excellente mère de famille qui ne veut que du bien à ses enfants; c’est pour((uoi elle leur a procuré les rhumatismes, les lluxions, les fièvres et la colique ; mais en même temps elle a voulu donner à ces mêmes enfants un remède souverain contre ces diverses alfections, qui peuvent paraître désagréables au premier abord, mais qui au contraire sont une source d’agréments quand on a la satisfaction de s’en guérir. — Or le remède doit être nécessairement à côté du mal , car sans cela la nature ne serait plus bonne ; — et elle est bonne, puisqu’elle jouit de cette réputation depuis un temps immémorial.
Ce remède suprême, qui existait depuis l’invention du monde et de la colique, est bien simple et à la portée de toutes les fortunes, — c’est l’eau !
Mon Dieu! oui, monsieur, l’eau, la pure eau» la simple eau !
Et admirez la prévoyance de la nature ! — Toutes les fois que vous éprouviez une douleur ({uelconque , cette excellente nature vous faisait indiquer, même à votre insu, et ])ar un instinct admirable, ce qui devait être votre panacée souveraine ; — car du moment où l’homme éprouve une douleur un peu vive, il s’écrie : — Oh ! oh!
Il est vrai, cette interjection ne s’écrit pas tout à fait comme elle s’écrie ; mais ce n’est pas la faute de la nature, c’est la faute de l’orthographe.
Et non-seulement vous dites : Ofi! mais encore, appliquant le doigt ou la main sur la partie souffrante, vous ajoutez : — Oh! la la !
Ainsi la nature vous oblige à (ricr : Appliquez-moi de l’eau là !
C’est admirable, c’est admirable !
Eh bien ! ce qui n’est pas moins admirable, monsieui-, c’est que le docteur Peterman, ou Blaguérman , a cessé d’être sourd au cri de la nature, qui s’enrouait depuis quatre ou cimj mille ans h pousser ainsi des exclamations cpii n’aboutissaient à rien.
Désormais plus de douleur, plus de maladies: l’hydropathie vient de naître ; et l’homme ne mourra plus, à moins que ce ne soit de vieil-
/lü
U'sse ou (l’une cliule l'aile du ciiKiuième Olage.
La nouvelle école des Iiydropathes a déjà di* uoinbreuv élèves dans toute l’Alleinagne ; cl |)robableinenl elle ne tardera j)as à faire aussi des prosélytes en France, quoi qu’en j)uissedirti la Société OEnopliilc. — Nous ne parlons pas des vulgaires <narchands de vin ; car si la mode vient à jn’endre parmi les Français de ne boire ipic de l’eau, ils auront à se reprocher d’y avoir contribué au moins pour moitié. — Ils seront punis par où ils auront péché.
Toutes les ordonnances des médecins hydropat lies se terminent par ces mots sacramentels : « Croyez cela et buvez de l’eau. »
Vieux farceurs !
Mais le malade doit bien se garder de boire de l’eau plus ou moins chaude, ce serait contrarier les lois de la nature, à moins que l’on nese trouve dans les environs du puits de Grenelle. Ce malade doit boire b; remède tel qu’il sort des entrailles de la nature, de cette admirable pharmacie universelle ; c’est ce qui fait même que les imprudents qui s’administraient de l’eau sous dilférentes formes après l’avoir fait chauf-
for n’on éprouvaient pas tous les heureux résultats (pie procure l’eau froide ; et puis il faut en boire, non pas des cuillerées, non pas des verres, non pas des cruches, mais des seaux.
Dans les nouvelles maisons de santé hvdro-
pathiques, tous les matins . lorsque le docteur fait sa visite, il compte son monde , et il dit : « Autant de malades, autant de seaux. »
(Jecalcid me semble assez juste.
On cite actuellement de braves Allemands qui boivent jusqu’à (jnolre-vinfit-sepf. verres d’eau dans leur journée. Ce cliifTre est hislori- ([ue et prouve In^aucoup ('u faveur de la capacité de leur. .. estomac.
Oui croirait jamais ({ue ces gaillards-là sont nés dans un pays on on a inventé la poudre?
Après cela les gens pointilleux qui trouvent à redire à tout cotitosteront peut-être aux célèbres docteurs hydropathes le mérite de l’invention de leur méthode et prétendront <pie ce n’est qu’un plagiat de la méthode du non moins célèbre docteur Sanprado.
Mais nous ferons observer que c’est bien différent : — 1(! docteur Sotifjrado faisait boire de l’eau chaude, tandis (pie les im'decins hydropalhes ne |>rescrivenl ((lu' l’eau froide.