‹ Physiologie du mouvementChapitre 10 sur 119 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Observations des anciens. — Fauconniers. — Vol ramé et vol à voile. — Voyageurs et naturalistes. — Évolutions des oiseaux dans le vol ramé : carrières et degrés, passades, chute foudroyante, ressource, pointe, etc. — Manœuvres des oiseaux voiliers : saut au moment de l'essor, route

par bordées, plongées, vol à tire-d’aile. — Doutes émis sur la réalité du vol à voile; hypothèses de courants d'air ascendants. — Définition du vol à voile : nécessité du vent pour qu’il soit possible. — Attitude des

ailes et de la queue de l'oiseau dans le vol à voile. — Observations de Basté sur le vol à voile. — Observations de Bakounine. — Insuffisance de l'observation; projets d'expériences sur le vol à voile.

Le temps, qui efface le souvenir des plus grands événements, en dénature certains autres et les amplifie parfois d’une manière démesurée. La légende prête à Dédale l'invention d'ailes qui

MaREy. — Vol des oiseaux. 1

lui permirent de s'enfuir du labyrinthe de Crète avec son fils l'imprudent Icare; elle attribue à Archytas la construction d'une machine en forme de Colombe qui s’envolait par les airs. On pourrait croire, d'après ces récits, que le mécanisme du vol était parfaitement connu des anciens ; mais une critique basée sur la raison accorde à Dédale la gloire d'avoir imaginé la voile des navires, à Archytas' l'invention du cerf-volant.

$ 1. Observations des anciens. — Si l'on en juge par les textes qui nous sont parvenus, l'antiquité n'avait même pas observé avec beaucoup de soin le vol des oiseaux.

Aristote se borne à dire que le vol s'effectue par le mouvement

des ailes qui s'ouvrent et se ferment tour à tour, et que la queue

de l'oiseau agit à la façon d’un gouvernail. I ajoute que, chez les espèces dont la queue est peu développée, le rôle de gouvernail est rempli par les jambes qui s'étendent fortement en arrière, comme cela se voit chez les Cigognes.

Pline l'Ancien fut un observateur sagace ; il nota les différents caractères de la marche des oiseaux sur le sol et fit au sujet du vol cette remarque importante, que l'oiseau, avant de s'envoler, cherche d’abord à acquérir une certaine vitesse, soit en sautant, soit en courant ou en se laissant tomber d'un lieu élevé. Le Canard seul, dit-il, fait exception à cette règle, car il s'envole en s'élevant directement de la surface des eaux.

Galien a indiqué le prémier que les oiseaux se maintiennent parfois dans les airs, sans battements d'ailes.

Mais pour trouver d'importantes observations sur les évolutions du vol, il faut se reporter aux écrits plus récents qui traitent de la fauconnerie.

& 2. Fauconniers. — L'art de la fauconnerie est fort ancien, mais il prit au moyen âge une grande faveur chez toutes les pations de l’Europe; il est encore pratiqué en Afrique et chez quelques peuples de l'Orient. Sans cesse occupés à perfectionner

1, Archytas, 400 ans avant notre ère, savant, homme d'État et grand capi-

taine, fut un des maîtres de Platon. On lui doit l'invention de la poulie et de la vis.

leur art, les fauconniers ont acquis et se sont transmis d'âge en âge d'importantes notions sur les caractères du vol des différentes espèces d'oiseaux, sur les manœuvres que les unes emploient pour atteindre leur proie, les autres pour échapper à leurs ennemis. 1ls ont enseigné l’art de maîtriser les Faucons au moyen du chaperon, celui de remettre à neuf leur plumage lacéré en y entant d’autres plumes. Enfin ils ont observé et décrit, avec un soin minutieux, les évolutions diverses que pratiquent Les oiseaux de proie chasseurs.

C'est aux fauconniers qu’on doit la distinction capitale des deux types de vol très différents : Le v0/ ramé, procédant par coups d'ailes successifs, et le vo/ à voile, dans lequel l'oiseau se transporte par la seule force du vent. Huber‘, dans un admirable petit livre, résume parfaitement les observations des fauconniers. |

S 3. Voyageurs et naturalistes. — De nos Jours, c’est l’esprit de curiosité, l’ardeur pour les sciences naturelles, le désir et l'espoir de découvrir les lois de la locomotion aérienne qui poussent certains hommes à observer les mœurs des oiseaux et à étudier leur vol.

Audubon a passé une grande partie de sa vie à courir les bois et les plaines d'Amérique pour y trouver les éléments de sa belle iconographie des oiseaux?. Par lui, nous connaissons les mœurs et le genre de vol d’un grand nombre d'espèces observées en liberté, dans les circonstances les plus variées. Lorsqu'Audubon décrit certains spectacles dont il a été témoin, la migration des Pigeons, par exemple, le vol de la Frégate, l’Aigle à tête blanche poursuivant sa proie, ses récits sont pleins d'intérêt; il ÿ joint des remarques importantes sur les caractères du vol.

D'Esterno *, dans son intéressant ouvrage, montre combien on peut faire d’utiles observations sur les espèces d'oiseaux

1. Huber, Observation sur le vol des oiseaux de proie. Genève, 1784.

2 Audubon, Oiseaux d'Amérique. Biographie ornithologique.

3. D’Esterno, Du vol des oiseaux, 2° édition. Paris, 1865, à la Librairie Nouvelle,

les plus vulgaires. Porté par la nature de son esprit à interpréter les faits qu'il constate, il a cherché à tracer les principales lois du vol ramé et du vol à voile. L'apparition de son livre à été un véritable événement pour tous ceux qu'intéresse la locomotion aérienne.

Depuis un siècle surtout, on a fait sur le vol des oiseaux des travaux importants. À l'étranger comme en France, on à abordé scientifiquement l'étude des organes du vol, la physiologie et Le mécanisme de la locomotion aérienne. Des Revues spéciales ont été fondées en vue de centraliser les travaux de cette nature. Il faut puiser à toutes ces sources pour exposer l'état actuel de la question et pour montrer sur quels riches documents on peut asseoir déjà la théorie du vol des oiseaux.

Dans l'exposition des résultats obtenus par les différents observateurs, une difficulté se présentait, celle de classer méthodiquement des faits de provenances el de natures très variées. La marche la plus naturelle consiste à décrire d’abord les grandes évolutions des oiseaux dans le vol ramé et dans le vol à voile, leurs mouvements d'ensemble, l’ordre dans lequel ils se groupent pour voyager, en un mot ce qui attire tout d’abord l'attention des observateurs. Ensuite viendront les détails des mouvements de l'aile, autant du moins que l'œil peut les saisir; enfin les caractères qu'imposent au vol de l'oiseau les différentes conditions extérieures dans lesquelles il se meul.

$ 4. Évolutions des oiseaux dans le vol ramé. — C'est aux traités de fauconnerie qu'il faut emprunter la description des manœuvres diverses que les oiseaux rameurs emploient dans leurs chasses. Parmi les rameurs, 02seaux nobles ou de haute volerie, les plus employés étaient les Faucons, le Gerfaut et le Sacre.

Le mode de chasse des oiseaux de proie est presque toujours le même : ils commencent par gagner de la hauteur, et quand ils se sont élevés assez haut, se laissent tomber sur leur proie qu'ils frappent de leurs serres.

Or, pour gagner de la hauteur, un Faucon vole toujours contre

le vent ; si faible que soit le souffle de l'air, il sait le reconnaître, et quel que soit, dit Huber, le nombre des Faucons lâchés en un même moment, on les voit tous s'envoler dans la même direction. Le Faucon frappe des coups d'ailes répétés et s'élève sous un angle de 15° à 20° au plus avec l'horizon. Cette ascension a reçu le nom de carrière; elle semble coûter à l'oiseau de grands efforts, car si la distance à franchir est trop longue, il la fractionne et interrompt son vol ascendant en cédant au vent, de façon à revenir, sans perdre de hauteur, au-dessus de son point de départ. Sa vitesse est alors triple de celle qu'il avait en

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Fig. 1. — Carrières et degrés d'un Faucon (d’après Huber).

montant; ce temps de vol horizontal se nomme degré. De carrières en degrés et de degrés en carrières, le Faucon s'élève à la hauteur convenable pour fondre sur l'animal contre lequel il a entrepris. La chute du Faucon du haut des airs est extrêmement rapide : serrant les ailes contre le corps, il glisse suivant une courbe qu'il règle de façon à tomber sur sa proie. S'il la manque, un simple changement d'orientation de ses ailes le fait remonter sur l'air presque à la hauteur d’où il est parti. Cette manœuvre ou passade se répète un grand nombre de fois, Jusqu'à ce que le Faucon ait lié sa proie et lait amenée en culbutant jusqu’à terre où 1l achève de la mettre hors de combat. De son côté, l’oiseau chassé tente d'échapper au Faucon par une esquivade, abaissement soudain ou mouvement de côté: mais la précision avec laquelle

le Faucon dirige son attaque est si grande qu'il manque rarement son but’.

La chute du Faucon est d'autant plus rapide qu'elle est moins inclinée; parfois l'oiseau fond presque verticalement du haut des airs, chute foudroyante. Huber estime que cette descente dure cent fois moins que la carrière ascendante qui l'a précédée. Quant à la remontée ou ressource (du latin resurgere) qui termine

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Fig. 2. — Trajectoires suivies par le Faucon dans une série de passades composées chacune d'une chute et d'une ressource. La première passade a lieu de 1 à 2, la seconde de 2 à 3, etc. L'oiseau chassé échappe par une esquivade jusqu'à la neuvième passade qui se termine par une prise, au point P.

la passade, elle est très rapide aussi, de sorte que le Faucon se

trouve, en un instant, prêt à recommencer une nouvelle attaque. La figure 2 montre la série de passades du Faucon et d’esqui-

vades de l'oiseau chassé, jusqu’à ce que la prise ait lieu en a pendant la ressource de la neuvième passade.

1. Cette adresse merveilleuse se montre surtout quand un fauconnier exerce un oiseau à voler un leurre, c’est-à-dire quand il le dresse à saisir une proie morte liée à un cordeau et qu'il fait tourner rapidement, d’un mouvement de fronde. A la vue du leurre, l'oiseau qui volait en rond à quelque cent mètres de hauteur se laisse tomber et calcule si bien l'endroit où son but mouvant devra se trouver au bas de la passade, qu'il l’atteint presque à coup sûr. Et si le fauconnier veut esquiver cette atteinte, en tirant brusquement sur la corde, il lui faut beaucoup de prestesse pour déjouer l'adresse du Faucon.

Le phénomène de la ressource avait déjà été décrit par Bélon, mais c’est dans le livre de Huber qu'il est exposé de la facon la plus intéressante; on y voit les effets alternatifs de la pesanteur et de la vitesse acquise, l'oiseau gagnant dans la descente la force vive” qui Le fera remonter contre la pesanteur, au prix d’un simple changement d'orientation de ses ailes. Ce mouvement, qui agit à la façon d’un coup de gouvernail, redresse la direction de la trajectoire du vol ; il ne semble coûter aucun effort, car les

Fig. 3. — Pointe effectuée par un Faucon brusquement la direction de son vol et Ya du vent).

au Cours d'une carrière. L'oiseau arrivé en B relève \ érousser sa proie en X (la flèche indique la direction

passades du Faucon se succèdent sans interruption jusqu’à ce que la proie soit prise ou se soit mise à l'abri de nouvelles attaques.

Un hhénomène analogue à la ressource est celui que les fauconniers appellent une pointe. Il se produit pendant le cours d'une carrière, quand le Faucon passe en dessous de l'oiseau chassé et à courte distance de lui. La vitesse acquise dans une carrière véhémente ou dans un temps de vol horizontal peut se transformer en remontée. Le Faucon suspend alors les battements de ses ailes, les oriente comme pour les ressources et va

1. On appelle force vive d’un corps en mouvement le produit de la masse de ce corps, par le carré de sa vitesse. C'est par sa force vive qu'un projectile lancé en haut s'élève contre la pesanteur, qu’un pendule, après sa phase descendante, remonte pendant l’autre phase de son oscillation.

atteindre sa proie par dessous : c’est ce qu'on appelle #ousser.

Les fauconniers savaient reconnaître les qualités de leurs oiseaux de chasse à la fermeté des muscles, à la rigidité des pennes, à la finesse des ailes et à la densité du corps. C’est en effet la pesanteur qui, au moment de la passade, donne à l'oiseau l'extrême rapidité de sa chute et la force vive pour la ressource.

On lit dans la Fauconnerie de Saint-Aulaire (1617) : « Faut avoir égard aux poids et pesanteur de l'oiseau d'autant qu'étant pesant sur le poing, selon sa grandeur et espèce, signifie que l'oiseau sera fort et léger. » Comme la finesse de l'aile et le poids du corps étaient des qualités recherchées, on tentait quelquefois de les donner artificiellement aux Faucons de chasse. « Quand l'oiseau est trop léger, on donne à son vol de la force et de la vitesse en raccourcissant sa voilure et en lui donnant du poids à l’aide de lourdes sonnettes. » ( fauconnerie de d’Arcussia).

$ 5. Manœuvres des oiseaux voiliers. — Les Rapaces qui pratiquent le vol à voile, sont l’Aigle, le Vautour, les Orfraies, les Milans, les Buses, les Harpies. Certains oiseaux dits voiers

saillants, l’'Autour et l'Épervier, étaient employés à la chasse. Le mot saillant veut dire qu’ils sautaient du poing de leur porteur et se laissaient glisser sur l'animal qu'ils devaient prendre. Ces oiseaux, moins pesants que les Faucons et pourvus d'ailes plus larges, mais plus faibles, volaient avec moins de rapidité et n'avaient tous leurs avantages qu’en temps de vent. Ils s'éle-

vaient alors en décrivant des spirales, jusqu’à la hauteur voulue pour descendre sur leur proie. Ge genre de vol tournoyant et sans coups d'ailes s'appelait ascension par bordées. I] était suivi d’une chute ou plongée dans laquelle l'oiseau accélérait souvent sa descente en battant des ailes, vo/ à tére d’aile. Dans ses bordées, l'Autour, pour ne pas être entraîné trop loin, serrait de temps en temps les ailes et donnait tête baissée dans le vent. Ces descriptions montrent que le vol à voile était observé avec soin par les fauconniers. Les naturalistes à leur tour l’observèrent sur un grand nombre d'espèces. Audubon dit, en parlant de l’Aigle à tête blanche : « 11 plane, les ailes toutes grandes

ouvertes, à angle droit avec l'axe de son corps, et laissant de temps à autre ses jambes pendre de toute leur longueur. Quand il est ainsi en l’air, il peut monter d’un mouvement circulaire, sans un simple battement d'ailes, sans même qu’on les aperçoive remuer, non plus que la queue; et de cette manière il s'élève à perte de vue, sa blanche queue étant la dernière à disparaître. »

$ 6. Doutes émis sur la réalité du vol à voile. —— Malgré ces témoignages, les physiciens répugnent à admettre qu'un oiseau immobile trouve dans l’action du vent la force capable de le faire remonter contre le vent lui-même. C'est, disent-ils, comme si l’on prétendait qu'un corps inerte jeté dans une rivière peut trouver dans le mouvement de l’eau une force capable de lui faire remonter le courant. Aussi a-t-on fait maintes hypothèses pour expliquer ce genre de vol, en supposant l'existence de courants ascendants, verticaux ou tout au moins obliques, par lesquels le poids de l'oiseau serait soutenu.

S 7. Hypothèse des courants d'air ascendants. — Pénaud, qui a poussé fort loin l'étude mécanique de la locomotion aérienne, croyait que des courants d’air ascendants sont nécessaires pour que le vol à voile se produise. D'autres, se basant sur ce fait, que la direction du vent n’est pas toujours la même à différentes hauteurs, ont supposé que, dans le vol à voile, l'oiseau passait alternativement d’une couche d'air dans une autre et trouvait ainsi des forces capables de le porter dans des directions opposées. J'ai moi-même longtemps résisté à admettre la possibilité du vol à voile, sauf dans des conditions toutes particulières de l’atmosphère.

Depuis lors, j'ai vu des Pélicans s'élever en ramant d’abord, puis sans battements d’ailes, jusqu'à de grandes hauteurs, et là, planer en sens divers, montant et descendant sans donner un coup d'ailes. Des centaines de ces oiseaux se jouaient ainsi pendant des heures entières. Une colonne d'air ascendante existaitelle donc en dessous d'eux? Et quelle force fallait-il supposer à ce souffle vertical, pour qu'il soutint des oiseaux du poids de 6 ou 8 kilogrammes sur une surface d’ailes de moins d’un mètre?

En somme, les suppositions qu’on a faites pour essayer d’ex-

pliquer le vol à voile par certaines particularités de ia direction du vent ne rendent mème pas compte des faits que rapportent les observateurs. Mieux vaut donc accepter les descriptions qui ont été données de ce genre de vol et des évolutions variées qui

l’accompagnent. Du reste, on verra plus loin que la théorie de ces singuliers phénomènes commence à se dégager.

Pour d'Esterno, à moins de fermer les yeux à l'évidence, 1l faut admettre la réalité du vol à voile, sauf à convenir que nos connaissances actuelles en mécanique n’en donnent pas une explication satisfaisante. Que celui qui doute encore regarde, par un temps de vent, un Milan ou une Buse planant dans les airs. Qu'il s'arme, au besoin, d’une puissante lunette; il verra que l’aile de l'oiseau n’exécute pas le moindre mouvement.

$ 9. Définitions du vol à voile. — D'après d'Esterno, il y a, relativement à la nature du vol à voile, une équivoque à dissiper.

« On a confondu, dit-il, avec le vol à voile tous les accidents du vol ramé qui présentent momentanément l'appareil immobile et rigide, comme le vol à voile le présente constamment. Il arrive, par exemple, que l'oiseau ayant acquis de la hauteur qu'il ne veut pas conserver, la transforme en translation et se laisse glisser sur l’air qu’il ne frappe plus. D’autres fois, il frappe quelques coups d'ailes après lesquels il continue de marcher horizontalement en tenant les ailes étendues et en parcourant sans ramer un espace qui va jusqu'à 40 mètres et plus.

« Dans ces deux cas et dans d’autres semblables, l'oiseau n’obtient aucune production de force; il ne fait que consommer celle qu'il à préalablement acquise; il la consomme, dans le premier cas en perdant de la hauteur, dans le second cas en perdant de la vitesse. »

Les glissements de l'oiseau sur l'air, si bien décrits par Huber sous le nom de ressource, n'ont pas besoin de vent pour se produire. Les ailes étendues et inclinées sous un certain angle, supportent le poids du corps par un mécanisme semblable à celui d’un cerf-volant qui, dans un air calme, s'enlève et se

soutient quand la traction de la corde lui imprime une vitesse suffisante. Toute la différence consiste en ce que la vitesse du cerf-volant est produite par une traction, celle de l'oiseau par une impulsion préalable. |

$ 10. Nécessité du vent pour le vol à voile. — Le vol à voile, dit encore d’Esterno, a cet inconvénient qu'il ne peut avoir lieu sans vent. Îl a cet avantage, qu'empruntant au vent, quand il y en a, une force illimitée, il peut se passer de toute dépense de force de la part de l'oiseau.

On voit souvent, pendant un calme plat, des oiseaux exécuter, dans les régions supérieures de l'air, les évolutions du vol à voile, et cela à fait croire que le vent n’est pas indispensable à ce genre de vol. Mais il faut être prévenu que l'air est de plus en plus agité, à mesure qu'on s'élève sur les couches supérieures de l'atmosphère. Un calme absolu au niveau du sol n'exclut pas l’existence d’une brise sensible à 20 ou 30 mètres plus haut.

Mouillard (1)admet que l'oiseau voilier, en décrivant ses orbes, trouve dans la vitesse de sa translation circulaire le moyen d’utiliser Les vents trop faibles pour le soutenir autrement: mais il a vu, par une bonne brise, un Aigle s'élever en avançant contre le vent sans donner un coup d'ailes.

« L'oiseau, dit-il, s’élançca du sommet d’un frêne où il était perché, s'abaissa au vent de 2 ou 3 mètres, fut relevé par une rafale et s’éleva ainsi, directement, lentement, à une centaine de mètres en l'air, ayant acquis au vent au moins 50 mètres, et cela sans un seul battement. »

Îl faut rattacher au vol à voile un phénomène très singulier dont j'ai été plusieurs fois témoin : c’est l'immobilité de l'oiseau dans un même point de l’espace, avec un simple balancement du corps et sans battements d'ailes. Une Crécerelle m'a donné ce spectacle, à plusieurs années d'intervalle et dans la même localité. Vue à la lunette, elle se tenait les ailes demi-fléchies, Le bec au vent qui soufflait avec force. Ajoutons toutefois que l’oiseau

(1) Mouillard, L'empire de l'air. Paris, 1887.

était, dans ces deux cas, à quelques mètres au-dessus de la cime de peupliers. On peut supposer que le vent réfléchi sur ce rideau d'arbres prenait une direction ascendante capable de soutenir l'oiseau”.

Que de fois n’ai-je pas vu sur la côte du Pausilippe les Goélands voler à voile quand il faisait grand vent !

C’est particulièrement par le vent de Nord-Est que les évolutions de ces oiseaux sont faciles à saisir en cet endroit. Tous font alors la même manœuvre, soit par groupes, soit isolément : ils remontent lentement le fil du vent, puis le redescendent à grande vitesse. Dans la remontée, le Goéland ne donne pas un coup d’aile, seulement il présente un léger balancement, comme celui d'un acrobate marchant sur la corde raide. Les ailes courbées

en arc et légèrement serrées auprès du corps, quand la tempête

souffle avec grande force, l'oiseau s'avance contre le vent. Il ne perd pas de sa hauteur d’une manière sensible; parfois même il s'élève sans donner de coups d'ailes. Mais ce qui est tout à fait remarquable, c’est l'extrême lenteur de sa progression contre le vent : il met souvent plusieurs secondes à parcourir 1 mètre; d'autres fois sa vitesse est de 2 à 3 mètres à la seconde.

A côté de ces oiseaux qui remontent le vent, on en voit d'autres qui le redescendent et se laissent emporter avec une vitesse extrême, 30 ou 40 mètres et plus à la seconde. Le corps et les ailes recoivent obliquement le vent par leur face inférieure; Les ailes sont largement déployées et donnent de rares battements.

Les changements de direction se font par courbes d'un grand rayon, dans lesquelles l'oiseau présente obliquement au vent la face inférieure de son corps et de ses ailes.

$ 41. Attitudes des ailes pendant le vol à voile. — Quand les oiseaux de proie, Buses ou Milans, décrivent en l'air leurs

1. 11 faut bien distinguer ce planement avec immobilité, du vol sur place que les mêmes espèces pratiquent fréquemment. Pour peu que la brise souffle, les oiseaux de proie se tiennent longtemps le bec au vent, battant rapidement des ailes. Ils semblent en observation, car ils ne quittent guère cette attitude que pour descendre à terre sur quelque proie.

orbes sans donner un seul coup d’aile, on observe toujours chez eux la même attitude que Mouillard a fort bien représentée. Les

Fig. 4. — Aspect d'un oiseau qui plane en s’élevant sur l'air; la pointe des ailes est portée en avant.

ailes sont largement déployées et portées en avant, comme le montre la figure 4. Au contraire, l'oiseau qui avance en ligne

Fig. 5. — Attitude de l'oiseau qui glisse rapidement sur l'air; la pointe des ailes est portée en arrière.

droite contre le vent, ou qui, profitant de sa hauteur acquise, se

Fig. 6. — A. Courbure des ailes dans le vol à voile; — B, courbure des ailes dans le vol ramé.

laisse glisser rapidement, serre plus ou moins les ailes et offre l'aspect représenté figure 5.

Du reste, à la simple courbure que l’aile présente suivant sa longueur, il est facile de distinguer le vol à voile du vol ramé. Dans le premier (A, fig. 6), les extrémités des ailes sont relevées: dans le vol ramé, au contraire, en B, les pointes des ailes sont presque constamment dirigées vers le bas.

Ces faits ont été constatés par un grand nombre d’observateurs; mais un point qui semble leur avoir échappé, c’est l’attitude que prend la queue suivant la direction du vent.

$ 42. Attitude de la queue.— J'ai vu maintes fois, dans le planement circulaire du Milan, que l'oiseau change deux fois l'orientation de sa queue pendant le parcours de chacun des cercles. Ce changement se fait aux deux extrémités opposées d'un même diamètre du cercle, et la direction de ce diamètre est précisément celle du vent. Enfin, l'orientation de la queue est telle, que le vent en frappe la face inférieure, comme pour soulever la partie postérieure du corps. Ces changements de plan se font avec une rapidité fort grande.

S 13. Observations de Basté sur le vol à voile. — E.-J. Basté! a récemment publié une série d'importants articles sur le vol à voile qu'il a étudié dans les régions tropicales sur un

grand nombre d'espèces d'oiseaux : Urubu, Goéland, Naucler,

Frégate, etc.

En effet, si les occasions de voir Le vol à voile sont rares en Europe, elles sont très fréquentes au contraire sur les espèces d'oiseaux exotiques et dans les pays où l'air, calme dans les régions inférieures, n'est agité que dans les couches élevées. Les Aigles et les Vautours planent à des hauteurs énormes, où ils se tiennent hors de portée de la vue, jusqu'à ce qu'une proie les fasse descendre à terre. Les oiseaux de mer planent à des hauteurs bien moindres, tournoyant autour des navires, et se Jouant au milieu des tempêtes les plus violentes.

Suivons Basté dans la description qu'il donne du vol à voile des oiseaux de mer.

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