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CHAPITRE Il

Préparation au vol; essor. — Fréquence des battements des ailes chez les différentes espèces d'oiseaux. — Flexions et extensions de l'aile, ses changements de plan, sa trajectoire. — Bruits qui accompagnent quelquefois les battements des ailes. — Amptitude des oscillations de l'aile aux divers instants du vol. — Changements de direction du vol. — Mouvements que les ailes impriment à l'air, — Influence du vent sur le vol ramé. — Influence de la raréfaction de l’air sur le vol des oiseaux. — Des différents types du vol, selon la taille des oiseaux. — Ordre suivant lequel se disposent les oiseaux quand ils volent en troupe. —- Mouvements d'ensemble des oiseaux. — Vitesse du vol. — Étendue que peuvent parcourir certains oiseaux.

Si, dans la plupart des cas, l'œil peut suivre les grandes évolutions de l’oiseau qui vole à rame ou à voile, c’est en revanche avec beaucoup de difficulté qu'il apprécie les actes mécaniques du vol, les mouvements des ailes et les changements d’attitude du corps. Cependant l'observation a fourni sur ce point des notions assez intéressantes pour qu'il soit nécessaire de les indiquer sommairement. Si imparfaites que soient ces premières connaissances, elles sont la préparation naturelle à des études plus précises.

On trouvera dans ce chapitre l'exposé sommaire de ce que l'œil peut découvrir dans les actes mécaniques du vol.

$S 19. Préparation au vol. Essor. — Pline l'Ancien, ayons-nous dit, observa que les oiseaux, avant de s'envoler, cherchent tou- Jours à acquérir une vitesse préalable, soit en sautant, soit en courant ou en se laissant tomber d’un lieu élevé. Les observateurs modernes ont confirmé ces remarques en les appuyant de nombreux exemples dont quelques-uns méritent d’être relatés.

Le saut qui précède l'essor s'observe chez les espèces dont le départ est brusque : les Gallinacés, Perdreaux et Cailles tapis au creux d'un sillon s'élancent tout d’un coup par une brusque détente qui les met instantanément en état de battre des ailes. Sur des oiseaux démontés par un coup de fusil et qui cherchent vainement à s'envoler, on a souvent l’occasion d'observer la hauteur de ces sauts. Mouillard a vu un Corbeau privé d’ailes qui faisait des bonds de près d’un mètre de hauteur; d’Esterno raconte qu'un Balbuzard démonté sautait à 70 centimètres de hauteur. Les Passereaux ont les jambes très fortes et sautent aussi très haut quand ils s’envolent de terre.

Une course précède l'essor chez les Échassiers, Grues et Cigognes, qui font d’abord de grandes enjambées, puis des sauts successifs de plus en plus étendus, dans lesquels ils s'aident du battement de leurs ailes ; ils quittent enfin le sol et s'élèvent. Les Vautours et les Aigles, quand ils vont s’enlever de terre, courent longuement les ailes déployées.

Ainsi Wenham', dans un voyage en Égypte, aperçut un Aigle posé au milieu d’une plaine de sable. L'oiseau se sentant surpris ouvrit en partie ses ailes et s’éloigna d’un pas rapide. Un coup de feu transforma sa marche en une course dont il accroissait la vitesse par de longs battements d'ailes; il quitta enfin la terre en s’élevant suivant une pente faiblement inclinée, Jusqu'à une grande hauteur, en regagnant son aire dans la direction de la chaîne libyque située à 5 milles environ.

Quelques fragments de plumes restés sur Le sol permirent au chasseur de reconnaître la place où l’Aigle avait reçu le coup de fusil. A partir de cet endroit, sur une grande longueur, les empreintes des serres se voyaient sur le sol; d’abord fortement appuyées, ces traces se transformaient graduellement en larges égratignures, à mesure que l'oiseau, par ses battements d'ailes, avait allégé son poids et accru sa vitesse. L’étendue sur laquelle on voyait ces empreintes était de 16*,28. Ainsi, malgré l’action

4. Wenham, Rapport annuel de la Société aéronautique de la Grande-Bretagne, pour l’année 1866.

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stimulante d’un coup de feu, l’Aigle avait dû courir longtemps avant de pouvoir quitter le sol.

Un oiseau qui à les ailes longues et les pattes courtes s'envole à grand'peine de terre, car, ne pouvant se détacher du sol par un saut vigoureux, il n'a pas le libre mouvement de ses ailes. Le Martinet, l’Albatros, le Condor, présentent cette conformation. Bien souvent les matelots, après avoir pris à l'hameçon un Albatros qui planait le long du navire, le placent sur le pont et s'amusent de son impuissance à prendre son essor. Le Martinet déposé à terre a beaucoup de peine à s'envoler. Enfin, lorsqu'on veut capturer un Condor, le moyen habituel consiste à placer la proie qui doit l’attirer dans une enceinte étroite fermée par une palissade ; dans cet espace restreint, le Condor reste prisonnier.

La plupart des oiseaux de ce type ne se reposent que sur des lieux élevés d’où ils puissent s'élancer avant de prendre leur essor; ils glissent alors sur l'air, les ailes étendues, puis, suivant la force du vent, volent à rames ou à voiles. Enfin, certains oiseaux aquatiques essentiellement rameurs s’enlèvent, de la terre aussi bien que de l’eau, sans aucune des préparations que rous venons de décrire; leurs ailes, du reste, sont courtes et il suffit à l'oiseau de se dresser, la tête haute, pour qu’elles aient leurs libres mouvements. Le Canard monte ainsi verticalement d’abord; sil s'envole du milieu d’un bois, il s'élève en ligne droite à 10 ou 15 mètres, jusqu’à la cime des arbres, puis prend son essor véritable et se dirige horizontalement (Audubon).

Sauf ces exceptions, les oiseaux cherchent de diverses façons à acquérir de la vitesse avant de battre des ailes. Cette vitesse, on le verra, facilite grandement le vol, en fournissant à l'aile un appui plus solide sur l'air.

$S 20. Fréquence des battements des ailes chez les différentes espèces d'oiseaux. — Les observateurs ont souvent cherché à

1. D'après le duc d’Argyll, le Colibri, lorsqu'il vole sur place, tient la queue ouverte en éventail et le corps presque vertical; quant à ses ailes, on ne les aperçoit que sous une apparence nuageuse et très vague, à cause de la vitesse de leurs mouvements (L'Aéronaute, avril 1869).

mesurer cette fréquence au moyen du chronomètre, en comptant les battements pendant une période de temps aussi longue que possible. Mais ces mesures sont difficiles et ne s'appliquent guère qu'aux espèces de grande taille, qui donnent des batte-

ments peu fréquents; chez les petits oiseaux, les coups d’ailes

ne peuvent se compter, et chez le plus petit de tous, Le Colibri, ils sont tellement rapides que les ailes sont, dit-on, invisibles dans leur frémissement continu, quand il vole sur place en plongeant le bec dans le calice d’une fleur.

Voici, d’après certains auteurs, la fréquence moyenne des battements des ailes chez quelques espèces :

Cionene en ne, Au 45/, battements à la seconde. Naucler ou — Kamichi A 70 —

Urubu LTIES —

Goéland RE Mouette DORE Péliean 4 1/, soit 70 par minute?.

Pigeon

Du reste, dans chaque espèce, la fréquence des battements d'ailes varie sous maintes influences; elle s'accroît dans le vol ascendant et surtout dans le vol sur place, mais diminue dans le vol descendant ; souvent mème l’oiseau suspend totalement ses coups d'ailes, quand sa translation est assez rapide. Il accélère au contraire le battement de ses ailes, quand il veut hâter sa fuite ou quand il emporte un corps pesant. Si la surface des ailes est diminuée, la fréquence des battements s'accroît ; Mouillard l’a observé sur des Pigeons auxquels il rognait les rémiges pour rendre leurs ailes plus étroites.

S 21. Flexion et extension de l'aile, ses changements de plan, sa trajectoire. — Chez les espèces à ailes courtes, et dans es premiers instants du vol, on observe des mouvements très

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