C. R. de l’Acad. des Sc., t. LIX, p
point de repère pour évaluer les déplacements d’un oiseau dans l’espace, c’est son ombre qu'il faut chercher à voir, et quand cette ombre se projette au voisinage de l'observateur, celui-ci peut se rendre compte de la rapidité de son mouvement gràce aux repères pris sur le sol.
Enfin, les voyages en chemin de fer donnent parfois l’occasion d'apprécier la vitesse du vol des oiseaux, quand ceux-ci vont parallèlement à la marche du train et dans le même sens.
On voit alors que les Passereaux sont fortement distancés par les trains express, dont la marche normale est de 18 mètres par seconde ; les Corneilles aussi ont une vitesse inférieure à celle des wagons. Mais les Pigeons les accompagnent et les dépassent fréquemment; les Hirondelles volent encore plus vite; quant aux Martinets, ils dépassent facilement les trains les plus rapides.
Ce qui diminue l’intérêt des mesures que nous venons de citer, c'est que diverses influences changent énormément la vitesse du vol chez les oiseaux rameurs.
Le vent est de ce nombre : d'après Van Roosebecque, les Pigeons voyageurs, par un vent debout soufflant avec force, ne feraient pas plus de 5 kilomètres à l'heure, au lieu de 25 ou 30 qu'ils font par un temps calme.
La pesanteur intervient également pour modifier la rapidité du vol : si l'oiseau s'élève, sa vitesse diminue; s’il descend, elle s'accroît.
$ 33. Étendue que parcourent certains oiseaux en volant. — C'est encore sur les Pigeons qu'on a le mieux déterminé la longueur du trajet parcouru d’une traite. Aldrovande rapporte qu'un de ces oiseaux alla d'Alep à Babylone, soit un parcours de 625 kilomètres, en 48 heures, et sans voyager la nuit.
Un célèbre Pigeon, nommé Gladiateur, fit en un jour le trajet de Toulouse à Versailles (530 kilomètres).
Un Faucon de Henri Il, égaré à la chasse dans la forêt de Fontainebleau, fut retrouvé le surlendemain dans l’île de Malte. Il avait donc parcouru dans cet intervalle de temps 1 400 kilomètres.
Rien de plus variable, du reste, que l'étendue du vol de l’oiseau suivant les circonstances. Certains Passereaux, dont le vol est généralement peu étendu, traversent les mers en volant par
grandes bandes à des hauteurs considérables et hors de portée de
la vue. La Caille, qu'on ne voitguère voler à plus de 300 mètres lorsqu'elle réside chez nous, effectue des parcours fort étendus au moment de ses migrations.
Cet exposé sommaire suffit pour montrer que l'observation des oiseaux ne peut donner que des notions fort incomplètes sur le mécanisme du vol; les points sur lesquels les différents auteurs s'accordent sont en petit nombre. Or, quand une question est controversée, c’est que personne encore ne l'a abordée avec des méthodes suffisamment précises et capables de montrer Ja vérité avec le degré de clarté nécessaire. Les mêmes discussions se sont produites relativement à d’autres problèmes de la locomotion animale, tels que les allures du Cheval, les mouvements de la marche de l’homme, ceux de la course et du saut. Les méthodes précises qui ont résolu ces problèmes ne seront pas moins puissantes pour analyser les actes mécaniques du vol.
Il était toutefois nécessaire d'exposer les résultats fournis par l'observation; l'expérience, en effet, n'intervient qu'à son heure, lorsque les questions sont déjà posées et lorsqu'on voit clairement la direction à suivre dans les recherches.
Une autre préparation est nécessaire avant d'aborder l'analyse expérimentale des mouvements de l'oiseau : ilfaut faire connaissance avec l'anatomie et la physiologie des organes du vol. Ce sera l’objet des chapitres prochains.