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Maurand, L’Aéronaute, 1870, p

Les rémiges primaires sont au nombre de 10, en général : elles décroissent de longueur, à partir de l'extrémité de l’aile. Cette règle présente toutefois des exceptions : chez certains oiseaux, la rémige la plus longue est la première {Hirondelle de mer), chez d’autres c’est la seconde (Faucon), la troisième (Engoulevent), la quatrième (Buse) ou même la cinquième (Geai). Cela crée des différences dans la forme des ailes, dont l'extrémité est tantôt pointue comme dans le Faucon, tantôt arrondie et obtuse comme chez les grands voiliers.

S 46. Mouvements des rémiges. — Suivant que la main s'ouvre ou se ferme, les rémiges primaires s'étalent ou se resserrent et.ces mouvements à leur tour sont solidaires de l'extension ou de la flexion des différents rayons de l'aile.

Quand l'aile s'étend, la main, tirée par le muscle petit palmaire,

se courbe dans son ensemble, de telle sorte que son bord posté-

Fig. 35. — Imbrication des rémiges d’une aile ployée ; croisement des tuyaux des rémiges primaires et des secondaires.

rieur, sur lequel les rémiges sont implantées, prend la forme convexe. Les rémiges primaires s'étalent alors en rayonnantet s'écartent les unes des autres, autant que le permettent les ligaments qui règlent les distances respectives de ces plumes. Quand l’aile se reploie (fig. 35), la main se fléchit sur l’avant-bras et en même temps son bord postérieur devient concave. L'effet de ce chan-

Maney. — Vol des oiseaux. D

gement de courbure est de rapprocher les rémiges les unes des autres, jusqu'à ce que leurs tuyaux se touchent entre eux. Le fouet de l’aile est alors fermé au maximum; cet effet se produit automatiquement par le retrait de certains ligaments élastiques dont nous aurons à parler.

Les rémiges secondaires ont aussi des mouvements, suivant que l’aile se ploie ou se déploie. Dans le premier cas, elles glissent les unes sur les autres et se couchent obliquement le long du eubitus. Dans le déploiement, au contraire, elles s’étalent en se redressant sur le cubitus auquel elles deviennent presque perpendiculaires, quand l’aile est complètement étendue.

Outre les glissements que nous venons de décrire, les rémiges ont encore la faculté de pivoter sur leur pointe. Ce mouvement change l'orientation des lames et, suivant le sens dans lequel il se fait, produit soit l’ouverture soit la clôture des fentes en forme de soupapes que laissent entre elles les rémiges.

$ 47. Association des mouvements des rémiges avec la flexion et l'extension de l'aile. — Soit que l’aile souvre ou

qu’elle se ferme, chaque rémige doit prendre sa place sans

retard. Il y a, dans le déploiement comme dans le reploiement de l’aile, une série d'actes associés qui doivent s’exécuter avec une précision parfaite. Si des muscles spéciaux présidaient à chaeun de ces actes, la bonne exécution de ces mouvements d'ensemble exigerait une admirable harmonie dans les actions musculaires. La Nature, dans les cas de ce genre, procède © autrement : elle assure la coordination des mouvements, en la soustrayant à l’action des muscles volontaires, et en la confiant à des ligaments élastiques toujours prêts à agir avec ensemble, aussitôt que le relächement musculaire leur permet d'entrer ell Jeu.

$ 48. Ligaments élastiques des rémiges. — Peu d'auteurs ont étudié l'anatomie de ces ligaments. C’est à Pettigrew", AÏIx”,

1. Pettigrew, On the Physiology of Wings (Transact. of the Roy. soc. of

Edinburgh, 1871).

2, Alix, Essai sur l'appareil locomoteur des oiseaux, 1874. Paris, G. Masson.

Robin et Chabry! qu'on en doit la description: encore, ces anatomistes sont-ils divisés sur certains points de la structure de ces organes.

Pour donner une idée de la fonction des ligaments élastiques des rémiges, reportons-nous aux détails de la construction d’un éventail, où l’on a cherché visiblement à imiter la structure de l'aile. Au-dessus de l'articulation des lames de l'éventail, et à l’origine de chacune d'elles, règne un ruban qui, adhérant à toutes les lames, les rend solidaires et en limite l’'écartement dans le déploiement complet. En outre, ce ruban commande tour à tour le mouvement de chacune des lames. En effet, si on écarte la première, dès que la partie du ruban qui l’unit à la seconde est tendue, cette seconde lame suit le mouvement, puis tend la partie du ruban qui s'attache à la troisième lame, celle-ci est entraînée à son tour, et ainsi de suite, jusqu’à la dernière; l'éventail est alors entièrement ouvert.

Mais le ruban n’est pas élastique; il agit successivement sur la série des lames. Imaginons à sa place un lien de caoutchouc : le déplacement de la première lame se transmettra presque immédiatement à toutes Les autres, et celles-ci s’écarteront toutes à la fois, de quantités croissantes, jusqu’à extension complète du caoutchouc. C’est par un mécanisme de ce genre que se produit la solidarité des rémiges sous l'influence du ligament qui en réunit Les tuyaux.

Sur le bord postérieur de l'aile, règne une première bande de tissu fibro-élastique percée d’une série de trous dans chacun desquels s'engage la pointe d’une rémige. C’est un mode d'implantation flexible, destiné à permettre les mouvements de chacune de ces plumes.

Parallèlement à ce ligament, on en trouve un second qui règne aussi tout le long de l'aile, faisant suite, du côté du COrps, au tendon du muscle tenseur de la membrane axillaire et se perdant, par l’autre bout, dans le périoste de la main. Ce liga-

1. Robin et Chabry, Organes élastiques de l'aile des oiseaux (Journ. de l’anat,. etde la physiol., p. 291, 1884).

ment court sur la face inférieure ou palmaire des tuyaux des rémiges, vers le milieu de leur longueur, et contracte des adhérences avec chacun d'eux. Dans la flexion de l'aile, ce ligament revient sur lui-mème par son élasticité et, entraînant toutes les rémiges secondaires, les couche le long du cubitus. Mais, dans l'extension, la main qui s'ouvre et dont le périoste adhère à l’extrémité du ligament exerce sur celui-ci une traction qui se transmet simultanément à toute la série des rémiges cubitales et qui, d’inclinées qu’elles étaient, les redresse perpendiculairement à l'os sur lequel elles sont implantées. Les rémiges cubitales et les rémiges palmaires s’étalent de cette façon, pour former par leur ensemble la surface destinée à prendre son point d'appui sur l'air.

Tout cela, avons-nous dit, s'accomplit automatiquement, sans intervention musculaire. Sur l'oiseau mort, on peut observer ces mouvements des rémiges, en ouvrant et fermant tour à tour les articulations de l'aile. On voit en outre que, dans la flexion de l'aile, les rémiges sont séparées les unes des autres en lames de persiennes, tandis que, sur l'aile étendue, ces plumes sont accolées entre elles, la courte lame de chacune s'appliquant avec force sur la large lame de la suivante. Un pivotement de la rémige s'est done produit pendant les mouvements d'extension et de flexion de l'aile. Ce pivotement, indépendant de toute action musculaire, est encore dû au ligament élastique dont nous allons compléter la description.

Quand on dissèque la face inférieure de l'aile d'un grand oiseau, d'un Cygne par exemple, on voit (fig. 36) que le ligament élastique envoie au tuyau de chaque rémige deux expansions obliques orientées en sens inverse lune de l’autre. De ces deux bandelettes, l’une dirigée vers la racine de la plume contourne en partie le tuyau et y prend adhérence par son extrémité; l’autre,

dirigée vers l'extrémité libre de la plume, contourne le tuyau

en sens contraire et y adhère aussi.

A l'inspection de la figure, on comprend que si le ligament J est tiré dans un sens, l’une des séries d’expansions obliques sera tendue et l’autre détendue. En tirant le ligament en sens

contraire, on tendra les expansions obliques qui étaient détendues tout à l'heure, et inversement on détendra les autres. Or, comme ces, expansions contournent le tuyau de la rémige, elles ont nécessairement pour effet de faire tourner cette plume sur son axe.'Le sens de cette rotation

changera Suivant que le liga- À

}.ment sera tiré en dedans ou

en dehors. Ainsi, dans le dé-

loiemént de l’aile. [a trac- ;

tion exercée par la main de

l'oiseau sur le ligament élas- EL tique fera pivoter les rémiges É, dans un sens; dans le re- ô ploièément de l'aile, au con- 2 s . , NE 1 traire, le ligament élastique | | Fe Fig:* 36. — Ligaments ‘élastiques deS rémiges

revénant sur luirmèmie fera (d'après Pettigrew)! 1, 2, 3, rémiges dont le tuyau

est tronçonné. A, ligament d'implantation de la pivoter és rémiges, en sens hot de sie D ligementiolétiqueet es È APE expansions obliques ; C, ligaments contenus dans in verse. le repli cutané.

Il est très important, pour l'interprétation des phénomènes du vol, de savoir exactement dans quel sens pivotent les rémiges, suivant que l’aile se déploie ou se reploie. D'après Pettigrew, le sens de cette rotation est le suivant : quand l'aile se reploie, les rémiges se séparent les unes des autres et laissent entre elles des intervalles qui livrent passage à l'air; dans le déploiement de l'aile au contraire, les rémiges saccolent entre elles. Ce qu’on observe en maniant l'aile d'uu oiseau mort concorde avec la théorie de Pettigrew.

Mais tous les anatomistes ne s'accordent pas sur le sens de la rotation des rémiges. Alix soutient l'opinion contraire à celle de Pettigrew; quant à Robin et Chabry, ils se bornent à décrire ces ligaments, sans en rechercher la fonction. Il est du reste fort difficile, sur la plupart des espèces d’oiseaux, de se rendre compte par la dissection du rôle des ligaments élastiques ; mais on verra que certaines expériences permettent de surprendre le mode d'action de ces organes.

A la face inférieure de l'aile, s'im-

S 49. Des couvertures.

plantent de petites plumes, dont l'axe croise obliquement celui

Fig. 37. — Couvertures inférieures de l'aile d’un Cacatoès (héliogravure).

des grandes rémiges. Ge sont les couvertures inférieures, dont le rôle est de fermer les espaces vides que laissent entre eux les

Fig. 38. — Couvertures supérieures de l'aile d’un Faucon (Prechtl).

tuyaux des grandes rémiges et de rendre l'aile imperméable à

l'air.

La figure 37 montre la disposition des couvertures sur la face inférieure d’une aile de Cacatoës.

À la face supérieure de l'aile s’échelonnent (fig. 38) des couvertures analogues, les couvertures supérieures qui pressent élastiquement sur les grandes rémiges. Wunsche ! compare leur action à celle des lames superposées d’un ressort de voiture. On doit du reste attribuer un rôle important à l’élasticité des rémiges, elle prolonge les effets de l’action musculaire à la fin de l’abaissement de l'aile. L'expérience montre que, pendant le coup d’abaissement, les rémiges se redressent par l’effet de la résistance de l'air et perdent leur courbure à concavité inférieure. En revenant à leur forme courbe, à la fin de la descente, elles continuent l’abaissement du bord postérieur de l'aile.

$ 50. Divisions de l'aile : aile active et aile passive. — Nous avons vu qu'on appelle fouet de l'aile toute la partie qui correspond aux rémiges primaires; on nomme éventail la portion qui répond à la région de l’avant-bras. Ces deux régions de l’aile ont reçu de Cayley, en 1810, des désignations qui expriment bien la différence de leurs fonctions et qui, à ce titre, méritent d’être conservées. L'auteur anglais donne au fouet le nom d’av/e active, à l'éventail celui d’aile passive?, entendant par là que, dars le coup d’aile, c'est l'extrémité pourvue de fortes rémiges qui seule agit efficacement pour frapper l'air, tandis que les rémiges plus faibles de la partie interne de l’aile n’agissent que passivement, en utilisant le vent qui les frappe par leur face inférieure et en soutenant ainsi l'oiseau, à la façon d’un cerf-volant. Ignorant cette désignation de Cayley, dont les travaux n'avaient pas encore été publiés en France, je l'avais employée moi-même dans les mêmes termes”, en la justifiant par les mêmes considérations. L'expérience montre, en effet, que dans l’abaissement de l'aile, Le fouet seul subit une torsion par suite de la résistance de l'air, et accroil ainsi l'apparence hélicoïdale que la surface de l’aile

1. Wunsche, Considérations sur le vol (L'Aéronaute, 1884, p. 107). 2. Cayley, L’Aéronaute, 1874, p. 139.

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