CHAPITRE IV
Des plumes de l'oiseau. — Des rémiges, leur force inégale dans les différentes parties de l’aile. — Structure des rémiges; leur classification. — Imbrication des rémiges, leurs mouvements associés automatiquement à ceux du déploiement et du reploiement de l'aile. — Ligaments élastiques
et muscles rotateurs des rémiges. — Des couvertures. — Divisions de l'aile: aile passive et aile active. — Aïle voilière et aile rameuse; rémiges voilières. -— De la queue de l'oiseau et de ses mouvements.
S 42. Des plumes de l'oiseau. — Les plumes sont des annexes de la peau, comme les poils chez les mammifères ; superposées les unes aux autres à la manière des tuiles d’un toit, elles forment à l'oiseau un revêtement qui le protège contre les plus grands abaissements de température. Au milieu des glaces polaires, les Canards gardent une température supérieure à 41° centigrades!: cette chaleur semble indispensable aux muscles pour que Les mouvements du vol aient la rapidité nécessaire
Le sens dans lequel les plumes sont imbriquées est tel, que le vent qui frappe l'oiseau de face ne fait que lisser son plumage et serrer davantage les plumes entre elles. Or l'oiseau, en raison de sa vitesse propre, reçoit presque toujours le vent dans ce sens
S 43. Des rémiges. — Les grandes plumes des ailes ourémiges sont particulièrement intéressantes au point de vue du vol; par leur structure et leurs mouvements, elles constituent l'appareil
4. Martins, Mémoire sur la température des oiseaux palmipèdes du nord de l'Europe. Journal de la Physiologie, 1858.
2. Voir pour les changements de durée des actes musculaires sous l’influence de la température : Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vie, p. 344. Paris, 1868.
essentiel d'adaptation de l’aile à sa fonction. Tant que le dévelop-
pement des rémiges n’est pas complet, les jeunes oiseaux sont incapables de voler et ne quittent pas le nid.
Les rémiges sont rudimentaires chez le Pingouin et réduites à l'apparence d'écailles chez le Manchot qui ne vole pas; elles s'allongent et s'étalent en larges surfaces chez les bons volateurs, d'autant plus fortes et plus grandes qu'elles s’implantent plus près de l’extrémité de l’aile et que, par conséquent, elles se meuvent plus vite et trouvent dans l’air plus de résistance *.
Cette relation entre la force des rémiges et les résistances qu’elles ont à soutenir est un des nombreux exemples de l’adaptation parfaite des organes à leurs fonctions.
Mouillard pense que chez certains oiseaux tels que la Huppe, le Pluvier, le Vanneau, l’Ibis, les rémiges extrêmes sont seules capables de prendre appui sur Pair dans le coup d’aile, les autres étant trop minces et trop faibles pour agir utilement,
Les rémiges les plus fortes sont aussi les plus solidement implantées sur l'aile : celles qui s’attachent au grand doigt sont logées dans des fossettes creusées à l’intérieur de l'os. Au carpe, les attaches sont solides encore, mais plus superficielles ; les rémiges qui se fixent au cubitus n'y adhèrent que par leurs pointes; enfin, du coude au tronc, elles sont flottantes au bord de la membrane alaire postérieure.
S 44. Structure des rémiges. — Considérée isolément, une rémige offre un exemple frappant de la parfaite adaptation d’un organe à sa fonction. La rémige est construite sur le type des autres plumes, mais se caractérise par sa force, par sa grande surface, son élasticité et sa légèreté.
Le tuyau ou canon est un tube de substance cornée qui réunit la force à la légèreté. La section de ce tube n’est point cireulaire, mais correspond à une ellipse dont le grand axe, qui offre la résistance #naxima, est dirigé dans le sens où se produisent les plus grands efforts. Ce tuyau est engagé dans une
1. Bishop. Article Motion (Todd’s Cyclopedia of Anat. and Physiol. 1887)
gaine membraneuse formée d’un repli de la peau doublé de ligaments; ces derniers maintiennent les rémiges à leurs distances respectives et leur impriment des mouvements d'ensemble dont il sera question plus loin.
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Fig. 32. — Une rémige d'oiseau rameur (d’après Prechtl).
A la suite du tuyau, la tige s'étend en s’amincissant jusqu’à l'extrémité de la rémige. Cette tige est courbée en arc dont la concavité regarde en bas eten arrière; elle est formée d’une substance blanche, élastique, renfermée dans un étui corné extrême-
Fig. 33. — Courbure de la rémige, vue de profil (d’après Prechtl).
ment rigide et de forme quadrangulaire. La face inférieure de la tige présente sur toute sa longueur un sillon médian, tandis que la face supérieure ou rachis est convexe. Cette structure donne à la rémige une solidité et une légèreté que nulle autre substance peut-être ne possède à un degré semblable.
Sur les côtés de la tige s’étalent
Fig. 34, — Barbes d’une plume.
les lames, formées de barbes, minces lamelles cornées placées de champ et serrées les unes contre les autres, comme les dents d’un peigne fin.
De chaque barbe se détachent de petites franges ou barbules qui portent à leur tour des villosités microscopiques, les barbelles. Ces aspérités engrenées les unes dans les autres font adhérer entre elles les barbes de la plume. Quand un accident a froissé le plumage de ses ailes, l'oiseau les frotte avec son bec, pour rétablir les adhérences rompues.
Les deux lames d’une rémige ne sont ni symétriques ni égales : j'une est trois ou quatre fois plus large que l’autre. En outre, les barbes de la lame large sont implantées sur la tige sous un angle moins aigu que celles de la lame étroite : la somme de ces deux angles équivaut à 90° environ.
Dans chaque rémige, la large lame est tournée en dedans, c’està-dire du côté de l'axe du corps. Quant à l’ensemble des rémiges, il présente l’imbrication des lames d’un éventail. La première rémige, ou rémige externe, est la plus basse de toutes; sa large lame est recouverte par la courte lame de la deuxième rémige et ainsi de suite. Cette disposition donne à l'intervalle de deux rémiges consécutives l'aspect et surtout la fonction d’une soupape qui souvrirait de haut en bas en livrant passage à l'air, tandis que, de bas en haut, cette soupape se fermerait.
L'aile, dans son ensemble, serait donc perméable à l'air quand
elle s'élève, imperméable quand elle s'abaisse.
Beaucoup d'auteurs ont donné à ce jeu de soupapes un rôle capital dans le mécanisme du vol.
Maurand a développé cette théorie en l’appuyant sur quelques expériences. D'autre part, un grand nombre d’aviateurs ont proposé ou réalisé une disposition analogue dans la construction d’ailes artificielles. On verra plus loin dans quelles circonstances se produisent ces mouvements individuels des rémiges de l'oiseau.
S 45. Classification des rémiges. — Les rémiges sont de trois sortes, suivant le segment de l'aile dont elles font partie.
Les rémiges primaires s'altachent à la main et forment le fouet de l'aile; les secondaires ou cubitales occupent toute la longueur de l’avant-bras et s’implantent sur le bord: externe du cubitus auquel elles laissent ordinairement des empreintes. Sur beaucoup de squelettes d'oiseaux, ces empreintes permettent de déterminer le nombre des rémiges que portait le cubitus.
Enfin les rémiges tertiaires s'échelonnent du coude aux flanes, en s'implantant sur la membrane axillaire.