Audubon, loc. cit., t. II, p
3. Davidson (Scientific American, 27 mars 1871) décrit ainsi le mécanisme du vol à voile. « L'oiseau partant, les ailes étendues, d’un sommet élevé, décrira un cercle complet pour revenir à son point de départ. En air calme, ce mouvement tournant s'accompagne toujours de perte de hauteur, de sorte qu'après un certain nombre de (ours l'oiseau est descendu au niveau du sol. Mais s’il souffle un vent de 5 milles de vitesse à l'heure, dans l’une des moitiés de la circonférence décrite, de À en B parle haut{fig. 161), l'oiseau sera poussé par le vent qui le fera descendre en même temps ; mais dans l’autre moitié BCA, l'oiseau présentant au vent la face inférieure concave de ses ailes perdra de sa vitesse et s'élèvera jusqu’à la fin du demi-cercle parcouru. Répétant ainsi ses mouvements circulaires, gagnant un peu de hauteur à chaque parcours effectué contre le vent et ne perdant rien (sic)
Cette théorie ne satisfait pas entièrement, car on ne comprend pas bien pourquoi l'oiseau ne perd pas, quand il cède au vent, la hauteur qu'il a gagnée en volant contre le vent. Mais la théorie s’éclaire, si l’on tient compte de la masse de l’oiseau et des effets de l’inertie.
S 191. Rôle de l'inertie de l'oiseau. — Tous les auteurs qui se sont occupés du vol à voile, Mouillard, Basté' et d’autres, ont fait jouer un rôle important à la masse du corps ; ils ont mon-
tré que les oiseaux trop légers ne peuvent voler à voile ou volent mal, par les grands vents. Cela tient à ce qu'un oiseau trop léger
dans le parcours sous le vent, grâce à la vitesse de sa translation, l'oiseau monte dans l’air, les ailes immobiles, et peut s’y soutenir un jour entier
Fig. 161. — Projection d’un des orbes d’un oiseau voilier. La flèche rectiligne indique la direction s ] N (s q du vent; l'autre exprime le sens du mouvement.
sans autre effort que celui qu’exige le maintien de ses ailes étendues et la direction du vol suivant un cercle. »
1. Mouillard admet que la masse de l'oiseau emmagasine la force du vent et acquiert une vitesse qui peut être retournée contre le vent lui-même. L'oiseau, quand il à le vent debout, orienterait ses ailes sous un angle convenable pour s'élever.
Pour Basté également (loc. cit., p. 191), plus l'oiseau est pesant, plus il manœuvre aisément au milieu des courants aériens. « Si le Naucler, dit-il, ne pesait comme le moineau que 20 ou 30 grammes, il lui serait très difficile de pratiquer le vol à voile, car la moindre variation du courant aérien ferait osciller son corps. Par suite, les ailes ne pourraient être maintenues sous une inclinaison précise, et le vent, agissant avec force sous ces ailes mal orientées, soulèverait et emporterait le Naucler sans qu'il puisse résister.
prend trop facilement la vitesse du vent, et perd trop facilement sa force vive quand il la retourne contre le vent.
Or, les mouvements de l'air n'existent plus pour les objets que le vent entraîne. L’aéronaute, dans son ballon, emporté par une violente tempête, n’éprouve pas le plus léger souffle d'air. Le cerf-volant dont on coupe la corde cède au vent, n’est plus soutenu et tombe à terre. L'oiseau qui aurait acquis toute la vitesse du vent tomberait comme en air calme.
De mème que dans le mécanisme du cerf-volant ($ 177), il ne faut donc tenir compte, dans celui du vol à voile, que de la vitesse du vent par rapport à l’oiseau; les déplacements de l'air par rapport au sol sont tout à fait insignifiants ”.
Or, l’inertie de la masse d’un oiseau produit des effets assimilables à ceux de la corde d’un cerf-volant. L'oiseau résiste à l'entraînement par son inertie; ce n’est que graduellement, et par un mouvement uniformément accéléré, qu'un vent de force constante pourra lui communiquer sa propre vitesse. Si l’on se souvient que, par la forme de son corps ($ 135) et par l’angle très aigu sous lequel son aile se présente au vent ($ 139), l'oiseau donne fort peu de prise à l'entrainement, on comprendra que l'effort du vent, presque tout entier, ait pour effet de soulever l'oiseau et que celui-ci puisse, pendant quelque temps, monter en n’éprouvant qu’un entrainement insensible.
S 192. Influence des intermittences du vent. — Considérons un oiseau immobile dans l’espace au point a (fig. 162), et supposons qu'à ce moment une forte brise vienne à souffler. Si l’aile fait un angle très faible avec la direction du vent, la composante verticale prédominant beaucoup sur la composante horizontale, l'oiseau s'élèvera en subissant un entraînement très faible, mais accéléré, qui le portera en 4. L’ascension sera d'abord accélérée, comme l'indique l’écartement croissant des positions successives de l'aile; puis cette ascension se ralentira,
4. Dans ses belles études sur la direction des aérostats, M. le commandant Renard a développé, d’une facon remarquable, des considérations de cet ordre. (Revue de l'Aéronautique, de H. Hervé, n° 1, 1887.)
à mesure que l'entraînement de l'oiseau diminuera la vitesse relative du vent.
Admettons que le vent cesse quand l'oiseau sera en b ; en donnant à ses ailes une légère inclinaison en dessous de l'horizon (5 degrés d’après Bretonnière, $ 182), l'oiseau pourra glisser sur l’air et se porter en avant, sous un angle de 10°, c’est-à-dire gagner plus de chemin que l'entraînement par le vent ne lui en a fait perdre tout à l'heure ; il arrivera ainsi en 4’. À ce moment, que le vent souffle de nouveau, l'oiseau recommencera à monter: mais, cette fois, comme il possède une certaine vitesse, sa force
Fig. 162. — Montrant théoriquement les déplacements d'un oïseau soulevé par des rafales intermittentes et glissant sur l'air, dans l'intervalle des coups de vent. La coupe de l'aile est figurée par une ligne plus ou moins inelinée sur l'horizon.
vive ne s'éteindra pas tout de suite : il progressera donc pendant les premiers instants de sa remontée, et de plus, en raison de sa vitesse propre qui s'ajoute à celle du vent, il s'élèvera plus vite qu'il ne l’a fait en partant du point a, car alors nous l’avions supposé immobile. Avec des intermittences du vent convenablement espacées, l'oiseau pourrait done progresser indéfiniment contre le vent.
Dans une lettre encore inédite qu'il m'a fait l'honneur de
m'adresser, À. Bazin propose une ingénieuse manière de repré-
senter ce phénomène. Dans l'acte de la ressource, l'oiseau glisse sur l'air, comme ces chariots lancés sur les montagnes russes et qui, en raison de leur vitesse acquise dans la descente, remontent une autre rampe, mais sans pouvoir s'élever à la hauteur de leur
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