Basté, loc. cit., p
$ 195. Observations et calculs de Basté sur le vol à voile. — Après avoir décritles diverses évolutions des oiseaux voiliers qu'il a étudiés avec une attention soutenue, pendant plusieurs années, Basté cherche à expliquer mathématiquement les différents types de ce vol: ceux-là même dont on a vu des exemples au chapitrel°”", sous les noms de planement circulaire avec entrainement, planement elliptique sans entrainement, vol stationnaire, etc. ".
La connaissance de la pression produite par les vents de différentes vitesses, et celle de la décomposition de cette pression pour les divers inclinaisons de l’aile, sont les données suffisantes pour ces calculs.
L'auteur admet, avec de Louvrié et Pénaud, que, pour l'oiseau qui oriente ses ailes au vent sous un très petit angle: de 4° à 7. la poussée de l’air a pour valeur P—Ssin a (p. V?). Dans cette formule, S est la superficie totale des ailes en centimètres carrés ; a l'angle que font les ailes avec la direction du vent: p la pression d’un vent d'un mètre de vitesse sur une surface d’un mètre carré frappée normalement (soit 0%,1353 décig.); V la vitesse du vent en mètre, par seconde ?.
Avec cette formule, Basté traite, comme un problème de mécanique ordinaire, l'interprétation des différentes manœuvres du vol à voile que l’observation lui a permis de constater.
Voici l’un de ces problèmes : « Par un vent très fort, d'une vitesse de 20 mètres à la seconde, une Mouette du poids de 295 grammes effectue une ascension directe. Quelle a dû être la pression du courant aérien sous les aïles de cet oiseau. la superficie totale de ses ailes étant de 0,0960 centimètres carrés et leur inclinaison 5°? » Le calcul * montre à Basté qu'avec des ailes ainsi inclinées, l'oiseau serait soulevé par une force de 0,452,
1. On trouve aussi de remarquables vues sur le vol à voile dans un Mémoire inédit de Bazin, et dans le travail de Bretonnière (loc. cit.)
2. Pour les angles plus grands, l'oiseau subit un entrainement sensible et la vitesse relative du vent ne se confond plus avec la vitesse absolue.
Dans ce cas, P—Ssinap(V—{(vsina).
3. P—0,0960 X 0,0871557 X (0,1353 X 400) d'où P—0%,452 grammes.
Marey. — Vol des oiseaux. 21
très supérieure à son poids. La Mouette n’a donc besoin, pour rester soutenue, que d'orienter son aile sous un angle de 3°30'.
Le problème suivant est traité de la même manière : « Par bonne brise (9 mètres à la seconde), un Faucon se maintient dans l’espace sans battement d'ailes ; le poids de l'oiseau étant 2085,76, sa surface alaire 1,188 centimètres carrés et l’inclinaison des ailes 42°; quelle est la pression de la brise sous les ailes? »
Le calcul donne P — 0*,274, supérieure au poids de l'oiseau”.
Il faut noter que, dans tous ses calculs, Basté adopte, pour valeur de la résistance de l'air et de la décomposition de cette résistance, les nombres trouvés par les physiciens en opérant sur des plans minces et rigides; or, tout porte à croire que, par sa forme et par son élasticité, l’aile présente des conditions plus favorables encore à la sustension de l'oiseau *.
Ces calculs de Basté ne sauraient s'appliquer rigoureusement qu'à des instants fort courts du vol à voile, puisque le corps de l'oiseau subit un entraînement accéléré qui diminue la vitesse du vent relatif et change les conditions du vol. On à vu comment l'oiseau échappe à cet entraînement, soit par des changements de direction comme dans le vol en orbes, soit par des glissements descendants.
$ 196. Plan d'expériences à faire pour éclairer le mécanisme du vol à voile. — Si les calculs ci-dessus rapportés montrent que Le vol à voile n’est pas, comme on le prétendait autrefois, une absurdité mécanique, il n'en est pas moins vrai quils ne
paraissent pas expliquer complètement les manœuvres de l’oi-
1. Dans les conditions du problème, dit Basté, l'angle formé par les ailes avec la direction de la brise étant assez ouvert, le planement sera par conséquent accompagné d'entrainement dans le sens du courant aérien. On doit donc, dans ce cas, appliquer une autre formule qui donne la vitesse du vent relatif et dans laquelle
P—0,1188 X 0,2079417 X 0,1353 X (9—0,20791 172)2—0%,274 grammes.
2, De Louvrié (L'Aéronaute, janvier 1888, p. 40) admet même que, pour de petits angles, la force qui soulève l'aile de l'oiseau est proportionnelle à sine et non au sinus simple de a. La sustension de l'oiseau s'obtiendrait donc encore plus facilement que ne l’admet Basté.