‹ Physiologie du mouvement. vol des oiseauxChapitre 52 sur 123 · DIMENSIONS DE L'ESPACE · texte numérisé non relu

DIMENSIONS DE L'ESPACE

Insuffisance des images projetées sur un seul plan, pour exprimer les diverses attitudes de Toiseau. — Dispositions que Ton doit prendre, pour photographier à la fois trois séries d'images projetées sur trois plans différents. — Tableau synoptique des attitudes successives d'un oiseau, projetées sur trois plans. — Figures en relief des attitudes d'un Goéland construites d'après les trois séries de projections. — Images photochronographiques de l'oiseau recueillies sous des incidences variées. — Images en relief des attitudes successives d'un Pigeon, pendant un battement d'ailes. — Adaptation des figures en relief au zootrope. — Les mouvements de l'oiseau peuvent être exactement déterminés par les méthodes actuelles de la physiologie expérimentale. — Résumé des principaux faits que l'expérimentation a révélés relativement à la nature des mouvements du vol ramé.

§ 105. Insuffisance des images projetées sur un seul plan, pour exprimer les diverses attitudes de Foiseau. — I^es figures données par la photochronographie no montrent pas la véritable trajectoire de Taile de Toiseau, mais la projection de cette trajectoire sur un plan vertical. C'est, en quelque sorte, une vue perspective des mouvements de Taile, dont Taxe est toujours plus ou moins obliquement dirigé vers l'observateur, parfois même tout à fait en raccourci.

On aurait une idée moins imparfaite des véritables attitudes de Taile si Ton prenait à la fois deux séries d'images stéréoscopiques*, mais ces photographies, tout intéressantes qu'elles seraient, puisqu'elles donneraient la sensation du relief pour les

i. Je viens de faire construire, à cet effet, un instrument spécial.

16>l Lt V(ii. liliS OtStAUX.

différuntes phast-:^ ilii coup ilailc, se prtMciiiiciil mal à dus i

sufes [iri-cises.

J'ui cru mieux (iiire, en preDiint ù la fuis liuis siirice d'images J iliuiti lcst]uellcs les altitudes de l'oiseau, projetées sur trois ploos T diffère 11 Is, permetlraicnl do conslniire la Irajectoirc d'un point ] ({H cl conque suivant U'^ Irois iliincnsinns de l'espucc',

t; 106. Dispositions que l'on doit prendre pour photographier ] à la fois trois séries d'images projetées sur trois plans dîffé-

rbronagtaphlqnM, poafV

rents. — Cherchons d'abord à préciser les conditions idéales de | cette expérience.

L'oiseau volant en pleine lumière, il faudrait braquer sur lui J trois appareils photoehronographiques (fig. 98), semblables J

^. Les projections photochronographiques de l'oiseau sur un plan verlUj cal parallèle k l'axe du vol, c'est-à-dire telles qo'on tes a vues dans leq ll(|ures précédentes, sont toutefoiA siifllaanles pour montrer les déplune ments du corps produits piu' l'action symétrique îles ailes, ses oscillations^l ses ucci^érntions et ses rutentissemenls; or ce sont les indications lesshisl importantes pour le problème dynamique du vol,

MOUVEMENTS SUIVANT LES TROIS DIMENSIONS. i69

entre eux et bien réglés, de manière à donner le même nombre d'images dans le même temps. Bien plus, le synchronisme devrait être établi entre les appareils, de sorte que, dans tous trois, les images se formassent au même instant. Enfin trois champs obscurs seraient disposés de telle façon que Toiseau, vu simultanément de trois points différents, se projetterait sur chacun de ces champs. Un. dispositif électro -magnétique ouvrirait et fermerait simultanément les trois appareils photochronographiques.

Ainsi, outre llnstrument, avec son champ obscur, qui a servi aux expériences déjà décrites, il en faudrait deux autres, avec leurs champs respectifs. Un de ces nouveaux appareils serait suspendu à une quinzaine de mètres dé hauteur, pour prendre des images de l'oiseau vu d'en haut, tandis que le champ obscur correspondant à cet appareil serait formé par une tranchée profonde, creusée dans le sol et noircie intérieui*emeQt, de telle sorte qu'elle ne pût recevoir ni émettre aucune lumière.

Le troisième appareil photochronographique serait braqué en avant de l'oiseau, sur le prolongement de l'axe du vol ; il occuperait doAc l'une des extrémités de la tranchée, tandis qu'à l'autre extrémité, un hangar profond, noirci intérieurement, constituerait le troisième champ obscur. Ce hangar serait donc orienté à angle droit avec celui qui a servi aux précédentes expériences.

Comme Tinstallation qui vient d'être décrite présentait certaines difficultés matérielles, j'ai dû me contenter d'une disposition plus simple, mais nécessairement moins parfaite. En procédant joar expériences successives j j'ai recueilli trois séries d'images photochronographiques :

1** Une série projetée sur un plan \eri\ciil parallèle à l'axe du vol, comme dans les figures déjà connues;

2° Une série projetée sur un plan vertical à peu près perpendiculaire à Vaxe du vol comme dans la figure 99*.

1. On n'a pas pris les images tout à fait perpendiculairement à Taxe du vol, dans la figure 99, afin d'éviter la confusion qui se produit lorsque ces

' A cet eflet, on a porté II- fîo^laritl au [otul ilii liaii^'iir olisciir. d'oïl oa l'a litissti s'envoler. Dès qiiu l'oismu eiinji-gca dans la IttmiÈi'G, ou en prit les [diotogniphios. Celle exptiriunce, maiiites fois répétée, a fourni àca séries d images dans lesquelles la dii-ectioit du vol a beaucoup varié suivant les caprices do l'oiseau. Ces images, clivt'rsement orientées, sont fort inslructivesà étudier; elles se complètent l'une par l'autre et dûnuiïiii, sur les mouvements des ailes, tuus les enseig^ieinents iju'on peut souhaiter.

3" Pour obtenir la troisième série d'images, celle qui mon! les mouvements de l'oiseau projetés sur un plan horizontal, l'appareil pholoclironographïque devrait dominer d'une douzaine de mètres le plan dans lequel volait l'oiseau. Voici Iii disposition que j'ai adoploc.

Quatre hautes poutres de sapin, profondément lichécs en terre et solidement assemblées entre elles, forment une ciiarpente i pyramidale de ii mètres de hauteur, praticable intérieurement-fl au moyen d'échelles. Sur cette charpente, un plancher horïzontaleuient suspendu h. 12 mètres au-dessus du sol porte l'ap- j

iiuinjea se i-ecouvrejil. Dans duulrcs cas, pour recueillir une siïrj

({eiire, j'ai l'ucouru, avec beaucoup d'uvanUgu, au inoyeii pn^cMtmmentdé- J

iTit g p6, pour dissocier lus mouvements qui se font sur place.

pareil photochroaographique, avec l'objectif tourné on bas. Ënlin, ponr former en dessous un fond obscur, une baude àe velours noir est étendue sur le sol. Cette bande ail mètres de long sur â'iSO de lai^, et des écrans verticaux projettent leur ombre sur le noir du velours. Ce champ obscur, bien imparfait

, rigt.lOt^— Idw^

ifea baal (luimagei pu MCODda).

sans doute, fut à peu près suffisant pour donner des images lisibles. J'dn tirai un décalque (fig. 100) qui montre assez clairement la manière dont l'aile s'étend et se resserre aux différentes phases de son battement.

La grande fréquence des éclairements et l'imperfection du champ obscur sont, dans ce cas, les causes de l'imparfaite netteté des images; en diminuant le nombre des fenêtres on a déjà des figures meilleures (fig. fOI), mais des renseignements moins complets '.

Il s'agit maintenant du combiner entre elles ces trois séries

I. I^ ligure toi montre il quel point les actes de vol peuvent quelquerois être asymétriques; le corps, le co j, les uiles de l'oiseau s'y présentent avec les torsions les plus variées. Je me hdte d'iijoutcr iiue cette asymétrie si prononcée est exceptionnelle.

d'images, de mauiérf à montrer l'altitude du l'oiseau rapportée, à chaque iiislant, aux trois dimensions de l'espace. Le tableau de la ligure 102 montre ces ; trots sortes de projections groupées de façon à en fairo saisir les concordiinces.

E; 107. Tableau synoptique des attitudes sucessives d'un oiseau, projetées sur trois plans différents. — La série A moiitiv 10 imagos du Goéland en projection sur un plan horizontal ; lu série B représente les mêmes altitudes de l'oiseau projetées sur un plun vertical parallèle à l'axe du vol ; enfin la série U est formée par la projection de ces altitudes sur un plan vertical oblique par nipport à l'asc du vol.

Le lecteur reconnaît sans doute aisément tes imogea des séries A et lî rospcelivenient empruntées aux figures JOO et 78; mais les images i d'une même série ont été|^us écartées les unes des autres, afin de ies rendre plus distinctes. L'espace réellement parcouru par l'oiseau était six fois moindre que celui qui existe, dans le tableau 102, entre deux attitudes consécutives. Toutefois, la valeur relative des espaces parcourus est conser\'ée, de façon qu'on puisse

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juger, d'après l'écartement ou le rapprochement des images, de raccélératîon ou du ralentissement qui se produit aux difTérentes phases du coup d'aile.

Les lignes verticales et numérotées qui réunissent les images des trois séries ont pour but de guider Tœil dans l'appréciation du synchronisme entre ces images.

Ce tableau n'a pas besoin d'être longuement commenté : le lecteur peut se rendre compte de la véritable position de l'aile à chaque instant, en examinant les figures qui expriment cette attitude sous trois aspects différents.

Chacune des trois séries porte dix images prises à des intervalles de temps égaux et représentant, dans leur ensemble, le cycle des mouvements qui se produisent à chaque coup d'aile. On a choisi arbitrairement, pour début de la période, l'instant où l'oiseau, vu d'en haut (série A), présente la plus large envergure*; à ce premier instant, l'aile est à peu près au milieu de sa phase d'abaissement et horizontalement tendue (série B) ; à ce moment aussi, le mouvement est si rapide que la résistance de l'air soulève la pointe des rémiges (série C).

Dans les images suivantes, l'abaissement de l'aile se continue et le carpe se porte de plus en plus en avant, jusqu'au moment où la remontée commence (ligne 4) ; le carpe se fléchit alors et les rémiges pendent verticalement. La flexion du coude, qui s'opère en même temps, diminue encore l'envergure de l'oiseau, de sorte que les ailes se serrent contre le corps pendant les premiers temps de leur remontée (jusqu'à la sixième ligne). A partir de cet instant, le déploiement de l'aile commence ; le coude et le carpe s'étendent à la fois, jusqu'au déploiement

1. La série A ne donne vraisemblablement pas la mesure exacte de Tenvergure de Toiseau. En effet, l'aile du Goéland se termine, dans la plupart des images, par des contours arrondis qui appartiennent à des plumes tectrices et non aux rémiges primaires dont la pointe est plus effilée. Mais Toiseau qui a servi dans ces expériences avait les rémiges <le couleur un peu foncée; elles n'ont pas donné leur image sur le fond imparfaitement obscur dont je disposais.

complet (neuvième ligne). Alors l'aile va s'abaisser de nouveau**

Dans la série A, une courbe ponctuée montre que la projection des mouvements du carpe sur un plan horizontal présente, par rapport à l'axe du vol, son écart maximum sur la ligne i, c'est-» à-dire au milieu de l'abaissement de Taile ; tandis que le mi-* inmum d'écart de cette courbe correspond au commencement de la remontée, c'est-à-dire aux lignes 3 et 6.

Dans les séries B et C, la courbe des déplacements du carpe, projetée sur un plan vertical, oscille autour de l'axe du vol qu'elle coupe deux fois pendant la révolution de l'aile. Ces intersections coïncident avec les mdxima et les minima d'écart de la courbe des mouvements du carpe en projection horizontale.

En combinant entre elles ces trajectoires projetées sur trois plans perpendiculaires entre eux, on déterminera les déplacements successifs du carpe, suivant les trois dimensions de l'espace. La courbe résultante ne saurait être exprimée que par les inflexions d'une tige solide^.

La même nécessité s'imposant pour tous les points de Taile dont on veut déterminer la trajectoire dans l'espace, il s'ensuit que l'impression complète des mouvements du vol ne peut être donnée que par une figure solide. C'est ce qui m'a conduit à recourir au modelage, pour représenter par des figures en relief les attitudes successives de l'oiseau.

§ 108. Figures en relief des attitudes d'un Goéland, construites d'après trois séries de projections. — Pour rendre plus

1. Comme l'insuffisance de mon installation ne m'a pas permis de recueillir simultanément lesphotochronographies sur trois plans perpendiculaires entre eux, on ne doit pas s'attendre à recontrer une parfaite concordance entre les trois images qui portent le même numéro d'ordre. Toutefois l'imperfection doit être assez légère, car si Ton réunit par des lignes ponctuées dans chaque série les positions successives de l'articulation radiocarpienne,la courbe résultante présente, dans les trois séries, des inflexions assez régulières (fig. 102).

2. C'est à ce procédé que Carlet a recouru pour représenter la trajectoire du pubis et celle du grand Irochanter d'un homme qui marche ou qui court.

t76 lE VOL UES 01&EAUS.

facilement intelligiblos les altitudes successives du vol, jen ai modelé Ivs images en relief. Clitteiine do ces liguriiios reprtîsenle l'oiseau dans la position f{u'il avait, à chacun dos iiistunt^ où il a été photographié, c'est-à-dire à des intervalles de temps do 1/^de seconde. Ces maquettes, modelées d'abord en cire, ont été ensuite coulées en bronze par le procédé dit « cire perdue. En les disposant en série, suivant l'ordre dans lequel se succèdent les mouvements, on obtient l'aspect représenté fig. 10<). Chaque image représente l'attitude de l'oiseau pendant la courte durée de l'éclaifement qui a impressionné la plaque, c'est-Ii-dirc eai ron pendant 0,0003 de seconde.

Cette série forme un cycle complet, embrassant toutoB phases d'un battement des ailes, depuis le moment où, complètement étendues et élevées à leur maximum, elles s'apprêtent à s'abaisser, jusqu'à celui oii elles ont achevé leur remontéi et vont revenir à leur position initiale.

Il faut noter que si les altitudes successives sont exacteraeni

représentées dans la ligure 103, entant que position des ailes par ra'pport au corps ; il n'en est pas de même des positions du corps do l'oiseau dans l'espace. En effet, un Goéland, qui vole avec une vitesse de 8 mètres au moment de l'essor, no parcourt pas entre deux éclairements, c'est-à-dire en l/oO de seconde, la longueur de son corps, qui est de 40 centimètres environ ; il en parcourt environ les,i;, de sorte qiiesesimages su superposent parlicllemont sur la glace sensible. Dans une représentation en relief des véritables attitudes de l'oiseau, les images doivent s'euire-péné-

MOUVKMBHTS KJÏVANT LESTHOlS DIMENSIONS, trer, comme cela se voit dans une autre série qui ac-tL^ également Coulije en bronze et dont la figure 1 04 montre l'aspect gfSnt'ral,

Cette derni(>re repri^seutation de l'oiseau donne une très bonne idée de la nature de ses mouvements. On peut retourner cette pièce solide dans tous les sens, l'examiner sous toutes ses faces, et acquérir, en quelques instants, plus de notions sur la cinématique du vol que n'en donne l'inspection d'images plane;^. La figure 104 ne donne nécessairement qu'une idée imparfaite du modèle en relief; celui-ci est déposé dans les collections de la tation physiologique.

[ On voit, dans les premières images en relief, que l'aile qui

Gorlinil duii Inpuc

laU trti npfiroch^ il'

tbaîsse se porte en avant et qu'elle étreint, pour ainsi dire, l'air nus les Hancs et le long du corps de l'oiseau. Pendant toute jette phase d'abaissement, l'aile est déployée, les articulartions du coude et du carpe sont ouvertes. A la septième image, ^la flexion du coude et celle du carpe se produisent soudainement, par des actes solidaires dont le mécanisme a été indiqué §38; l'aile remonte alors, fléchie, et les rémiges pendent verti- ^^. calement. Le déploiement de l'aile s'clleclue à la dixième image, ^^ko'est-à-dire k la fln de la remontée.

^^W II ne faut pus chercher dans ces ligures une fidélité parfaite ^^1 MinEï. - Vol J<!» ojaeaux. 12

au point (ie vue des détails, mais seulement la vêrilé des attituties, la vilosse angulaire de l'aile, ses changements d'ioçli najson, ses torsions sous l'induence de la résistance de l'air.

Toutes ces notions auront une importance extrême, quanti devra établir la llii^orie nii;canif[ue du coup d'aile.

5 109. Images photocbronographiques deToiseau, recueillies sous des incidences variées. — Ue môme que pour le Troéland,

clina^

j'ai pris, sur le Pigeon, des séries d'épreuves recueillies sons des incidences différentes. Les images ainsi obtenues présentaient

parfois des aspects imprévus. Ainsi, les altitudes duPigeon, projetées sur le plan horizontal (fig. lOo et 106), c'est-à-dire photographiées du haut du pylône § 106 présentent des aspects étranges, que Ton n'eût certainement pas prévus à l'inspection des images prises de côté.

On en jugera par la figure 107 où la même lettre désigne les deux projections, verticale et horizontale, d'une même attitude. Assurément, la figure «, vue en projection verticale, montre bien que les ailes du Pigeon sont fortement portées en avant, mais elle ne saurait faire comprendre jus-

Fig. 107. — Trois attitudes du Pigeon projetées diversement. — a, projection verticale à la fin de l'abaissement de l'aile ; a\ projection horizontale au même instant. — 6, projection verticale du début de la remontée de l'aile ; h\ même instant en projection horizontale. — c, élévation de l'aile projetée verticalement ; c*, projetée horizontalement.

qu'à quel point leurs extrémités se rapprochent; ce détail se voit très bien au contraire sur la figure a', projetée horizontalement.

En ô, au moment où l'aile se reploie, son extrémité se porte en dehors par une flexion très prononcée de l'articulation carpienne ; cela ne se voit guère sur la projection verticale, mais ce mouvement est très frappant au contraire sur la projection horizontale b\

Enfin la figure c, qui montre la relevée des ailes, ne permet pas de juger que leurs faces dorsales arrivent au contact, ce qui se voit bien en c\

§ 110. Images en relief des attitudes d'un Pigeon, pendant

un battement d'ailes. — Avec les documents fournis par les I pholochronographies, j'ai fait, pour le Pigeon, comme pour lai Goéland, une série de Hgures en relief. On voit (fig. 108) deux 1 attitudes successives de l'oiseau pendant la durée d'un coup d'aile.

Le Pigeon a le battement bref, environ 1/i) de seconde, aussi a-t-il fallu multiplier le nombre des images, c'est-ÉL-dire 1 rapprocber beaucoup les éclairements successifs, pour saisit I la séria des pbascs du mouvement. L'intervalle entre deux atti'l tu desconsécutives sur ces figures en relief n'est guère que de 1/100 I de seconde.

S 111- Adaptation des figures en relief au zootrope. — Pour \ tirer de ces figures en relieTtout le parlî possible, relativement | à l'analyse des inouvenn-nls du vul. il f.iliuil les i^xamîncr avec

l'appareil de Plateau, comme on a fait S 104i pour les figures J planes représentant les phases successives d'un coup d'nile. Une mojilicntion du plu-niikisliscope connue sous le nom de |

MOUVEMENTS SL'lVA?fT LES TROIS DIMENSIONS. 181

zoQlrope^ et fort répandue depuis quelques année» se prêtait très bien à cet usage.

Dix inijiiifs mi rcliuf du GoiMand furent disposées (lig. 109} à

l'inltTieur du /.oiilropo. L'iusintiiient, une fois mis

ment, donna l'illusion parfiiite il'uiie suite lie Goélands volant,

les uns derrière les autres, suivant un cercle fermé.

Lavnntage fri's grand des ligures en relief, c'est qu'elles

1. Le îoolrope a la forroe d'un cylindre large et peu élevé tournant autour de son axe. A l'intérieur, est étalée une bande de papier, sur laquelle sont tracées les figures représentant les phases successives d'un iiiauvemenl. Des fentes, dont le nombre ililTâre plus ou moins de celui de& ligures S 101, sont percées dans les parois du cylindre. C'est par ces fentes ({u'on aperçoit la succession des images et qu'on reçoit l'illusion du mouvement.

Les ligures en relief de l'oisenu, portées sur des pieds métalliques implantés dans la buse du cylindre, furent disposées en série tout autour de l'aie central. Le cylindre avait environ "0 centimètres de diamètre ; il était mis en mouvement h \i\ main. Je me propose d'adopter une disposilhn mécanique bien plus commode, introduite par M. Ottomar Ansclnilz.

permettent de voir l'oiseau sous toutes les incidences possibles. En effet, grâce à Tarrangement circulaire des figurines, chacune se présente à Tobservateur sous des aspects successifs différents. Quand on suit le sens de sa translation apparente, le Goéland est vu d'abord par Tarrière ; puis il se présente de plus en plus obliquement, passe en plein travers et revient enfin sur l'observateur. De sorte que, suivant la partie du circuit sur laquelle on fixe son attention, on voit l'oiseau qui fuit, qui passe ou qui s'approche : sous ces trois aspects, on peut étudier à loisir les mouvements des ailes, et en ralentir à son gré la vitesse, en ralentissant plus ou moins la rotation du zootrope.

En plaçant successivement, dans l'instrument, les figures du Goéland et celles du Pigeon, j'ai pu comparer entre eux ces deux types de vol, et j'ai noté que, derrière certaines dissemblances apparentes, ils offraient de profondes analogies ^

§ 112. Les mouvements de Taile de l'oiseau peuvent être exactement déterminés par les méthodes actuelles de la physiologie expérimentale. — Celte revue sommaire des ressources dont on dispose pour analyser les mouvements suffira sans doute pour montrer que, dans les actes si complexes et si rapides du vol, il n'y a rien cependant qui défie la puissance des nouvelles méthodes. On peut déjà tout connaître et tout mesurer dans les actes cinémaliques du coup d'aile ; or les méthodes qui servent à analyser les mouvements se perfectionneront sans doute beaucoup dans l'avenir, et donneront à la mécanique animale une base expérimentale aussi solide que celle sur laquelle s'appuie la mécanique ordinaire. Celle-ci est fondée tout entière sur la connaissance des masses, des vitesses et des directions du mouvement.

1. Comme les images du Pigeon sont au nombre de 11 et celles du Goéland de 10 seulement, le même nombre de fenêtres ne convient pas pour étudier ces deux séries d'images. Des bandes de zinc circulaires, portant des fenêtres en nombre variable, peuvent se substituer les unes aux autres, de sorte qu'on prend celle à 10 fenêtres pour le Pigeon, celle de 9 pour le Goéland, etc.

Que manquait-il donc autrefois pour que les mouvements des êtres vivants fussent aussi bien connus que ceux des astres, ou ceux des masses inertes qui se meuvent dans nos machines industrielles? Ce qui manquait surtout, c'était la connaissance parfaite des positions que chaque partie du corps présente à des instants bien déterminés, parce que notre œil est incapable de suivre des mouvements trop rapides. La photochronographie a comblé cette lacune.

Les perfectionnements ultérieurs qui devront être apportés à cette méthode sont de Tordre de ceux que les appareils astronomiques ont reçus et grâce auxquels les mesures de temps et d'espace sont devenues si parfaites. Une petite inégalité dans la division d'un disque fenêtre, un léger défaut dans l'uniformité de la rotation de ce disque, peuvent entraîner une erreur dans l'estimation de la vitesse d'un mouvement par la photochronographie; mais ces imperfections sont bien faibles, et j'ai apporté tous mes soins à les éviter.

Une cause d'erreur plus importante réside dans la difficulté d'apprécier exactement, d'après la position d'images successives sur la plaque photochronographique, les positions que l'objet représenté occupait réellement dans l'espace. C'est sur ce point qu'il reste encore certains progrès à réaliser. Ces progrès consisteront surtout dans la construction d'instruments plus parfaits mais aussi beaucoup plus coûteux*.

i. Avec les objectifs photographiques du commerce, si l'on veut avoir des images fortement éclairées, ce qui est nécessaire pour les courtes poses de 1/1000 de seconde et au-dessous, il faut recourir aux courts foyers. Dès lors, les images, étant fort petites, doivent être soumises à des agrandissements considérables, mais les agrandissements risquent de déformer les images, et en donnant une grande importance au grain de la gélatine, rendent incertains les contours, ainsi que la position des points de repère. Or, quelques millimètres d'erreur dans la position de ces points altèrent beaucoup l'estimation des vitesses de l'oiseau.

Si, pour avoir des images plus grandes, on rapproche l'appareil photographique de l'objet en mouvement, les indications sont faussées par les déplacements parallactiques. Soit en effet (fig. 110) l'appareil photographique, situé à une courte distance du lieu où passe l'oiseau, celui-ci

§ 113. Résumé des principaux faits que rexpérimentation a dévoilés relativement à la nature des mouvements du vol ramé. — Avec les différentes méthodes ci-dessus exposées, on peut déterminer les actes cinématiques du vol, c'est-à-dire les mouvements des différentes parties de Toiseau les unes par rapport aux autres et les mouvements de Toiseau lui-même dans l'espace.

apparaîtra sous des incidences différentes aux divers lieux de son passage : il sera d'abord vu obliquement, de telle sorte que sa tète sera visible et sa queue cachée; plus loin, il sera vu exactement de profil; à la fin, on le verra de nouveau obliquement, mais par l'arrière. Ces effets, dus à la perspective, diminuent à mesure qu'on place Tappareil

Fiar. ItO. — Influence des distances de l'appareil et de l'objet en mouvcnicut, sur la position

apparente des images.

plus loin de l'objet et que les rayons qui vont de l'un à l'autre tendent de plus en plus à devenir parallèles entre eux. Il faut nécessairement, pour obtenir des images aussi parfaites que possible, employer un objectif à long foyer et à grande ouverture ; on pourra ainsi opérer de loin et avoir cependant de grandes images puissamment éclairées.

La photochronographie exigerait donc, comme la photographie steUaire, des appareils spéciaux d'une grande puissance : l'insuffisance de ressources matérielles m'a seule empêché jusqu'ici de les faire construire.

Les figures, planes ou solides, que donne la méthode graphique, contiennent la meilleure définition de ces mouvements ; c'est sur elles seulement que Ton peut s'exercer avec fruit à formuler une théorie mécanique du vol. Toutefois, pour résumer les. connaissances acquises par Texpérience, j'essayerai de résumer en quelques propositions les faits principaux que Texpérimentation a révélés.

1® L'abaissement des ailes soulève légèrement le corps de l'oiseau et accroît sa vitesse de translation horizontale; tandis que, pendant l'élévation des ailes, l'oiseau est soutenu, parfois même légèrement soulevé, mais avec diminution de sa vitesse de translation horizontale.

2* L'aile décrit, par sa pointe, une trajectoire de forme elliptique, dont le grand axe est oblique en bas et en avant.

3** Le sens du mouvement sur cette trajectoire est tel, que l'aile se porte en avant pendant la phase descendante, en arrière pendant la remontée.

4" L'aile qui s'abaisse est étendue, et se rapproche de la forme plane : la résistance de l'air, soulevant l'extrémité des rémiges, en eff'ace à peu près complètement la courbure, qui est naturellement concave en dessous.

5° Dans sa remontée, l'aile incline sa surface par rapport à l'axe du vol, de telle sorte que sa face inférieure regarde un peu en avant.

6° La durée de l'abaissement de l'aile est, en général, un peu plus longue que celle de la remontée.

7* Au moment de l'essor, l'aile n'est rigide que pendant son abaissement ; elle est en partie reployée pendant la remontée. Ces reploiements deviennent de moins en moins prononcés, chez les grands oiseaux, à mesure que le vol s'accélère.

8° A l'essor, la remontée de l'aile s'accompagne de rotation des rémiges sur leur axe longitudinal. Ces rémiges fendent l'air individuellement par leur tranche, laissant entre elles des intervalles par lesquels l'air passe librement.

Tels sont les faits bien établis qui peuvent déjà servir de base à rinterprétation mécanique du coup d'aile.

Ils permettent, en effet, de mesurer les forces qui sont en jeu dans le vol des oiseaux, d'apprécier les résistances que Tair présente à Taile sous différentes incidences; enfin, de mesurer le travail mécanique dépensé par Toiseau pour se soutenir et se transporter dans Tair.

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