‹ Physiologie du mouvement. vol des oiseauxChapitre 7 sur 123 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

a été fait pour la fonction de presque toutes les machines. Mais les essais qui ont été tentés jusqu'ici, pour donner une théorie mathématique du vol, étaient prématurés. En effet, tout calcul, sous peine de conduire à des résultats erronés, doit être basé sur des données précises, empruntées à l'observation ou à Texpérience; or ces éléments faisant presque entièrement défaut en ce qui concerne le vol des oiseaux, on doit considérer les calculs faits jusqu'ici comme très peu dignes de confiance. Cette opinion est d'ailleurs celle de mathématiciens très autorisés.

Il est môme probable que pendant longtemps encore cette question, comme la plupart des problèmes que poursuivent les physiologistes, s'éclairera surtout par l'expérimentation. Supposons, en effet, les mouvements de l'oiseau parfaitement connus; nous ne posséderons encore que la cinématique du vol, mais l'explication mécanique de ces mouvements exigera en outre une parfaite connaissance de la résistance que les ailes rencontrent dans l'air. Or les recherches des physiciens sur la résistance de l'air n'ont encore été faites que dans des conditions très simples; elles ont porté sur des plans minces, rigides, de formes géométriques bien définies : ces plans étaient toujours orientés de la même manière, par rapport à la direction de leur mouvement ; enfin leur vitesse était uniforme. Ces mesures de la résistance de l'aime peuvent s'appliquer, sans de nombreuses corrections, aux mouvements de l'aile d'un oiseau. En effet, au lieu d'un plan mince et d'étendue constante, nous avons affaire à une surface gaucho, de forme très compliquée, dont l'étendue varie suivant le degré de déploiement de l'aile, et dont la forme, au lieu d'être immuable, se modifie sous l'influence des résistances qu'elle éprouve. En outre, cette surface est animée d'un mouvement varié, et son inclinaison par rapport à la direction de ce mouvement est incessamment changeante.

On pourrait citer des exemples semblables, à propos de tous

PRÉFACE. XIll

les phénomènes de la mécanique animale; ils montreraient combien doit être discrète l'intervention des mathématiques en physiologie. En ce qni concerne le mécanisme du vol, il nous semble que le rôle des mathématiques doit se réduire à des calculs fort simples, tels qu'on en peut faire sur les masses et leurs vitesses, pour estimer les forces et le travail dépensé dans le vol; à des considérations géométriques sur les déplacements du centre de gravité dans les diiïérentes attitudes, sur le point d'application de la résistance de l'air, sur la composition des forces, etc. Encore ces calculs, pour conduire à des résultats dignes de confiance, doivent-ils s'appuyer sur des expériences très précises. C'est pourquoi il faut s'attacher surtout à perfectionner les méthodes qui doivent analyser les actes cinématiques du vol.

La méthode inverse a été trop longtemps suivie. Des lois générales de la mécanique, on a cru pouvoir déduire les actes du vol ; alors on a prêté à l'oiseau des mouvements qu'il n'exécute pas, et parfois même que sa conformation anatomique ne lui permettrait pas d'accomplir. Je ne m'attarderai pas à retracer l'histoire des théories du vol ni des discussions qu'elles ont soulevées. Parmi les opinions contradictoires qui ont été émises, on ne doit retenir que celles dont l'expérience a démontré la justesse.

Il y a vingt ans, j'avais déjà entrepris, sur le mécanisme du vol des insectes et des oiseaux, quelques études expérimentales au moyen de la méthode graphique. Ces expériences ont été publiées dans différents recueils et résumées dans un ouvrage consacré à la physiologie de la locomotion : La machine animale. Depuis lors, mes études avaient été dirigées vers d'autres objets.

Mais en 1882, quand j'eus trouvé dans la pkotockronographie le moyen d'analyser les mouvements les plus rapides, il me parut intéressant, pour éprouver la puissance de cette méthode,

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