CHAPITRE VIII
Spectateur dormant.
On rit au théâtre.
On y pleure.
Mais on y fait encore quelque chose...
On y dort.
Rien n'est tenace comme le sommeil du spectateur endormi î î
Rieù ne peut le réveiller.
Ni la ritournelle criarde du couplet de vaudeville , ni les oh ! en ut inajeur que débite l'acteur du boulevart du crime , ni la boulette classique que lance quelque Titi , suspendu comme une caryatide vivante aux premières places du paradis.
Ce grand personnage — nous parlons de Titi — témoin d'un sommeil aussi obstiné , s'obstinera, lui aussi. Que fait-il alors? Yoyant que ses projectiles ne peuvent rien contre un tel dormeur, il change de tactique, en général habile. Son plan de campagne est combiné.
Le Titi descend du paradis au parterre, à moins que, pour aller plus vite en besogne , il ne glisse le long de quelque colonne corinthienne, comme un jeune chat qui veut jouer avec sa proie avant de la dévorer.
Voilà notre jeune aventurier maître de
la place ; il s'approche doucement de l'ennemi qui sommeille , lui prend son chapeau , qu'il place sur sa tête , sur celle de l'ennemi, et lui donne ce qu'on nomme un magnifique renfoncement.
A cette nouvelle attaque , si le dormeur ne s'éveille pas, c'est qu'il est incorrigible^
alors le Titi s'avoue vaincu j il regagne son poste encore plus vite qu'il ne l'a quitté. Et l'intermède est joué.
Il faut pardonner au spectateur endormi. Ce n'est pas sans peine qu'il est parvenu à goûter cette bienheureuse quiétude de l'âme. Avant de clore sa paupière, il a généreusement combattu contre l'ennui qui le gagnaitj il a disputé le terrain pied à piedj il a commencé par bâiller à se démonter la mâchoire.
Puis il a étendu ses bras de droite à gauche 5 un moment même ses voisins ont cru voir apparaître l'ombre d'un superbe télégraphe en fonctions j enfin il s'est endormi, et il dort encore.
Je lui souhaiterais bien un sommeil léger; mais mon vœu serait inutile.
JSpmateur hha^pomié. — KHâicl)^.