A ELVIRE, A SILVIE OU A URANIE
Sur des jours écoulés pourquoi porter la vue? Pourquoi noyer toujours ton âme dans les pleurs? Quand l’orage a cessé , vois resplendir la nue D’une écharpe aux mille couleurs.
Le passé, c’est la mort; l’avenir, Y espérance : L’espérance, rayon qui resplendit toujours,
Et qui brille pour toi comme un fanal immense Sur l'océan lointain des jours.
Oh! laisse-moi guider ta barque solitaire :
Nous voguerons tous deux vers ce ciel enchanté Où* l’âme, en s’exilant des rives de la terre , S’abreuve d'immortalité.
Là nos jours couleront comme ces flots tranquilles Qui vont insoucieux se bercer sur les bords , Mollement ballotés dans leurs pentes dociles ,
Au bruit douteux de leurs accords.
Oh! viens , viens reposer ton âme sur mon âme ; Oh! viens, nous mêlerons les eaux de nos douleurs , Car je veux partager avec toi , pauvre femme :
A toi la joie, à moi les pleurs.
Quelquefois aussi le poêle Lainartinicn feint d’être en proie à des Ilots de réflexions, et débute ainsi :
Et je disais : laissons ma barque fugitive .
Pauvre Alcyon poussé par le vent des hivers ,
Aller de rive en rive .
Se perdre au triste son de la vague plaintive Dans le gouffre écumant des mers, etc. etc.