‹ Physiologie du poëteChapitre 12 sur 31 · MEDITATION EX ABRUPTO · texte numérisé non relu

MEDITATION EX ABRUPTO

Oh ! laissez-moi pleurer, puisque pour moi la vie Ne s’offre déjà plus que comme un souvenir;

Et qu’a peine à vingt ans ma pauvre âme flétrie Ne peut plus contempler son étoile chérie j A l’horizon de l’avenir, etc. etc. etc ...

M. de Lamartine a reçu, à titre d’hommages, plus de dix mille pièces de vers dans ce style. — Et quand on songe que c’est à lui que l’on doit celle nuée de poètes pleurards et ennuyeux , on ne le irouve pas assez puni de ces hommages multipliés; — on les voudrait plus nombreux encore; — du reste, c’est Mme de Lamartine qui décachèle tous ces envois poétiques, lesquels sont immédiatement livrés aux flammes sans être lus; — ce qui n’empêche pas <pie Mme de Lamartine ne soit encore la femme la plus occupée de France.

Le poêle Lamarlinien se. trouve moins à Paris qu’en province , où il fait la gloire de son arrondissement en inondant de ses productions le journal du chef-lieu. — Chaque ville de France a un aligneur de strophes qui pleure au moins une fois par semaine dans un feuilleton lyrique et filandreux.

Le collégien de dix-sept ans qui ressent au fond de son âme le vague et l'incertitude des premières années, a aussi une tendance Lamartinienne très-prononcée jusqu’au jour où il a clé heureux. — A partir de ce jour, il se moque des fleurs de l’âme , et apprend à cancanner.

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