LE POETE CAVALIER-EAU A
e poêle Cavalier-Lara rit de tout , plaisante de loin, et se moque de tout le monde, à commencer par ses lecteurs. Si vous lui demandez une définition de la vertu , il vous répond qu’il adore le champagne et qu’il est fou du bordeaux. lia aussi l’étrange prétention d’avoir une vie échevelée et de passer les nuits dans les orgies ; pourtant il se couche régulièrement à dix heures du soir, et ne se grise qu’en
théorie. S’il passe sur les boulevards, il se donne une démarche incertaine et des allures
avinées; mais personne n’est dupe des arabesques volontaires que ses jambes décrivent sur les trottoirs, aussi irrégulièrement que possible. Ses amis disent en le voyant : Tiens, voilà un tel qui veut nous faire croire qu’il est ivre. Je parie qu’il a dîné à trente-deux sous. Ses
héros ont tous une excentricité factice, mie originalité de contrebande. Le poele Cava ier- Lara professe pour les femmes le dédain le plus profond ; et cependant il soupire pendan trois mois aux pieds d’une Ompliale de Ambigu où de la Porte-Saint-Antoine, dont il celebie dans ses vers les grâces et la beauté sous un poétique pseudonyme de fantaisie.
Il cultive plus particulièrement les poemes en strophes de six vers; ces poèmes sont tous intitulés ; Malgache , Bardoclic ou Frangi/pane.
exemple.
Il s’appelait.. .je crois... comment dooeî... Ah! Malgache.
Malgache, direz-vous, c’est un étrange nom.
Messieurs, je ne dis pas. Il frisait sa moustache Fort agréablement. Pour un oui, pour un non .
Quand il faisait situer le bout de sa cravache,
Il vous aurait tout net broyé sous son talon.
Malgache, vous voyez, ..'allait pas de main morte Dans ses discussions. Quand on a deux bons bras, Pour une bagatelle on crie et l'on s’emporte ;
Mais lui, s'il frappait fort, il ne disputait pas.
J’aime assez, je l'avoue, un homme de la sorte;
Ça fait diversion avec les avocats.
A propos d’a\oeats, on dit. chère lectrice ,
Que vous avez la jambe admirablement bien.
Vous chantez, je le sais, comme une cantatrice.
Vous avez un profil français-italien .
Je voudrais bien trouver une autre rime en trice , Mais vous n’y tenez pas, et ça ne me fait rien.
Mais où diable en étais-je?.. Ah! m’y voilà! Malgache Était donc un vaurien, un franc mauvais sujet,
Qui traitait tous les jours son père de ganache , Racine de fossile et Boileau de benêt, il disait qu’il aimait fort le vin de Grenache ;
Ce qui fait qu’il passait sa vie ou cabaret.
Aller au cabaret! ah! malheureux jeune homme!... S’infiltrer goutte à goutte un horrible poison...
De ses illusions répandre ainsi la somme A toute heure, en tout lieu, sans rime ni raison!.,. Tiens, qu’est-ce que je dis?... Ma foi, je parle comme Un académicien ou monsieur Montyon...
Ce monsieur Montyon, lecteur, je le confesse,
Était un pauvre sire; il aurait fait bien mieux De manger son argent avec une maîtresse Que de le destiner à des prix vertueux...
On dit que la vertu, d’ailleurs, vaut la richesse... Donnez donc votre argent à des gens vicieux...
Ce sera plus logique... Un très-grand mal en Fi ance, C’est de parler toujours très-haut de la vertu
Lorsque pour elle on n’a que de l'indill'érericc. Je la hais à l’égal d’un cuistre parvenu.
Le vice, cher lecteur, a bien plus d’élégance,
Il est bien plus aimable, et surtout mieux velu.
Revenons à Malgache. . etc.
Cela se poursuit ainsi, deux mille vers durant... Malgache , comme on le voit, n’est qu’un prétexte pour débiter au lecteur toutes les fantaisies biscornues qui passent par la tète du poêle.