LE POETE OLYMPIEN
on berceau fut un Sinaï. 11 est né par un soir d’orage, entre un éclair et un il® coup de tonnerre.
Les éléments dérXchaînés accueillirent son entrée dans la vie. Le ciel se voilà d’un crêpe funèbre; la mer, furieuse, se cabra, cavale écumanle, sous l'éperon
de la tempête; et la terre, ébranlée, annonça au monde et à la banlieue qu’un grand homme était venu.
Dés qu’il put bégayer, il récitait des vers qu’il avait improvisés dans le ventre maternel. À la pousse de sa première dent il faisait une ode pour éterniser cet événement mémorable. A cinq ans, il préparait, en mangeant une tartine de confiture, le plan d’une réforme littéraire. A dix , il traitait son père de perruque.
Tout le monde n’est pas appelé à remplir le rôle difficile de poêle Olympien. Celte variété dans le genre est très-rare, Dieu merci! Le poêle Olympien voudrait vivre seul sur les débris du monde. La terre et l’espace lui manquent. Tout ce qui grouille autour de lui d’êtres humains lui enlève une parcelle de cet air dont il a tant besoin pour son immense poitrine. La multiplicité de ces astres étincelants amènerait au firmament de la littérature des secousses terribles; et, du choc de deux planètes olympiennes, jailliraient, en forme d étincelles, des myriades de volumes à couverture beurre frais. — Prix : 7 fr 50 c.
Voici le signalement du poète Olympien.
Chevelure Apollonienno ;
Front Shaksperien ;
Nez Cornélien ;
Bouche Ronsardienne ;
Menton Byronien.
Signes' particuliers : Le ruban de la Légiond’IIonneur.
Le poêle Olympien a le plus profond mépris pour tout ce qui n’est pas l’arf; l’art, ce magique substantif qui veut dire tant de choses. C’est lui qui a inventé cet aphorisme si connu , Varl csl un sacerdoce , mot sublime qui ne signifie absolument rien, et qui est destiné à vivre dans la mémoire des contemporains, à côté de la réponse de Cambronne, et de cette autre réponse de M. de Chateaubriand à un célèbre épouseur. L’Olympien a biffé le passé d’un trait de plume; il a décrété, dans l’omnipotence de son génie, que tout ce qui avait été fait avant lui était considéré comme non avenu , et que l’histoire n’avait jamais existé. La religion, la philosophie, la politique, la littérature, sont nées le même jour cl à la même heure que lui. Parmi les royautés décapitées de notre littérature, le buste de Ronsard, ce génie contesté, est seul resté debout sur son
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socle problématique. Assis sur les décombres du passé, rOlympien a versé sur le présent la
rosée de son génie en pluies de drames, en
avalanches d’odes, en cataractes de romans, en averses d’in-octavos verts, jaunes, rouges, bleus, de toutes les couleurs. La première olympiade date de 1825.
L’Olympien a surtout, et par-dessus tout, une horreur profonde pour le bourgeois, parce que le bourgeois ne le comprend pas; aussi cet infortuné bourgeois du dix-neuvième siècle a-t-il été passé par l’OIympien au fil des épithètes les plus mal sonnantes. Il a partagé avec Racine l’honneur de se voir traiter de polisson, de stupide et de crétin. Ce qui fait que Racine et le bourgeois se portent mieux que jamais.
L’Olympien a une vieille garde comme Napoléon, et des séides comme Mahomet. La vieille garde se compose de collégiens de dix-sept à dix-huit ans, qui, après avoir ‘échoué dans les thèmes et les versions, ont pris le parti de cirer les bottes du maître et de parfumer son atmosphère de stances bibliques eide dithyrambes échevelés. Les séides, placés en embuscade derrière un journal , font le coup de feu sur ceux qui tenteraient d’embarrasser, par des hémistiches récalcitrants, la route du prophète. Hosanna au haut des deux, et paix sur la terre aux claqueurs de bonne volonté!
C’est surtout aux premières représentations des pièces d'Olympio qu’il faut voir la vieille garde imberbe, et les séides chevelus, s’agiter dans des trépignements féroces, et insulter les spectateurs qui ont l'outrecuidance de rester froids devant des beautés absentes et des sublimités invisibles. Postés au parterre, à l'orchestre, aux premières. galeries, au cintre, ils chauffent, dans d’indicibles contorsions, un enthousiasme impossible. A une de ces représentations, un vélile inexpérimenté, qui avait trop présumé de sa force, se prit à faire le coup de poing avec un Monsieur aux épaules robustes, qui le précipita des premières loges dans une contre-basse. Olympio, averti de celte culbute aérienne, ne s’informe pas si son défenseur est mort ou blessé, êl laisse tomber ces remarquables paroles : Je ri attendais pas moins de son dévouement. Le néophyte , à qui l’on rapporte celle réponse impériale , se relève furieux , prend une clef forée et passe à l’ennemi.
A la fin de celle même représentation, la jeune garde et les séides , au nombre de cinquante, se rendent spontanément chez Olvmpio pour le féliciter , leur enthousiasme immodéré ne. leur permettant pas d’attendre jusqu’au len-
demain. Olympio n'était point encore de retour. La itfmpc attend à la porte; mais Olympio ne revenait pas. Après deux heures d’une faction peu divertissante, par un froid de vingt degrés, un d’entre eux hasarde timidement l'indécente proposition de s’en aller. « Qui parle de s'en aller? répond le chef de la troupe; nous resterons ici trois nuits s’il le faut. Que personne ne bouge! » Heureusement, pour les esprits faibles et les épidermes sensibles , que le Dieu ne tarda pas à venir et à envoyer coucher ses admirateurs.
Nous donnons un fragment de ces ouvrages, hors ligne, qui excitent à un si haut point les bravos frénétiques des jeunes-France à la mamelle. Nous devons ce fragment à l’obligeante indiscrétion d’un jeune séide de nos ennemis. Puisse Olympio nous pardonner d’avoir publié ces vers sans son autorisation.
Ce drame, destiné à l’un de nos grands théâtres, cl appelé, nous n’en douions pas, à un immense succès , est intitulé :