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CHAPITRE H

Mécanisme de la transformation de la matière fonctionnelle cérébro-motrice en moavements fonctionnelB.

La matière fonctionnelle du cerveau est l'analogue de la bile dans le foie, l'analogue de la propriété contractile dans les fibres musculaires, l'analogue de la propriété spéciale du tissu du poumon. Gomme tous les organes que nous venons de mentionner, le cerveau possède un tissu spécial, doué de propriétés organiques spéciales, et le produit résultant de la mise en activité de ces propriétés constitue la matière fonctionnelle.

Les propriétés organiques du tissu cérébral consistent à transformer le mouvement impressionneur en choses senties, en perceptions. Les perceptions de toute nature représentent donc, d'une manière générale, la matière fonctionnelle du cerveau.

Le cerveau doit à la nature toute particulière de ses propriétés organiques de produire une matière fonctionnelle sans analogue, et d'autant plus difficile à analyser qu'elle n'est ni un produit chimique ni un mouvement physique appréciables à la vue. Cependant nous sommes parvenu à l'analyser physiologiquement, et si nous n'avons pas pu dire en quoi consiste la perception (car la vie ne s'explique pas), nous avons du moins indiqué les éléments matériels qui président à sa manifestation ; nous avons classé organiquement les perceptions et nous avons montré comment à la faveur de ce classement on pouvait expliquer les phénomènes de mémoire. Il nous semble que nous avons ainsi embrassé dans cette analyse toutes les acquisitions cérébrales et qu'à ce point de vue notre analyse a été complète ; mais le moment est venu de considérer la matière fonctionnelle autrement

que comme produit de la vie cérébrale : nous devons examiner à présent ce que devient ce produit sous l'influence de l'excitant fonctionnel et comment il se transforme sous cette influence en mouvements particuliers.

Nous savons déjà que la transformation du produit organique du cerveau en mouvements fonctionnels se fait d'après un procédé très-simple : l'excitant fonctionnel, arrivant à travers les fibres impressionneuses jusqu'à l'élément cellulo-impressionneur situé à la périphérie corticale, réveille l'activité spéciale de ce dernier, qui à son tour, et par l'intermédiaire de ses prolongements, communique son excitation à l'élément cellulo-moteur ; l'excitation de ce dernier se propage dans les fibres motrices et le mouvement fonctionnel est ainsi produit. Tel est à un point de vue très- général le phénomène, en apparence simple, de la transformation du produit organique du cerveau en mouvements fonctionnels.

Jusque-là rien qui distingue le cerveau des autres organes au point de vue du mécanisme fonctionnel ; mais voici où les différences commencent.

Lorsque l'excitant fonctionnel réveille l'activité d'une fonction de nutrition, il agit d'abord, avons-nous dit, sur les fibres impressionneuses; celles-ci à leur tour réveillent l'activité fonctionnelle des éléments cellulo-impressionneurs et cellulo-moteurs, et en définitive le mouvement fonctionnel se manifeste dans les fibres motrices. Dans ce réveil successif de l'activité des éléments nerveux il n'y a aucun temps d'arrêt ; le mouvement physiologique se montre dans ces divers éléments avec la même vitesse et il suit fatalement son chemin jusqu'au bout dès qu'il a été provoqué à la périphérie.

Lorsque l'excitant fonctionnel provoque l'activité de la fonction cérébro-motrice, il suit une voie identique à travers des éléments analogues ; mais, arrivé à l'élément cellulo-impressionneur de la périphérie corticale, loin d'aller jusqu'au bout comme précédemment, il subit un temps d'arrêt destiné hla, perception de l'excitant fonctionnel et à son appréciation. C'est ce temps d'arrêt, condition nouvelle résultant de l'action de l'excitant fonctionnel sur les cellules cérébrales, qui caractérise et distingue la fonction cérébro- motrice de toutes les autres, et plus particulièrement les

382 FONCTION CÉRÉBRO-UOTaiCE.

fonctions du cerveau des fonctions de la moelle. Nous désignons ce temps d'arrêt sous le nom d'attention.

De PattenUon. — L'attention, en effet, est le temps pendant lequel le centre de perception, représenté par l'ensemble vivant des éléments cellulo-impressionneurs, se repose sur l'excitant fonctionnel, sur l'impression sentie, pour apprécier suffisamment sa nature agréable ou désagréable, pour apprécier aussi les diverses modalités constituant le souvenir que l'impression excitatrice a réveillées.

Le temps que dure l'attention est variable selon la nature de l'impression excitatrice, selon qu'elle est nouvelle ou qu'elle a déjà réveillé le centre de perception, et aussi selon le retentissement qu'elle produit dans l'enchaînement organique des cellules cérébrales. Cette impression, en effet, peut ôtre plus ou moins vive, plus ou moins connue, et partant plus ou moins distincte; elle peut réveiller aussi des modalités de mémoire qui captivent plus ou moins longtemps.

D'après la définition qui précède, l'attention représente une période de l'activité organique du cerveau ; elle est une conséquence de la manière de vivre toute spéciale de cet organe; en un mot, elle est la condition essentielle de la perception dans le sens le plus complet de cette dernière expression. Il ne faut donc pas confondre l'attention avec une fonction cérébrale; l'être sensible, en tâtant, en appréciant une impression, n'agit pas fonctionnellement : il subit les conséquences inévitables de la perception, en élaborant organiquement l'aliment qu'il a reçu sous forme d'excitant fonctionnel, et il ne commence à fonctionner qne lorsqu'il provoque des mouvements corrélatifs à l'impression reçue. Nous verrons plus loin que ces mouvements sont des mouvements attractifs, répulsifs ou expressifs.

L'attention représente donc le temps pendant lequel, sous l'influence de l'excitant fonctionnel, les activités organiques du cerveau s'exercent, avant de provoquer les mouvements corrélatifs à l'impression reçue. C'est dans cet intervalle immense, rempli par le travail dynamique du cerveau, que le principe des déterminations de l'animal met en jeu les diverses activités spéciales à chaque espèce ; c'est dans cet intervalle qu'il provoque le réveil des diverses modalités des oellulos cérébrales pour appré-

cier les liens qui les unissent à l'impression actuelle ; c'est dans cet intervalle enfin qu'il transforme le produit de la vie organique du cerveau en matière fonctionnelle, ou autrement dit en incitations motrices, i

Pour photographier d'une manière rigoureuse ce qui se passe dans cette période solennelle de la vie cérébrale, il faudrait prendre un à un tous les cerveaux, depuis le zoophyte jusqu'à l'homme, et analyser pour chacun d'eux les actes intimes à la faveur desquels la matière fonctionnelle est transformée en mouvements. Ce travail très-étendu entraverait ici notre description, et c'est pourquoi nous lui consacrerons un chapitre spécial, que l'on trouvera plus loin sous le titre de Principe des détermi" nations de Fétre sensible.

Nous nous bornerons ici à résumer l'expression de la vérité dans quelques propositions générales, qui seront d'ailleurs applicables à tous les cas particuliers.

Disons d'abord que pour tous les cerveaux sans exception la matière fonctionnelle est composée d'éléments analogues, c'estrà-dire de perceptions actuelles et de souvenir. Cette matière fonctionnelle varie selon le nombre d'éléments cellulo-impressionneurs que renferme le cerveau*et aussi selon l'âge : il est évident qu'un cerveau sera riche de perceptions, et par conséquent de matière fonctionnelle, en proportion du nombre d'éléments cellulo-impressionneurs ; il est évident aussi qu'un cerveau encore vierge d'impressions fournira une matière fonctionnelle dans laquelle le souvenir, l'expérience acquise ne pourront jouer aucun rôle, et qui par suite sera tout à fait élémentaire. Dans le premier cas, la variété de la matière fonctionnelle chez les espèces animales tient à des causes fondamentales, c'est-à-dire à l'organisation du cerveau; dans le second cas, la variété tient à des causes relatives et individuelles, résultant elles-mêmes de l'expérience acquise. Il suit de là que la matière fonctionnelle ne peut varier que du plus au moins chez les diverses espèces animales, et que cette variété ne peut exercer aucune influence sur le mécanisme fonctionnel, qui dans tous ;les cas est le même. Nous pouvons donc décrire ce mécanisme d'une manière générale sans nous préoccuper de la richesse plus ou moins grande de la matière fonctionnelle.

Ek*^

384 FONCTION CÉRËBRO-VOTRICE.

La seule distinction qui nous paraisse légitime et utile en ce moment, c'est de considérer séparément la matière fonctionnelle de l'être sensible et celle de l'être intelligent, celle de l'animal et celle de l'homme.

Matière fonctionnelle de l'être sensible. — Chez l'être sensible la matière fonctionnelle est composée d'un nombre d'éléments cellulo-impressionneurs variable selon les espèces. Ces éléments, disséminés à la périphérie corticale du cerveau, sont susceptibles de subir l'influence agréable ou désagréable du mouvement impressionncur et capables de conserver une modalité particulière destinée à constituer le souvenir. La modification des éléments cellulo-impressionneurs par une impression sentie représente donc chez l'animal une acquisition cérébrale durable, comme nous l'avons vu du reste (p. 274).

Cette acquisition cérébrale représente une notion sensible toujours liée au sentiment agréable ou désagréable ; dans le cerveau de l'animal on ne saurait trouver autre chose au point de vue de la constitution de la matière fonctionnelle. Quant à la transformation de cette matière en mouvements fonctionnels, elle se produit selon les mêmes procédés que nous indiquerons bientôt à propos de l'être intelligent.

Matière fonctionnelle de l'être intelligent. — La matière fonctionnelle cérébro- motrice de l'homme est constituée, comme celle des animaux, par des perceptions actuelles ou de souvenir et par des notions sensibles ; mais ces dernières peuvent revêtir chez l'homme un caractère spécial que nous avons fait connaître sous le nom de notion intelligente. L'aptitude à acquérir des notions intelligentes place l'homme au-dessus de tous les animaux ; mais il en est une autre que nous ne devons pas oublier de signaler ici. L'homme seul possède l'aptitude de représenter toutes les perceptions, toutes les notions sensibles et intelligentes par des signes convenus et exécutés par ses organes, de telle façon qu'en exécutant ces signes il peut se donner in actu la représentation de tout ce qui l'a impressionné et de tout ce qu'il a ressenti. Cette aptitude mérite par son importance une étude toute spéciale, que Ton trouvera plus loin sous le titre de Fonction-langage, A cette place nous devons nous borner à étudier un phénomène qui, joint à la notion intelligente, rcpré-

sente le caractère réellement distinctif de la matière fonction* nelle de l'homme : ce phénomène est la réflexion.

De la réflexiop^*— Chez l'être intelligent comme chez l'être sensible, l'esdtant fonctionnel réveille d'abord l'activité de la matière fontionnelle ; Vexamen tacite des postibUités motrices vient ensuite, et en définitive le mouvement fonctionnel est provoqué. Mais, tandis que chez l'être sensible, le temps pendant lequel dure l'attention est rempli exclusivement par des appréciations portant sur des perceptions actuelles ou de souvenir, chez l'être intelligent ce même temps peut être rempli par une série d'actes intimes j constitués par la reproduction de la fonction hominale par excellence, c'est-à-dire par l'exécution subjective de lafonc* tion-langage. L'être intelligent fait dans ce moment suprême ce que l'animal le mieux doué ne peut faire parce qu'il ne possède pas le mouvement-signe. Ce mouvement est la condition indispensable à l'évolution des impressions senties, ou autrement dit à l'évolution de la pensée. Nous donnons le nom de réflexion au moment pendant lequel l'être intelligent met en activité, d'une manière tacite, les mouvements-signes.

La réflexion, en effet, est l'examen .successif des perceptions de toute nature, sensations ou idées, à la faveur du mouvement des signes du langage. L'animal est attentif à la nature agréable ou désagréable des impressions actuelles ou de souvenir ; l'homme seul réfléchit. On comprendra mieux à présent pourquoi, en parlant de l'attention, nous avons employé à dessein les expressions tâter, apprécier : c'était pour éviter la confusion qui résulte do l'emploi inconsidéré des expressions analyser^ comparer^ juger. Nous réservons ces dernières pour l'être pensant, car l'être sensible n'analyse pas, ne compare pas, ne juge pas, par la raison bien simple que, pour comparer et juger, il faut des instruments qu'il n'a pas (signes du langage). L'animal s'inspire, dans ses déterminations, de la nature agréable ou désagréable des impressions ; il ne fait qu'obéir à l'un ou à l'autre de ces sentiments.

La possibilité de soumettre la matière fonctionnelle à un examen plus étendu et plus profond à la faveur des signes du langage est le seul motif légitime de la supériorité de l'homme, sur tous les animaux; aussi, toutes les fois que l'homme se détermine à agir sans la réflexion, il descend vers le niveau de la ÉD. FOURNIE. — S\isi, netv. 25

386 FONCTION GÉRËBRO-MOTRICE.

bête ; comme elle, il transforme la matière fonctionnelle en mouvements fonctionnels sous Tinfluence seule de l'appréciation des perceptions actuelles ou de souvenir ; et comme les sens spéciaux sont incapables d'apprécier les impressions de toute nature, il s'expose à prendre des déterminations inconsidérées et regrettables. Gomme nous le démontrerons au chapitre de la Fanetim-langagef il y a des perceptions qui ne peuvent être appréciées qu'à la faveur de cette fonction.

Après avoir étabU d'une manière formelle la différence qui existe entre la matière fonctionnelle de l'être sensible et celle de l'être intelligent ; après avoir dit en quoi consistent les perceptions actuelles ou de souvenir qui, sous le nom de noiûm$ temiblei et inteUigente$j forment l'élément fondamental de la matière fonctionnelle de l'être sensible et de l'être intelligent, nous allons chercher à la faveur de quel mécanisme cette matière fonctionnelle se transforme en mouvements fonctionnels.

CORDITfONS DB LA TRANSTOEMATION DB UL IUTIIrB VONCnONRXLLB

BN HomrEMBRTS FONCTIONNELS. — Pour entrer en activité, la matière fonctionnelle requiert indispensablement la présence de l'excitant fonctionnel. Sous l'influence de ce dernier toutes les activités se réveillent : l'attention repose le centre de perception sur elles ; les sens spéciaux entrent en jeu ; les yeux regardent^ les oreilles écoutent, le nez sent ; de telle façon que l'excitant fonctionnel est apprécié non-seulement par l'élément celluloimpressionneur auquel il a abouti tout d'abord, mais aussi par l'ensemble des éléments impressionneurs, successivement réveillés, à la faveur des prolongements cellulaires. C'est ainsi que la mémoire, associée aux perceptions actuelles, devient avec ces dernières le mobile des déterminations de l'animal. Cette série de phénomènes organiques automatiquement réveillés par l'excitant fonctionnel constitue la première période de la transformation de la matière fonctionnelle en mouvements fonctionnels.

Pour bien apprécier ce qui se passe dans la seconde période, il ne faut point perdre de vue que toutes les fibres impressionneuses provenant des diverses parties de l'organisme viennent aboutir aux couches optiques et ensuite à un élément cellulo-impressionneur placé à la périphérie corticale du cerveau. Il faut se rappeler aussi que chaque élément cellulo-impressionneur est en

ran^ort direct, par ses prolongemenis, avec un élément cellulemoteur; celui-ci de son côté donne naissance aux fibres motrices qui^ en passant par les corps striés^ vont se disséminer dans Taxe médullaire pour y transmettre rexcitation spéciale du mou. vement fonctionnel du cerveau. On peut formuler cette disposition anatomique d'une manière plus précise :

1* Il y a autant de cellules impressionneuses à la périphérie du cerveau qu'il y a de libres impressionneuses provenant des diverses parties de l'organisme ;

S" Il y a autant de j fibres motrices sortant du cerveau qu'il y a de cellules motrices disséminées à la périphérie corticale de cet organe ;

3° Enfin il y a dans le cerveau autant d'éléments celluloimpressionneurs que d'éléments cellulo-moteurs, et ces éléments, nécessairement unis entre eux, représentent, les uns la transformation de la matière fonctionnelle en incitations motrices, les autres l'incitation motrice réalisée organiquement. Cet enchaînement toujours et partout le même entre des éléments nerveux distincts par leurs propriétés physiologiques jette une grande lumière sur le mystérieux mécanisme des actions nerveuses ; mais il s'agit de bien interpréter les motifs de cet enchaînement.

Il découle en eifet de cette disposition anatomique des parties :

i^ Que la matière fonctionnelle de tout animal se compose d'autant de perceptions qu'il y a de fibres impressionneuses; et comme ces dernières proviennent tantôt d'organes analogues, mais distincts, dans les diverses espèces animales^ tantôt d'organes spéciaux à certaines espèces, il s'ensuit que la nature et le nombre des perceptions doivent difi'érer et que la matière fonctionnelle ne peut pas être absolument la même dans les diverses espèces ;

3« Que le lien nécessaire qui existe entre l'élément cellulo-impressionneur et l'élément cellulo-moteur rend possible l'activité fonctionnelle de ce dernier sous l'influence du premier, et par conséquent l'élément cellulo-moteur se trouve dans un véritable état de tension fonctionnelle dès que l'élément cellulo-impresjHonneur a été affecté ;

S"* Que, les éléments cellulo- moteurs et les éléments celluloimpressionneurs se trouvant en nombre égal et étant étroitement

unis entre eux, il s'ensuit que toute perception est organiquement en état de se manifester au dehors par un mouvement et, fait excessivement important, que le nombre et la nature des mouvements exécutés se trouvent en rapport avec le nombre et la nature des impressions reçues. C'est grâce à cette harmonie préétablie, à cet enchaînement admirable, que l'animal se meut avec une apparence de spontanéité et de liberté ; mais il est aisé de voir que cette liberté s'exerce dans un espace très-limité.

Quoi qu'il en soit, nous sommes dès à présent en mesure de dire comment la matière fonctionnelle, réveillée dans tous ses éléments sous l'influence de l'excitant fonctionnel, peut se transformer en mouvements fonctionnels.

Examen des possibilités motrices. — Dans 1^ première pé- *rîode de la transformation de la matière fonctionnelle, l'excitant fonctionnel réveille toutes les activités cellulo-impressionneuses du cerveau, c'est-à-dire l'ensemble des perceptions actuelles ou de souvenir. Dans la seconde période, l'activité des éléments cellulo-impressionneurs se communique aux éléments cellulomoteurs, et dès lors ce que nous appelons Yexamen des possibi" liiés motrices^ corrélatives à timpression reçue^ commence : l'attention repose le centre de perception alternativement sur les activités impressionneuses réveillées et sur les activités motrices se manifestant non in actuy mais in posse. Cet examen tacite est d'autant plus facile, que, les activités motrices correspondant, comme nous l'avons vu plus haut, en nombre et en énergie aux activités impressionneuses, il ne s'exerce en définitive que sur des possibilités de mouvements prévus et organiquement préparés d'avance.

Après ce double examen, portant sur l'élément cellulo-impressionneur et sur l'élément cellulo-moteur, le centre de perception s'arrête sur la possibilité motrice qu'il sent devoir répondre le plus efQcacement à l'impression reçue, et il fait converger toutes les activités cérébrales vers l'exécution du mouvement qui correspond à cette possibilité. Le résultat de cette action convergente est la mise en activité des fibres motrices. Nous avons déjà dit que ces fibres prennent naissance dans les cellules motrices de la périphérie corticale, qu'elles se dirigent ensuite vers les corps striés, et de là vers la moelle, jusqu'au rentre qui tient sous sa dépen-

MËGANISME DE lA TBANSFCMOiATION. 380

dance Teiiseiiible organisé des mouvements élémentaires destinés à entrer dans l'exécution d'un mouvement complexe déterminé.

Le circuit que nous venons de tracer aux actions nerveuses est-il toujours tel que nous l'avons dit ? Nous ne le pensons pas. Nous croyons que les choses se passent ainsi toutes les fois que le temps pendant lequel l'attention se repose sur l'excitant fonctionnel est suffisant pour permettre aux cellules de la périphérie corticale d'entrer en jeu ; mais, lorsque le mouvement suit immédiatement l'impression reçue, le réveil des cellules corticales n'a pas eu le temps d'être provoqué, et alors les centres des couches optiques agissent directement sur les corps striés où se trouvent les groupements particuliers de cellules qui président à tous les mouvements. C'est ainsi qu'agit l'animal qui vient de naîtse : il n'a pas à examiner l'excitant fonctionnel, qu'il n'a jamais \n ; il est impressionné, et il agit. Ce n'est qu'après avoir emmagasiné une certaine expérience dans les cellules corticales que, sous l'influence de l'attention, le centre de perception peut apprécier judicieusement l'excitant fonctionnel ; alors seulement les actions nerveuses se succèdent dans le sens que nous avons indiqué plus haut. Mais, ;dira-t-on, quels sont les liens anatomiques qui unis< sent les couches optiques aux corps striés? L'avenir répondra sans doute. Pour le moment nous devons nous borner à constater les rapports de voisinage qui existent entre ces deux centres, l'intrication excessive des éléments nerveux en cet endroit, et enfin l'analogie qu'il est permis d'établir entre ces parties et les régions antérieure et postérieure de la moelle.

Soit que la matière fonctionnelle appartienne à l'être sensible, soit qu'elle appartienne à l'être intelligent, le mécanisme de sa transformation en mouvements fonctionnels est toujours le même. Dans les deux cas toutes les activités impressionneuses convergent pour déterminer l'activité des éléments cellulo- moteurs qui représentent organiquement la possibilité du mouvement choisi dans l'examen préalable. Cette activité se manifeste par le mouvement physiologique des fibres cérébro-motrices et par c-elui des éléments du centre médullaire qui tient sous sa dépendance l'ensemble des mouvements que le corps ou une de ses parties doit exécuter.

Tel est le mécanisme de la fonction cérébro -motrice. Cette

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fonction commence à l'excitant fonctionnel, organiquement représenté par une flbre impressionneuse, et finit en ce point de l'axe médullaire où les fibres motrices provenant des éléments ccllulo-moteurs du cerveau rencontrent de] nouveaux éléments cellulo-moteurs pour en réveiller l'activité fonctionnelle.

Après avoir exposé le mécanisme de la transformation de la matière fonctionnelle cérébro-motrice en mouvements fonctionnels, nous n'avons plus rien à ajouter àla description de la fonction intrinsèque du cerveau. Gomme nous l'avons dit dès le début, la fonction unique du cerveau représentant l'ensemble des fonctions élémentaires que nous avons désignées sous le nom de sensitivomotrices a pour but et pour effet de provoquer un mouvement moléculaire dans les fibres motrices. Le cerveau fonctionnel s'arrête là ; nous ne saurions et nous ne devons y voir autre chose. Cependant, dira-t-on, il est difficile de se faire à l'idée que le cerveau, considéré jusqu'ici comme le siège de la pensée, n'a d'autre fonction que de provoquer un mouvement moléculaire. Cet étonnement ne nous surprend pas; il prouve simplement qu'on était loin, bien loin de comprendre les fonctions supérieures du système nerveux telles qu'elles doivent être comprises. Quand, un peu plus loin, nous considérerons la fonction unique du cerveau dans ses rapports avec l'accomplissement des fonctions de relation, on comprendra mieux notre pensée et on trouvera tout simple, avec nous, que le rôle du cerveau, malgré sa fonction unique, malgré le mouvement moléculaire qui en est le modeste résultat, ait une importance de premier ordre dans les relations harmonieuses des mouvements de la vie.

Pour le moment nous devons suivre le produit de la fonction cérébro-motrice dans le cervelet et dans la moelle. Nous examinerons ensuite ce qu'il devient après avoir provoqué l'activité fonctionnelle do ces deux centres.

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