‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 104 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

GaraotèreB géi^rauz des mouTements fonctionnels de la fonction cérébro-motrice.

Si l'homme était réduit à l'être purement sensitif que nous venons d'étudier, il tiendrait une bien petite place dans l'échelle des êtres : sensible pour lui-même, il serait inanimé pour le reste du monde. Qu'est-ce en effet que percevoir des impressions, si par un mouvement expressif on ne peut traduire la manière dont on est impressionné? L'être qui serait réduit à sentir et à se rappeler ce qu'il a senti serait non-seulement inférieur à tous les produits de la création, mais encore la vie organique, ;qui lui donne une forme dans l'espace, serait impuissante à s'entretenir ; car pour vivre il ne suffit pas de sentir la faim, la soif : il faut les satisfaire, et pour les satisfaire le mouvement intervient d'une manière indispensable ; il intervient non moins nécessairement dans l'exercice des fonctions cérébro-motrices : percevoir des impressions, se les retracer dans le champ de la mémoire n'est pas penser ; ce sont des modifications diverses du moi percevant.

L'être sensitif est en quelque sorte l'esclave silencieux de la matière, parce que tout ce qu'il ressent provient de ce qu'il a des organes sensibles et qu'il existe des objets capables de les impressionner ; de même il se souvient des objets qui l'ont impressionné parce que les cellules cérébrales vivent des impressions qu'elles ont reçues, et qu'elles tiennent en permanence cette manière de vivre à la disposition du centre de perception dès que celui-ci veut se donner la modification particulière dont il a été l'objet.

Vivre, c'est donc plus que sentir : pour vivre, il faut par des mouvements prouver qu'on sent ; il faut affirmer son existence d'une manière expressive pour soi-même et pour les autres ; il faut enfin, par un acte spontané, s'élever au-dessus de l'être sensible, l'asservir à sa volonté et, sublime triomphe, faire proclamer par des organes exclusivement sensibles l'existence et la splendeur du principe qui les anime.

La sensation, les phénomènes de mémoire sont assurément des activités fonctionnelles du cerveau, mais ils ne représentent pas des fonctions complètes.

En effet, dans l'étude physiologique d'un organe quelconque il y a trois sortes de phénomènes à étudier : 1® l'aliment fonctionnel (aliments, sang, matériaux divers du sang, etc.), qu'il est important de connaître dans sa nature, afin d'appfécier judicieusement les modifications qu'il devra subir en entrant dans le mouvement spécial de la vie de l'organe ; 2* le résultat du contact de l'aliment fonctionnel avec les parties (bile, sécrétions diverses, impressions senties, mémoire) ; 3** enfin les mouvements fonctionnels, recueillant les résultats de la vie organique et les transmettant au dehors dans un but déterminé et sous l'influence d'un excitant spécial. L'ensemble de ces phénomènes, qui remplissent les trois phases delà vie des organes, constitue réellement la physiologie, et cela sans qu'on puisse invoquer une seule exception : ce qui est vrai pour le foie, l'estomac, le cœur, l'est également pour le cerveau. L'aliment fonctionnel peut ne pas être le même, les tissus des organes peuvent varier et les produits de leur travail être tout à fait dissemblables; mais les lois de l'évolution organique et fonctionnelle sont partout les mêmes. D'après ces lois, le cerveau qui se bornerait à recevoir l'aliment fonctionnel, c'està-dire le mouvement impressionneur, pour le transformer en perceptions, serait comparable au foie qui se bornerait à puiser dans le sang les éléments de la bile et à les transformer. La bile n'étant pas excrétée, c'est-à-dire rejetée au dehors du foie pour concourir à sa manière à la continuation et au maintien de la vie fonctionnelle des autres organes de la vie, la bile, disonsnous, serait probablement résorbée et nous ne pourrions pas connaître le résultat du contact de l'aliment fonctionnel avec les cellules hépatiques. En d'autres termes, il nous serait impossible

de continuer l'étude physiologique du foie. Semblablement, si nous nous bornions, pour le cerveau, à analyser l'aliment fonctionnel, c'est-à-dire le mouvement impressionneur et sa transformation en perceptions au contact des cellules cérébrales , notre étude resterait incomplète, et nous ne connaîtrions pas le résultat fonctionnel deJa vie cérébrale. D'après cela, nous n'avons étudié jusqu'à présent que les deux premiers termes des fonctions cérébrales : l'excitant fonctionnel (mouvement impressionneur) et le produit immédiat de cette excitation (perceptions de toute nature). Reste donc à étudier la manière dont ce produit est entraîné au dehors de l'organe pour concourir à la vie des autres organes, manifester ainsi la nature particulière de ce concours, remplir en un mot sa destinée physiologique par l'exercice de sa fonction.

Le troisième terme de toutes les fonctions est essentiellement variable selon les organes, et surtout selon}la nature de l'aliment fonctionnel dont il est la transformation ultime : tantôt c'est un produit chimique (bile, sécrétions diverses), tantôt c'est un produit dynamique (contraction musculaire). Pour le foie, le troirième terme de la fonction est représenté par le transport de la bile à travers les canaux biliaires jusqu'à l'intestin; pour le cerveau, le troisième terme de la fonction est une manifestation expressive destinée à concourir à l'harmonie générale des mouvements de la vie, et cette manifestation se traduit à nous par un mouvement.

Ces considérations nous mettent de nouveau en présence des conditions fondamentales qui ont présidé à noire analyse physiologique des mouvements de la vie. Nous pensons qu'il n'est pas inutile de revenir un instant sur ce sujet ; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, notre prétention, en voulant faire la physiologie du système nerveux, ne dépasse pas celle des physiologistes qui prétendent avoir fait la physiologie des autres organes. Ce qu'on a fait pour ces derniers, nous prétendons qu'on peut le faire pour le premier. Cette possibilité ressort d'une manière évidente de la physiologie comparée des organes.

Il y a un moment où, dans l'étude de la vie des organes, nos moyens d'investigation deviennent tout à fait impuissants pour éclairer notre analyse. Ce moment est celui du contact de

l'aliment fonctionnel avec les élémentH histologiques : c'est le moment de la vie agissante.

Mais, si le physiologiste no peut pas surprendre les secrets de la vie, il tourne la difficulté en laissant de côté le mécanisme fonctionnel des transformations organiques et en étudiant le résultat de ces transformations. Pour le foie, par exemple, le physiologiste n'étudie pas le mécanisme de la transformation du sang en bile, mais il analyse la bile elle-même et, en comparant cette analyse à celle de l'aliment fonctionnel qu'il connaît déjà, il peut dire non -seulement que le foie transforme l'aliment fonctionnel en bile, mais quelles sont les parties et la quantité de ces parties qui de l'aliment fonctionnel passent dans la bile ; puis, poursuivant le résultat du mouvement fonctionnel à travers les canaux excréteurs du foie, il le voit pénétrer dans l'intestin, se mettre en contact avec les aliments et accomplir le but final de Torgane biliaire en concourant à la vie fonctionnelle des autres organes.

Pour le cerveau, nous nous plaçons dans les mêmes conditions où s'est placé le physiologiste pour faire la physiologie du foie. Moins que personne nous prétendons expliquer la vie ; c'est pourquoi, lorsque nous sommes] en présence de la vie agissante, au moment du contact de l'aliment fonctionnel avec le tissu cérébral, nous nous inclinons avec admiration ; car le principe perce-» vant est une des phases de la vie du cerveau comme le principe faisant de la bile est une des phases de la vie du foie, et que les actes intimes du principe de vie faisant de la bile sont tout aussi mystérieux pour nous que les actes du même principe recevant des impressions et les transformant en choses senties.

Ne pouvant donc expliquer le mécanisme intime de la vie cérébrale, nous tournons la difficulté, selon le môme procédé employé quand on fait la physiologie du foi^, et nous parvenons ainsi à faire connaître le mécanisme fonctionnel du cerveau avec un succès égal à celui qu'on obtient en faisant connaître la physiologie de tout autre organe.

Nous avons consacré la première partie de ce travail à l'étude de l'excitant fonctionnel ; dans la seconde, nous avons analysé l'aliment fonctionnel et les divers produits de la vie cérébrale, produits spéciaux, tout à fait distincts des produits de la vie des

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organes à sécrétion, se présentant sous forme d'impressions sen- Ue$ et capables d'être reproduites dans le champ de la mémoire. Dans la troisième, nous allons étudier les produits de cette vie au moment où ils sortent du cerveau à travers les innombrables cordons nerveux qui, assimilables aux canaux excréteurs du foie, transmettent de proche en proche le résultat de l'activité fonctionnelle des centres nerveux aux autres organes de la vie. Ce résultat, période ultime des transformations successives qu'a subies l'élément fonctionnel, est représenté par des mouvements. C'est dans l'étude de ces divers mouvements que nous devons trouver le complément des fonctions cérébrales. Peut-être nous objectera-t-on que le produit de la vie du foie, la bile, est tout à fait identique dans sa composition dans l'organe biliaire et au moment où, matière fonctionnelle, il fait irruption dans l'intestin , tandis que le résultat de la vie cérébrale est bien différent dans le cerveau et au moment où il se manifeste sous forme de mouve* meni^ fonctionnels. Rien n'est plus juste ; mais on ne doit pas oublier ce que nous avons dit tant de fois touchant la nature des produits, variables selon les tissus des organes. Il est évident que la contraction musculaire, produit de la vie organique et matière fonctionnelle du muscle, n'est jamais dans le muscle ce qu'elle sera au moment où les mouvements fonctionnels la mettront en activité. Il en est de même pour le cerveau, qui, ne pouvant pas fournir le produit de sa vie organique sous forme d'impressions senties^ sous forme de perceptions^ fournira ce même produit sous forme de mouvements déterminés; et ces mouvements, véritable matière fonctionnelle, seront en définitive la représentation exacte, mais transformée, de la vie cérébrale.

Cette représentation est d'autant plus juste, que les mouvements fonctionnels sont dirigés dans leur exécution par les perceptions mêmes dont ils sont la transformation motrice, la manifestation expressive ; il y a par ce fait identité complète.

L'étude de la transformation des impressions senties en impulsions motrices fait partie intégrante de l'analyse des actions nerveuses, de ces actions intimes qui constituent la vie, et dont l'essence nous échappe d'une manière absolue dans l'étude de tous les organes.

Cependant nous sommes privilégiés quand il s'agit du cerveau :

380 FONCTION GËRËBRO-MOTRIGE.

il suffit, en effet, de considérer que le cerveau jouit de la prérogative exclusive d'avoir conscience de son activité. Cette conscience est une porte ouverte à nos investigations, et nous en profiterons pour surprendre, autant que possible, le secret de ce qui se passe au moment où le dynamisme cérébral va se projeter au dehoi^ par un mouvement particulier.

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