MÉCANISME DE LA FONCTION CÉRÉBELLO-MOTRICE
aux divers centres médullaires n'a pas été détruit , pas plus que ces derniers, d'ailleurs, puisque les mouvements voulus sont exécutés. Or, en quoi diffèrent ces mouvements des mouvements exécutés dans le^ conditions normales? Nous le répéterons encore : ces mouvements sont mal exécutés parce que la contraction musculaire, provoquée par ,les centres médullaires, se fait sans énergie et sans mesure. )Mais pourquoi ce manque d'énergie et de mesure? Parce que les centres médullaires, représentant des possibilités d'ensemble de mouvements, sont incapables par eux-mêmes de dispenser indéfiniment d'une manière continue et réglée l'excitant nécessaire à la contraction musculaire.
Les faits que nous venons de signaler ne doivent pas nous étonner si nous songeons à la dépense d'activité nerveuse que nécessite le maintien du jeu fonctionnel de tous les organes de la vie de relation; cette activité est presque incessante et elle s'exerce, pour ainsi dire, dans toutes les parties du corps. Il est donc rationnel d'admettre qu'un organe central a été chargé de produire organiquement le mouvement nerveux nécessaire au maintien des activités de la vie de relation et de distribuer fonctionnellement, c'est-à-dire avec une mesure et une énergie variables, ce mouvement aux divers centres médullaires. Cet organe central serait, à notre avis, le cervelet.
Si nous ne nous trompons pas, la vie organique du cervelet aurait pour résultat de maintenir en puissance une dose d'énergie nerveuse ; sa vie fonctionnelle aurait pour but de distribuer le produit de cette vie à différents centres pour maintenir en état leurs propriétés physiologiques, pour augmenter ou diminuer leur activité.
Les proportions du cervelet relativement plus grandes chez les animaux qui font une dépense continue d'activité nerveuse pour maintenir en état la contraction musculaire sont une présomption favorable à notre manière de voir. Les oiseaux ont un cervelet relativement plus gros que les autres animaux, non pas parce qu'ils ont de très-gros muscles pour mouvoir leurs ailes, comme le prétend Flourens(l), mais, selon nous, parce que la
(1) Flourens^ UisMre des travaux de Cuvier, p. 93.
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contraction musculaire chez les oiseaux est presque toujours en état d'activité, môme pendant leur sommeil.
Les troubles qui surviennent dans le mouvement des globes oculaires, ceux qui se montrent dans la «parole sous l'influence de certaines lésions du cervelet sont, avec les données anatomiques et l'expérimentation physiologique, une preuve à peu près irréfutable de l'existence de la fonction cérébello-motrice telle que nous venons de la déterminer.
Ici se présente une question très-intéressante que nous ne pouvons nous empêcher de résoudre. Le cervelet, analogue en cela au cerveau, distribue-t-il aux autres organes le produit de sa fonction avec connaissance ? ou bien, semblable aux centres nerveux de la vie de nutrition, fait-il cette distribution d'une manière inconsciente et sous une influence excitatrice qu'il ne connaît pas ?
Un instant nous avons pensé que le cervelet pouvait bien être le siège de la perception du sentiment ^e l'état de la contraction musculaire, sentiment qui lui permettrait d'exercer sa fonction avec connaissance, comme le cerveau exerce la sienne. Cette idée s'imposait d'autant mieux à notre esprit, que nous voyions dans la disposition des centres gris du cervelet et dans les relations de ces derniers avec les cellules de la périphérie corticale une grande analogie avec la structure anatomique du cerveau. Mais, considérant que rien dans les expériences ne prouve que le cervelet perçoive quoi que ce soit ; considérant que la plupart des con- ' tractions musculaires continues, celles par exemple qui président aux mouvements des globes oculaires, des sphincters, des situations stables, sont inconscientes ; considérant enfin que nous n'avons réellement le sentiment de la contraction musculaire que lorsque le cerveau attentif intervient dans cette contraction pour en diriger le but et Ténergie, nous avons dû renoncer à c^tte manière de voir et considérer le cervelet comme un centre d'activité inconscient dans lequel les éléments nerveux sont disposés de façon à produire un résultat prévu sous l'influence de l'excitation fonctionnelle. Cette manière d'ôtrc rapproche beaucoup le cervelet des organes nerveux centraux qui président à l'évolution de la vie fonctionnelle de nutrition ; mais le voisinage et l'intervention presque incessante du centre percevant sur sa propre fonc-