CHAPITRE II
Classification et conditions physiologiques
de rinsiinct.
Le mot instinct a été si bien dénaturé, qu'il a été indistinctement appliqué aux animaux et aux plantes. Certains auteurs ne craignent pas de parler de l'instinct des fleurs, des racines ; les premières, disent- ils, se portant adroitement vers les circonstances de la génération ; les secondes, s'étendant au loin plutôt dans une direction que dans une autre pour trouver l'aliment préféré. Ces exagérations ont été depuis longtemps condamnées : « Il y a une raison, dit Bossuet, qui fait que le plus grand poids emporte le moindre ; qu'une pierre enfonce dans
l'eau plutôt que du bois ; qu'un arbre croît en un lieu plutôt qu'en un autre ; et que chaque arbre tire de la terre, parmi une inlinité de sucs, celui qui est propre pour le nourrir. Mais cette raison nest pas dans toutes ces choses ; elle est en celui qui les a faites. » Et plus loin, « c'est la môme raison, dit-il, qui fait que certains arbres, comme les ormeaux et une infinité d'autres, renferment leurs semences dans des matières légères que le vent emporte ; la race s'étend bien loin par ce moyen et peuple les montagnes voisines (i). »
Cet ordre de faits, dans lequel nous ne voyons aucun trace d'instinct, nous conduit naturellement à nous demander si tous les mouvements de l'animal sont des mouvements instinctifs. Notre réponse est facile : le mot instinct ne peut être appliqué qu'aux mouvements que la sensibilité dirige. En conséquence, ni les mouvements de la^ie organique, ni les mouvements de la vie fonctionnelle de nutrition ne peuvent être désignés sous le nom de mouvements instinctifs. Le principe de vie est présent dans tout mouvement de l'organisme ; mais la sensibilité^ ou, en d'autres termes, le principe de vie uni à la matière nerveuse, ne se montre que dans les mouvements qui dépendent de l'activité fonctionnelle du cerveau. Le mot cerveau doit être pris ici dans son acception la plus large : tout animal se meut, et se mouvoir suppose nécessairement l'excitation d'une impression sentie. Par conséquent, tout animal doit avoir au moins un sens et un centre nerveux. L'animal doit avoir au moins un sens pour un autre motif : pour se mouvoir utilement dans un milieu, il faut connaître, sentir ce milieu en quelque manière ; sans cela où serait le mobile indispensable du mouvement ?
Nous savons qu'il est bien difficile de trouver les traces du système nerveux chez certains zoophytes ; mais il doit en exister un.
Ce qui distingue la plante de l'animal, ce n'est pas le mouvement : il y a des végétaux qui se meuvent et des animaux qui vivent sur place : la vraie distinction entre les deux règnes, il faut la chercher dans la sensibilité passive et active, la sensibilité pro* voquant des mouvements vers un but qu'elle a senti par Tiater*
(1} 13oi»bUet, p. 70.
médiaire d'un sens spécial. En dehors de ces conditions, le principe de vie n'est pas celui de ranimalité.
Il suit de ce qui précède que nous ne devons et que nous ne pouvons trouver les impulsions et les actes instinctifs que dans les fonctions cérébro-motrices de relation, de reproduction et de nutrition.
Considérées à un point de vue général, les déterminations des animaux peuvent être ramenées à trois types, selon qu'elles poussent l'animal à donner satisfaction aux besoins organiques de la vie de relation, de la vie de nutrition et de la vie de reproduction. Ces impulsions, nécessaires, fatales, et communes à tous les animaux, nous les désignons sous le nom d'instincts généraux et communSy parce qu'elles existent indépendamment de la stmcture et de la forme des organes : tous les animaux se meuvent poussés par le besoin de la faim ; tous se meuvent pour approcher ou pour fuir les objets extérieurs ; tous se meuvent pour satisfaire les besoins génésiques.
Nous réservons le nom d*instinct particulier aux impressions qui poussent l'animal à satisfaire les instincts généraux et commmis selon un procédé particulier et avec des organes spéciaux. En d'autres termes, les instincts particuliers ne sont que la spécialisation des instincts généraux à la faveur de procédés et d'organes propres à chaque espèce.
ARTICLE I