CHAPITRE II
Vie fonctionneUe du système nerveux.
Nous venons de considérer le système nerveux au point de vue de son évolution organique, comme un instrument tout simplement vivant; nous allons le considérer désormais comme instrument physiologique, c'est-à-dire, mettant ses propriétés organiques en activité fonctionnelle dans un but déterminé et tout à fait étranger à la nutrition directe de son propre tissu.
Bien que dans les préliminaires consacrés à l'étude des mouvements de la vie nous ayons déterminé la signification des mots propriété, fonction, nous rappellerons ici en peu de mots ce que nous avons déjà dit, à cause de l'importance que nous attribuons à cette détermination. Nous verrons bientôt d'ailleurs que cette précaution n'était pas inutile.
Les organes sont (J/as instruments vivants, empruntant à la nature particulière de leur trame la propriété de retirer du fluide sanguin les éléments de leur entretien et de se maintenir ainsi tels qu'ils doivent être ; chacun d'eux possède une propriété particulière d'après laquelle le mouvement nutritif est transformé d'une façon différente par chaque organe ; cette propriété particulière provient de la nature spéciale de chaque tissu : si le foie vit tout autrement que le rein, c'est que la trame organique est différente dans ces deux organes, et que chaque trame transforme le mouvement-aliment d'une façon différente. Nous appelons propriété organique cette aptitude qu'ont les organes de vivre, de s'entretenir et de se maintenir individuellement tels qu'ils sont.
Le système nerveux possède donc la propriété organique de se nourrir aux dépens du sang et de se maintenir tel qu'il est, grâce à (*ette propriété. A ce seul point de vue le système nerveux
pourrait vivre et ne pas manifester autre chose ; mais tout organe TÎTant ne résume pas sa destinée dans l'entretien et le développement de ses tissus ; il a un but et ce but à atteindre justifie la vie des organes. L'organisme ignore cette destinée, Tintelligence n'est pas en lui; il ne jouit pas de cette spontanéité propre à tout acte volontaire ; dans l'accomplissement de sa destinée physiologique, il fournit un instrument admirable, résultat de l'évolution organique, mais l'incitation qui doit mettre en activité et en lumière les propriétés applicables au but à atteindre est en dehors de lui. Celte incitation est très- variable selon les organes. Pour le poumon, c'est une excitation extérieure, l'impression de l'air sur le pneumo-gastrique ; pour le foie, c'est l'introduction du mouvement-aliment dans l'estomac et son passage dans le duodénum ; pour le système nerveux, c'est une impression reçue par les nerfs sensitifs. Que l'on suppose un instant que le système nerveux est à l'abri de toute atteinte impressionnante : il puisera dans le sang les éléments de son entretien ; il se *maintiendra en état ; mais il ne manifestera pas autre chose. Mais si on laisse arriver jusqu'à lui un objet impressionnant, si l'on approche le doigt du feu, par exemple, on verra survenir une série de phénomènes représentés par des mouvements que le système nerveux tient sous sa dépendance. Le calorique ayant impressionné les nerfs sensitifs, ceux-ci ont transmis par un mouvement particulier cette impression à la moelle et au cerveau ; de ces deux organes le mouvement s'est communiqué aux nerfs moteui*s qui, en définitive, ont provoqué la contraction musculaire nécessaire pour produire le retrait de la main.
Dans ces manifestations particulières de l'activité nerveuse, nous ne trouvons aucun des mouvements qui caractérisent la vie organique ; ce sont des mouvements nouveaux, exécutés il est vrai par les mômes tissus, mais différents quant à la manière dont ils ont été provoqués et exécutés. Ces mouvements, tout à fait étrangers aux mouvements évolutifs de la matière, manifestant l'activité de l'organe vivant sous une forme spéciale et dans un but déterminé, sont les mouvements fonctionnels, et nous disons qu'ils résultent ûespropriétéa physiologiques du tissu, par opposition aux mouvements de nutrition qui résultent des propriétés organiques des mêmes tissus. Ces derniers entrent en action en-
vue du maintien de Torgane, tandis que les autres ne se mani- Testent que lorsqu'il faut utiliser Torgane lui-même, dans un but déterminé et pour un résultat qui se montre toujours en dehors de l'organe qui est mis en jeu.
Quant à la fonction^ elle résulte, d'une manière générale, de l'ensemble des mouvements fonctionnels et plus particulièrement de la mise en activité des propriétés physiologiques d'un organe dans un but déterminé; d'où il suit que, pour apprécier judicieusement la fonction d'un organe, il est bon de s'appliquer tout d'abord [à en connaître les véritables propriétés physiologiques.
Ce n'est pas sans raison que nous avons voulu préciser, de nouveau ce qu'on doit entendre par propriétés organiques et physiologiques; par vie organique et par vie fonctionnelle. C'est que, dans l'étude du système nerveux principalement, l'emploi de ces expressions^, mal définies jusqu'ici, a été la source d'un grand nombre d'erreurs préjudiciables au progrès de la science. Nous aurons soin de montrer l'exactitude - de cette assertion quand l'occasion se présentera ; mais il était plus sage de fournir dès à présent au lecteur les moyens de se prémunir contre ces causes d'erreurs.
D'après ce qui précède, nous devons commencer l'étude de la vie fonctionnelle du système nerveux par l'examen des propriétés physiologiques de ce système. C'est ce que nous ferons ; mais avant d'en arriver là, et pour plus de sûreté dans notre marche, nous devons nous familiariser avec la méthode expérimentale et avec les procédés qu'elle emploie habituellement pour déterminer l'existence de ces mômes propriétés.