CHAPITRE I
Vie organique dn système nerveux.
On sait déjà ce* que nous entendons par vie organique : c'est le mouvement évolutif de la matière s'exerçant dans le but de former et d'entretenir les organes de la vie en leur état normal, pendant tout le temps de leur durée physiologique. Au point de vue de la vie organique, le système nerveux subit la loi commune : comme les autres tissus, il provient de la transformation de la cellule ovarique ; comme eux encore, il vit et se développe aux dépens du sang, sans qu'on puisse faire intervenir dans cette série de phénomènes d'autre cause première que la vie.
Le système nerveux commence à se montrer de bonne heure dans l'embryon, alors que'la tache embryonnaire {area germina^ iiva) n'est encore constituée que par une couche de ceUules interposées entre le feuillet externe et le feuillet interne du blastoderme. A cette époque de l'évolution vitale, point n'est besoin de cet ensemble compliqué d'appareils qui, plus tard, sont indispensables à l'entretien de la vie des tissus. Animés d'une force propre, les éléments cellulaires se développent, se multiplient, s'associent de différentes manières pour former en définitive les organes de la vie. Dans ce travail évolutif, il n'y a ni commencement ni fin : lorsque nous disions que le système nerveux se montre de bonne heure, nous ne prétendions pas dire par là qu'il était la première manifestation de l'évolution organique* des tissus. Non, la vie embryonnaire n'est qu'une étape du mouvement vital, dont il faut aller chercher le principe initial dans les éléments fécondants, dans la cellule ovarique et dans les spermatozoïdes, qui eux-
mêmes empruntent leur mouvement propre à la vie du père et de la mère.
Les premiers vestiges du système nerveux se présentent sous la forme d'une traînée longitudinale, qui se distingue des autres parties de la tache embryonnaire par sa clarté et sa transparence. Cette traînée porte le nom de ligne primitive. Lorsque les saillies longitudinales qui limitent cette ligne viennent à se souder pour former la moelle épinière, les autres systèmes (osseux, musculaire, sanguin, etc.) commencent à se montrer, eux aussi, et s'ils ne sont pas aussi appréciables à la vue que la ligne dont nous parlions tout à l'heure, ils n'en parcourent pas moins la période évolutive qui doit leur donner une forme caractéristique.
Dans le développement du système nerveux, nous trouvons une incontestable simultanéité [dans le mouvement évolutif de ses diverses parties et il est impossible, malgré les assertions contradictoires des observateurs les plus distingués, de dire si ce système se développe du centre à la périphérie ou de la périphérie au centre ; s'il commence par le cerveau ou par la moelle, par cette dernière ou par les nerfs : « Nous ne pouvons pas croire, dit Burdach, que les nerfs s'allongent pour aller des membres à la moelle ou de la moelle épinière aux membres ; il faut donc admettre que quand une partie périphérique s'est formée, une harmonie préalable entre elle et un point déterminé de l'organe central de la sensibilité fait qu'il s'établit entre cet organe et cette partie une relation qui ne tarde pas à se matérialiser, en ce sens que, sur toute la longueur, la substance nerveuse se détache ou se sépare de la masse organique, pour devenir l'intermédiaire de ces deux parties et représenter les nerfs. »
Nous pensons avecJBurdach et la plupart des physiologistes, que les nerfs se développent là où nous les trouvons, sans qu'on puisse dire qu'ils proviennent du cerveau, de la moelle ou de la périphérie. « Leur formation, dit M. Béclard, se fait sur place aux dépens des cellules du blasthème général (1). »
Les différentes parties du système nerveux se développent donc ^ur place à mesure que. les organes apparaissent, de telle façon
que, l'organisation de ce système n'est réellement complète que
(I) .1. Béclard, Traité de physiohgie, p. 1166.
VIK ORGANIQUE DD SYSTÈME NERVEUX. Ai
lorsque la silhouette des autres appareils de la vie est elle-même tracée. Pendant ce développement, de nouveaux éléments se sont montrés au milieu de la trame spéciale du tissu nerveux; les vaisseaux sanguins, subissant en cela la même loi de développement, se sont formés sur place et, peu à peu, par suite du mouvement évolutif de la matière, ils se sont réunis aux parties centrales de la circulation.
Le fait d'une circulation sanguine représentée par des vaisseaux aboutissant à un cœur, constitue une nouvelle phase de l'évolution organique. Jusque-là lès éléments cellulaires, puisant leur aliment dans le milieu ambiant, s'étaient transformés, multipliés, associés de diverses manières pour constituer les tissus élémentaires, sans autre concours, sans autre guide, que la force propre dont ils étaient animés ; mais du moment que l'évolution cellulaire s'est donné une forme définie dans les organes et qu'elle les a unis entre eux par des liens devenus nécessaires, indispensables, dès iors les mouvements de la vie sont soumis à de nouvelles règles; leur durée, leur persistance dépendent de nouvelles lois.
Ces lois nouvelles constituent la vie fonctionnelle^ et cette vie résulte elle-même de l'enchaînement admirable qui s'est établi entre tous les organes pour former la puissante unité que nous trouvons dans l'homme physiologique.
Lorsque l'évolution cellulaire, qui a eu pour but et pour eiTet d'organiser le système nerveux dans toutes ses parties, est terminée, ce système se présente à nous composé d'une trame organique spéciale. qu'il est indispensable de connaître en elle-même et dans ses rapports avec les autres régions de l'organisme. Nous ne pouvons pas dans ce travail purement physiologique exposer l'anatomie du système nerveux ; mais, comme nous serons obligé bien souvent d'invoquer les connexions anatomiques des parties, il nous parait utile d'analyser les éléments qui entrent dans la structure du système nerveux, d'indiquer d'une manière spéciale leurs agencements, leurs groupements, montrer enfin, d'après les auteurs les plus modernes et les plus autorisés, les ressources que la physiologie peut retirer de l'anatomie (1).
(1) Nous signalons plus particulièrement l'œuvre uminemmenl française de M. Luys : Htcherches sur te système nerveux cérébro-spinal, J.-B. Baillière, 1865.
Nous adopterons dans cette exposition un plan logique qui, nous Tespérons, tout en sauvegardant Tutilité du but, aplanira les difficultés arides des moyens. A cet effet, nous ferons précéder l'étude des propriétés physiologiques du système nerveux d'une courte description anatomique des parties qui seront l'objet de notre étude.